La société humaine et son organisation sont très vulnérables à
plusieurs types de crises (maintien de l'ordre, désastres naturelles,
terrorismes, ...). Ces crises sont souvent d'une magnitude accablante,
très dynamiques et demandent une réponse immédiate [Scherlis et al,
1999]. Afin de gérer la complexité et la nature incertaine de
l'événement, les décideurs travails souvent en équipe, échangeant de
l'information et de la connaissance afin de prendre des décisions plus
éclairées. Selon [Muntz et al, 2003], la majorité des données,
informations et connaissances sous-jacentes à la crise et la gestion
d'une crise sont de nature géospatiale. Il faut donc être en mesure de
récupérer et d'utiliser efficacement ces informations lors d'un
événement.
Même si le domaine des systèmes d’information géographique (SIG) se
développe rapidement et que de plus en plus de produits et de
technologies sont disponibles, l’information critique reste
difficilement accessible en temps de crise. Des recherches et études
récentes [Zerger & Smith, 2003] montrent que les décideurs
préfèrent encore les cartes papiers (préparées par des géomaticiens
avant l’événement) aux cartes diffusées par ordinateur. La perception
et les commentaires des utilisateurs de ces recherches pointent
certains problèmes reliés aux SIGs en temps de crise :
- Difficile d’être utilisé directement par le gestionnaire lui-même
- Incapable de répondre aux questions en un temps raisonnable
- Manque de pertinence spatiale et temporelle dans l’information présentée
- Difficulté d’échanger de l’information avec les autres membres de l’équipe
Dans le cycle d’une gestion de crise (prévention, préparation, réponse,
retour), la phase de réponse est celle qui demande un accès immédiat à
l’information et aux ressources afin de caractériser et d’organiser
rapidement la réponse à la situation [Williams et al, 2000]. Bien que
l’utilité de l’information géographique pour la réponse à une crise est
bien documentée, des évidences [Zerger & Smith, 2003][Cahan &
Ball, 2002][Kevany, 2003] montent bien que les décideurs préfèrent les
cartes papiers et la connaissance humaine dans leur travail de gestion
de crise plutôt que les informations proposées par les ordinateurs.
Cependant, c’est exactement dans cette phase que les gestionnaires ont
le plus grand besoin d’avoir accès rapidement à l’information
géographique. La question à se poser maintenant est pourquoi cette
résistance est-elle si présente ? Dans les recherches du centre
GeoVista, MacEachren et son équipe propose [Cai et al, 2006] trois
catégories de contraintes d’utilisation qu’il est nécessaire
d’améliorer pour réduire la résistance des décideurs à utiliser les
outils SIG.
Rapidité (traduction libre de « immediacy »)
La réponse à une crise est souvent une question de vie ou de mort
[Kevany, 2003]. Les premières 24-72 heures est la période la plus
critique en ce qui concerne l’activité reliée à l’information [Scherlis
et al, 1999]. Le temps écoulé entre le besoin d’une information et son
accès pour consultation doit être le plus court possible pour qu’elle
soit utile. L’étude mené après les attaques du 11 septembre montrent
que les systèmes d’information géographiques actuellement déployés pour
le support des opérations ne tiennent pas compte le niveau de «
rapidité ». Une configuration typique est que le décideur interagit
rarement avec l’outil géographique directement. Il doit exposer ses
besoins d’information à un spécialiste (géomaticien ou équivalent) qui
les interprétera afin de produire une information qui sera finalement
rendue disponible. Ce processus réduit considérablement le niveau de «
rapidité » lorsque l’accès rapide à l’information est nécessaire
[Egenhofer, 1995]. Cela contribue souvent à augmenter la résistance
d’utiliser des cartes électroniques.
Pertinence
La pertinence de l’information est un critère important en gestion de
crise. Le choix des sources de données spatiales ainsi que la
compréhension de leurs limitations sont des éléments importants à
considérer pour évaluer les risques potentiels lors d’une crise
[Contini et al, 2000] [Chang et al, 1997]. L’utilité de l’information
géographique est aussi influencée par la quantité de détails, l’échelle
et le choix d’utiliser ou non certaines techniques de visualisations
géographiques (agrégation spatiale, généralisation, …) [Van Beurden
& Douven, 1999]. Des approches pour augmenter le niveau de
pertinence de l’information géographique ont été proposées [Stein et
al, 1995] suggérant d’améliorer l’interactivité entre le décideur et le
SIG. Lorsque le décideur lui-même a la possibilité d’interagir
efficacement avec l’outil, il peut facilement augmenter le niveau de
pertinence de l’information en choisissant les couches affichées,
l’échelle, et l’aspect graphique des éléments désirés.
Échange
Les cartes encodent les relations spatiales dans une représentation
structurées. Ces représentations permettent de partager facilement la
compréhension d’un phénomène géographique [MacEachren, 2000] et jouent
le rôle d’un espace de travail commun pour les décideurs. Des études
ont montrées que la diffusion visuelle et cartographique de
l’information permettait d’accroître la participation collaborative
dans le processus de gestion des risques [NRC, 1996]. Il faut donc
permettre aux décideurs d’échanger efficacement de l’information et de
faciliter la collaboration. Actuellement, [Zerger et Smith, 2003] ont
observés que les gestionnaires d’urgences se servent souvent d’une
table sur laquelle une carte papier est déposée. Cet espace partagé
devient le centre de collaboration des décideurs. Il y a donc un besoin
évident pour la géocollaboration en temps de crise lorsque l’accès à
l’information pour tous les membres de l’équipe joue un rôle
déterminant.
Les outils cartographiques commencent à apparaître dans les centres de
commandement mais lorsqu’une crise survient, les gestionnaires ont
tendance à retourner vers ce qui répond le mieux à leurs besoins. Si
les SIG sont écartés rapidement, c’est parce qu’ils ne répondent pas
efficacement aux besoins. Si les décideurs avaient accès à une
technologie qui permet un accès rapide à une information pertinente et
qu’ils peuvent efficacement collaborer pour gérer la situation, alors
il est permit de penser que les cartes électroniques seront de plus en
plus utilisés et qu’ils pourront améliorer le processus de gestion
d’une crise.
Auteur
Jimmy Perron
Président, NSim Technology
Jimmy.perron@nsimtech.com
www.nsimtech.com
Bibliographie
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Auteur
Jimmy Perron
Président, NSim Technology
Jimmy.perron@nsimtech.com
www.nsimtech.com





Commentaires
Bonjour,
article qui résume parfaitement la situation rencontrée dans nos Services Départementaux d'Incendie et de Secours quant à l'utilisation d'un SIG en temps de crise. Trop de freins existent encore et je pense que l'acculturation aux outils géomatiques passe par des outils de vulgarisation de l'info géographique comme google earth qui permettront aux officiers de commandement de se familiariser petit à petit avec les SIG.
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