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Colloque automnal de l’AGMQ : une entente avec l’AFIGéO rapproche la France du Québec

AGMQ AFIGeOS’il y a une question qui traverse les frontières et les océans dans le secteur de la géomatique, c’est bien celle de la gestion et de la mise à jour des données à référence spatiale, et encore plus peut-être celle de leur financement, à l’heure où les organisations font face à des enjeux territoriaux importants et à des budgets plus serrés.

Pour discuter du sujet, l’AGMQ (Association de géomatique municipale du Québec) a accueilli une délégation de l’AFIGéO (Association française pour l’information géographique) faisant de cette édition automne 2008, un colloque unique.

Cette première dans l’histoire de l’AGMQ partait du principe qu’en partageant expériences, savoir-faire et bonnes pratiques touchant la problématique de la qualité des données géospatiales, des processus d’acquisition, de gestion et de remplacement, et des différents modes de financement en place ou à évaluer, tous repartiraient enrichis de nouvelles connaissances, tant professionnelles que personnelles. Ce fût donc pari remporté pour les deux associations : la journée du 22 fût marquée par une succession de moments mémorables et enrichissants.

Contexte

C’est dans le cadre d’une mission économique de découverte du marché québécois de la géomatique mise sur pied par le Club Export de l’AFIGéO que la délégation française, s’est rendue au Québec du 21 au 23 octobre dernier.

Après avoir été reçue à l’Université Laval le 21 pour une journée de tables rondes sur des sujets d’intérêt commun comme les enjeux de la formation en géomatique, l’IG et les collectivités locales, et l’Open Source géospatial, la délégation française s’est ensuite dirigée vers St-Hyacinthe pour le colloque de l’AGMQ du lendemain, où plusieurs d’entre eux étaient à l’horaire de la programmation. Cette présence a permis aux participants d’entendre des présentations de haute qualité touchant les usages variés de la géomatique, l’acquisition et la mise à jour des données, les systèmes, logiciels et les applications, et les politiques de financement, ayant cours d’un côté de l’Atlantique comme de l’autre. C’est d’ailleurs pour profiter de cette première occasion de réseautage qu’une série de rendez-vous a été organisée pour permettre aux entreprises québécoises et françaises qui le désiraient, de tenir en privé des discussions particulièrement ciblées sur leurs intérêts communs et d’identifier des occasions de collaboration future.

Entente historique

Cette volonté de collaboration exprimée tant par la direction de l’AFIGéO que par la direction de l’AGMQ a été officialisée pendant le colloque, lors du déjeuner. C’est à cette occasion que M. Dominique Caillaud, le président de l’AFIGéO, et M. Marc Bélair, le président de l’AGMQ, ont procédé à la signature de cette entente qui, d’après ce dernier, « se veut une opportunité d’élargir et de faciliter le maillage et d’établir de nouveaux partenariats qui bénéficieront à nos entreprises et organisations mutuelles ». Monsieur Caillaud a pour sa part rajouté que la France et le Québec marquent ainsi le début d’une coopération accrue en géomatique, qui favorisera le développement du secteur géospatial à l’échelle de la Francophonie entière.


Signature de l'entente par M. Caillaud en présence de M. Bélair (Source : H. Halbout (HC)).

L’entente vise particulièrement les aspects suivants :

  • Le développement du marché : par le maillage et les partenariats des entreprises expertes en géomatique pour les projets d'aide au développement international d'une part et, d'autre part, pour attaquer les marchés étrangers;
  • La formation et la recherche : par la collaboration entre les universités françaises et québécoises dans la formation des géomaticiens (programmes d'échange d'étudiants, stages outre-mer, etc.). Tel que souligné par M. Fabrice Etienvre, chef de la mission économique, lors de son allocution, une entente vient d’ailleurs tout juste d’être signée entre l’Ordre des géomètres-experts français et l’Ordre des arpenteurs-géomètres québécois afin que les membres de ces ordres puissent exercer leur profession sur l’un ou l’autre de ces territoires ;
  • Les usages : par l’échange de bons procédés, principalement en ce qui concerne les applications géomatiques innovantes.

