Le ministère des
Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) lançait, en
1992, une vaste opération de rénovation
cadastrale visant la production d’un plan cadastral complet
et global du territoire cadastré du Québec. Au
terme de cette opération, on estime que plus de 3,5 millions
de lots auront été rénovés
à l’échelle de la province. La
rénovation cadastrale est donc un projet d’une
ampleur sans précédent, et unique en vertu de son
mode de réalisation et des caractéristiques du
produit final.
Justement, le produit final de la rénovation cadastrale est
le plan global, appuyé sur des bases de données
cadastrales graphiques et descriptives, qui représente
l’ensemble des lots du Québec. Cette
caractéristique en apparence technique a des
conséquences importantes sur le système cadastral
québécois. En effet, la rénovation
cadastrale assure le passage d’un cadastre parcellaire
(composé d’un vaste ensemble de plans originaires
et de plans parcellaires) à un système cadastral
global (composé d’un plan global
numérique constamment actualisé). La distinction
est fondamentale, car il ne s’agit pas que d’une
modification sémantique ni que d’une
évolution technique.
Ce texte a été préparé originalement pour une communication
présentée au GéoCongrès Québec 2007 (Québec, 4 octobre 2007). Il a été
révisé pour la présente parution de la revue Géomatique de l’OAGQ.
Les arpenteurs-géomètres doivent apprendre
à travailler avec un plan cadastral global.
L’époque où il était
possible d’oeuvrer sur un lot cadastral sans tenir compte des
lots voisins est dorénavant révolue; le cadastre
n’est plus parcellaire, il est global et intégral.
D’un point de vue pratique, un des défis de
l’arpenteur-géomètre est
d’apprécier la portée des
données cadastrales lorsqu’il formule son opinion
sur la délimitation d’un immeuble. Même
s’il n’a pas force légale pour
délimiter les immeubles, le plan cadastral ne peut
être ignoré lors d’une telle
opération, car il revêt à cet
égard une force probante plus ou moins grande.
L’arpenteur-géomètre pourra faire face
à certaines difficultés, étant
donné que les lots cadastraux peuvent être
affectés par l’utilisation d’une
« tolérance graphique » qui autorise des
écarts entre les mesures et superficies officielles
inscrites sur le plan et celles calculées à
l’aide des coordonnées de construction de la
représentation graphique. Ainsi, les inscriptions du plan et
leur représentation graphique peuvent être
différentes. Un autre défi consiste à
développer et à faciliter les
opérations de bonification du plan cadastral, soit par des
opérations de correction ou
d’amélioration de la précision des
limites des lots. Il faut favoriser les mécanismes
permettant d’accroître la cohérence du
plan cadastral avec la situation foncière des immeubles, aux
bénéfices des
arpenteurs-géomètres et surtout de
l’ensemble de la population.
Malgré le cadre strict de réalisation de la
réforme cadastrale du Québec, en ce qui concerne
notamment les étapes du processus de production et ses
normes de qualité technique, les effets engendrés
par la création d’un plan cadastral global,
à la différence d’un cadastre
parcellaire, n’ont été que
très peu analysés. Les
arpenteursgéomètres sont probablement les
professionnels touchés les plus directement par de telles
réflexions, puisque ce sont eux qui ont
l’autorité légale pour
réaliser des opérations cadastrales. Le
présent texte vise donc à initier une
réflexion sur les caractéristiques d’un
cadastre global constituant un modèle cartographique du
morcellement d’un territoire et de le distinguer
d’un cadastre parcellaire représentant des lots et
non pas nécessairement l’ensemble du morcellement.
LE CADASTRE
QUÉBÉCOIS ET LE PROGRAMME DE RÉFORME
Le cadastre québécois a été
créé à partir de 1860, par
l’adoption d’une loi(n.1) visant à
suppléer aux faiblesses des bureaux
d’enregistrement des droits réels et immobiliers,
eux-mêmes créés à partir de
1830 dans cinq comtés des Cantons-de l’Est (n.2)
et à partir de 1841 dans le reste de la province (n.3).
Entre 1830 et 1860, l’enregistrement des droits
réels se faisait en fonction du nom des parties participant
à une transaction, dans un registre appelé
l’index aux noms. Cette façon de
procéder révéla des faiblesses
puisqu’il était difficile de faire
l’inventaire de l’ensemble des droits affectant un
terrain en particulier. Cette situation ne permit pas de
régler les problèmes liés à
l’insécurité des titres fonciers afin
de protéger les citoyens contre les actes de fraude. Ainsi,
pour améliorer le système de protection des
droits réels constitué par les bureaux
d’enregistrement, l’État
décida de confectionner un cadastre à la grandeur
de la province pour supporter la création d’un
index des immeubles, dans lequel l’enregistrement des actes
serait effectué en fonction du numéro de lot
cadastral.
À la longue, le cadastre créé
à partir de 1860 commençait à montrer
des signes de faiblesse. D’une part, il ne permettait pas
d’obtenir un portrait officiel du morcellement foncier
d’un territoire sur des plans actualisés.
D’autre part, il n’était plus
à jour étant donné la
possibilité légale de faire du morcellement sur
« partie de lot » sans produire un plan cadastral
parcellaire. Également, dans un contexte où le
développement extensif des technologies de
l’information débutait, un cadastre
basé sur des plans en papier devenait en lui-même
un facteur de désuétude rapide. Le cadastre ne
pouvait alors pas être intégré
à des bases de données géospatiales,
de plus en plus utilisées pour supporter les processus de
gouvernance territoriale aux échelles locale,
régionale et nationale.
Ainsi, le gouvernement du Québec lançait en 1985,
pour la première fois, le programme de réforme du
cadastre québécois à la suite de
l’adoption d’une loi (n.4). Les principaux
objectifs de ce programme de réforme étaient
alors les suivants :
• La réalisation d’une
rénovation cadastrale
La rénovation cadastrale est une opération
massive qui vise à refaire le plan cadastral d’un
territoire donné, en complétant le plan cadastral
par l’immatriculation des parcelles non
officialisées au cadastre et en corrigeant les erreurs et
les anomalies affectant certains lots.
• La mise à jour régulière du
plan cadastral
Le plan cadastral doit être mis à jour
à la suite de toutes opérations ayant pour effet
de modifier le morcellement foncier. La mise à jour vise
à conserver la fidélité du plan
cadastral. Elle est réalisée en vertu des
dispositions du Code civil du Québec sur la
publicité foncière.
• L’utilisation polyvalente du cadastre
L’utilisation polyvalente du cadastre vise à
confectionner un produit pouvant être utile à
divers usagers, notamment les municipalités et les
ministères exerçant des
responsabilités sur le territoire. L’atteinte de
cet objectif exige que le plan cadastral soit confectionné
sur un système de coordonnées et comme un
modèle géométrique du morcellement.
Ainsi, on s’assure que différentes couches
d’information
géoréférencée pourront
être superposées au plan cadastral.
Cette première tentative de réforme allait
cependant se buter à certaines difficultés (n.5)
qui entraînèrent, en 1991, un moratoire
jugé nécessaire pour en corriger certaines
failles. Le programme de rénovation était enfin
relancé en 1992, avec l’objectif de remettre le
cadastre à jour et de corriger certaines anomalies
cadastrales. Il faut aussi noter que la rénovation
cadastrale n’arrivait alors pas seule : elle serait
réalisée en parallèle de la
réforme de la publicité des droits
réels, qui se mettrait en branle avec
l’entrée en vigueur du nouveau Code civil du
Québec, le 1er janvier 1994. Le cadastre ferait
dès lors partie du registre foncier (n.6) et serait
à la base même du système de
publicité des droits.