Financement de l’IG : des modèles économiques en pleine évolution

La fin de la journée a véritablement tiré parti de la présence en un même lieu des personnalités françaises et québécoises des secteurs privé et public lors d’une table ronde partageant avec l’assemblée leur point de vue et opinion sur le sujet d’actualité du financement de l’information géographique. Présentée à la blague comme une partie de la LNI opposant le Québec à la France, les panélistes du côté québécois étaient:

  • Réal St-Laurent, directeur général à la direction générale de l’information géographique du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF);
  • Yvon Sévigny, arpenteur-géomètre à la Ville de Montréal;
  • Alain Dombrowski, directeur régional de ESRI Canada.

Et du côté français :

  • Dominique Caillaud, président de l’AFIGéO, maire de Saint-Florent-des-Bois et député de Vendée;
  • Hervé Halbout, consultant SIG, Sarl Halbout Consultants;
  • François Salgé, du ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT).

Cette table ronde, animée par Luc Vaillancourt de BALIZ-MEDIA.com, s’est déroulée en trois temps, où de façon successive, les intervenants s’exprimaient sur 1) la valeur de l’information géographique (IG), 2) les modes de financement actuels de l’IG, et 3) les nouvelles approches en matière de financement de l’IG.

1. La valeur de l’information géographique

Les panélistes ont soulevé de nombreuses pistes de réflexion pour tenter d’expliquer ou justifier la valeur de l’information géographique pour une organisation.

Comme l’a souligné Monsieur Dombrowski, il y a d’une part la valeur intrinsèque attribuée à une donnée, c’est-à-dire celle qui est reliée à sa qualité, à sa géométrie, à sa cohérence. Mais il y a aussi d’autre part la valeur liée à l’utilisation prévue, et qui amène donc la notion de ce qui est suffisant pour satisfaire un besoin.

On peut aussi considérer, ou évaluer, la valeur de l’IG en fonction de son coût de production et de son coût de remplacement, de mise à jour, comme l’ont mentionné M. St-Laurent et M. Caillaud, ou aborder la question en fonction de la valeur du service rendu à un utilisateur. Dans ce dernier cas, ce n’est pas la donnée comme telle qui est associée à une valeur, mais le fait de la rendre disponible et utilisable par un usager, ce qui correspond en d’autres mots à un service rendu. Cela reste toutefois très difficile à quantifier, et même à reconnaître, alors qu’une fois qu’on l’a entre les mains, la donnée est souvent considérée comme un bien acquis. Pourtant, comme le souligne M. Halbout « l’information géographique et une information vivante et représente une valeur qui persiste pour les organisations ».

Pour sa part, Monsieur Salgé a proposé de réfléchir à ce sujet en partant du principe qu’on peut évaluer la valeur de l’IG en considérant plutôt l’impact et les conséquences de ne pas y recourir. « Face à une situation ou une problématique, quel est le coût pour une organisation de chercher la solution avec ou sans avoir recours à l’information géographique » a-t-il lancé.

Table Ronde
"Côté français" de la table ronde, messieurs Salgé, Halbout et Caillaud (Source : H. Halbout (HC)).

2. Les modes de financement actuels

Sur ce point, les notions les plus souvent mentionnées de part et d’autre par les panélistes ont été la tendance vers la mutualisation et le partenariat, qui se fait de plus en plus marquée dans les organisations. Alors qu’auparavant, l’information géographique semblait être acquise ou produite de façon individuelle par les entités utilisatrices, on pense maintenant à l’intérêt de se regrouper. À titre d’exemple, Monsieur Sévigny a souligné que la Ville de Montréal fait désormais des achats groupés d’orthophotos, ce qui lui permet de se doter d’ensembles de données qui auraient constitué une acquisition trop onéreuse autrement.

Au gouvernement du Québec, après avoir vécu l’époque faste où les grands projets de connaissance étaient lourdement financés par l’État (dans les secteurs de la forêt, du cadastre, de l’énergie, etc.) cette tendance est aussi remarquée et se matérialise entre autres par la mise en commun de bases de données, comme c’est le cas par exemple pour le projet Adresses Québec, une géobase qui a nécessité la collaboration et la mise en commun d’expertise et de données de quatre ministères et organismes québécois. Monsieur St-Laurent a aussi souligné que c’est d’ailleurs dans cette optique que l’AGMQ, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, ainsi que le ministère des Affaires municipales et des Régions ont officiellement mis en place des mécanismes de communication visant à favoriser les opportunités de partenariat dans l’acquisition ou la production de données géospatiales, l’an dernier. Le même son de cloche pouvait aussi être entendu du côté français, alors que Monsieur Salgé évoquait la transition qui s’opère graduellement dans son ministère (MEEDDAT) vers une philosophie de regroupement.

Monsieur Caillaud, quant à lui, a rapporté qu’au niveau des collectivités, deux modes de financement de l’information géographique cohabitent actuellement. D’une part, il y a l’approche basée sur l’abonnement des partenaires, qui reçoivent les mises à jour des données de base en échange d’un montant forfaitaire. D’autre part, il y a la prestation de services, rendue selon les demandes ponctuelles exprimées par la clientèle.

3. Les nouvelles approches en matière de financement

Les intervenants ont par la suite été invités à mettre de côté les façons de faire actuelles pour se pencher sur les approches innovantes pour le financement et la capitalisation de l’information géographique.

Monsieur Sévigny, qui fût le premier à s’exprimer sur le sujet, a lancé l’idée que, tout comme le réseau routier, les organisations devraient peut-être considérer les données géospatiales au même titre que les autres infrastructures, qui engageraient un financement variable au fil du temps.

Un peu en extension de la philosophie proposée par l’intervenant précédent, Monsieur St-Laurent, qui s’était d’ailleurs posé la question auparavant avec son équipe, a proposé de considérer l’IG comme étant un actif pour l’organisation, ce qui se refléterait aussi dans la comptabilité. Mais cette philosophie pose toutefois un problème actuellement. Il semble que l’achat ou la constitution d’une base de données est une dépense qui peut être capitalisée et amortie alors que les activités autour de la mise à jour sont elles considérées comme une dépense directe.

Du côté français, on a aussi soulevé le rôle de l’État dans l’édification collégiale de normes de collecte, et dans la consolidation et la diffusion. Comme l’a souligné M. Salgé « plutôt que de se heurter continuellement au problème de droits d’auteur, il doit bien avoir un niveau d’infrastructures essentielles minimales sur lequel il faut s’entendre, et qui inclut l’IG ? ». Selon lui, le territoire en soi est une ressource, et l’information géographique est l’outil idéal et optimal pour la gérer intelligemment. Il a d’ailleurs illustré son opinion en déclarant « on a trop souvent tendance à considérer l’IG comme étant trop chère, jusqu’à ce que survienne la catastrophe. C’est à ce moment qu’on réalise que si on avait eu les bonnes informations, les bonnes données, on pourrait mieux gérer la crise ». D’où l’impression qu’il sera de moins en moins difficile de faire valoir le financement de l’IG.

Dominique Caillaud croit de son côté que l’IG est comme un bien de consommation, un bien d’usage dont la durée est limitée, et que les organisations doivent prévoir son remplacement par le biais d’un budget, tout comme on a un budget pour l’essence des voitures.

Foule
Participants lors d'une pause dans la salle des exposants (Source : H. Halbout (HC)).

Conclusion

Après le colloque de l’AGMQ, le groupe français devait repartir vers Montréal, où avait lieu le vendredi 23 octobre une visite aux bureaux de la Ville de Montréal et de sa division de géomatique, et pour prendre part à la signature du livre d’or de la métropole québécoise. Je laisse le mot de la fin à M. Francis Bertrand du BRGM, avec la délégation de l’AFIGéO, qui résumait ainsi :

« Nos efforts actuels en géomatique et autour de l’IG en France et au Québec sont tellement parallèles qu’il serait utile que nos deux lignes se rencontrent plus souvent! »

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