La relance de la rénovation cadastrale en 1992 a
été rendue possible par la création
d’une présomption légale de concordance
(n.7) entre le cadastre rénové et les titres de
propriété des particuliers. En effet, la
rénovation cadastrale peut avoir pour effet de
préciser les mesures linéaires et la superficie
de chacun des lots. Ce gain de précision peut cependant
créer des discordances avec les descriptions contenues dans
les titres de propriété portant sur ces lots.
Pour contourner la nécessité d’obtenir
un jugement en correction de titres pour régulariser la
situation, le législateur établissait cette
présomption légale de concordance afin de
minimiser les conséquences juridiques de la
rénovation sur le simple citoyen (Delage et al., 2004 : 52).
Également, afin de favoriser la concordance entre les
descriptions contenues dans les titres et les nouveaux lots de cadastre
rénové, on créait une notion technique
de tolérance graphique (n.8) permettant d’avoir
des mesures inscrites sur le plan différentes de celles qui
seraient calculées à partir des
coordonnées utilisées pour construire la
géométrie des lots. Conformément aux
instructions données par le ministre des Ressources
naturelles et de la Faune (n.9), ces différences doivent
respecter un ordre de grandeur établi en fonction de
l’échelle de création du plan
cadastral. Par exemple, la différence maximale entre les
mesures linéaires inscrites et celles calculées
à l’aide des coordonnées sera de 21
centimètres à l’échelle de
création 1 : 1000.
Ainsi, cette disposition légale de présomption et
cette notion technique de tolérance laissent sous-entendre
que le plan cadastral peut renfermer des différences entre
deux réalités distinctes : la
réalité physique du terrain
révélée par des levés
d’arpentage et la réalité juridique des
titres instaurée par les descriptions foncières
contenues dans les actes. La volonté politique de
créer un plan cadastral global s’est donc
butée à des difficultés techniques et
juridiques de cohérence et de concordance entre la
réalité du morcellement et le plan cadastral.
LE PLAN CADASTRAL GLOBAL
Le plan global est une
nouveauté introduite par la rénovation
cadastrale. On constate que son utilisation, notamment par les
arpenteurs-géomètres, entraîne des
changements dans la gestion cadastrale et l’analyse
foncière. Il est donc fondamental de bien faire la
distinction entre un système cadastral global (cadastre
rénové) et un système cadastral
parcellaire (cadastre originaire). Le premier propose un
modèle cartographique global du morcellement, tandis que le
second offre un ensemble de plans originaires et parcellaires
illustrant le morcellement par secteurs (selon des divisions
administratives historiques (n.10)) ou à la pièce.
Le cadastre originaire : un système cadastral parcellaire
Avant la réforme, le
cadastre du Québec était constitué de
plans originaires, représentant le territoire de divisions
administratives à l’époque de sa
confection première (paroisses, cantons, cités,
villes), complétés par un ensemble de plans
parcellaires déposés lorsque de nouveaux lots
étaient créés à la suite
des opérations de morcellement. À une certaine
époque, lorsque les nouveaux morcellements
n’étaient pas trop nombreux, les modifications
cadastrales étaient représentées en
bordure des plans originaires. Le cadastre n’offrait donc pas
une image complète et globale du morcellement d’un
territoire. Pour obtenir cette image, l’usager devait
nécessairement procéder à une
compilation de l’ensemble des plans parcellaires sur la base
du plan originaire. L’idée
d’intégration était absente. La figure
1 illustre l’exemple d’un plan originaire, avec des
annotations en marge, et de plans parcellaires représentant
à la pièce des modifications
subséquentes du morcellement foncier.

Dans un tel contexte cadastral,
l’arpenteur-géomètre pouvait travailler
sur un lot en particulier et en créer de nouveaux par
subdivision, sans devoir tenir compte nécessairement des
lots voisins ni de leur structure géométrique.
Dans un système cadastral parcellaire, le lot peut quasiment
être considéré comme un morceau de
terrain indépendant des lots voisins. Des modifications
à ses mesures et à sa superficie
n’entraînent pas nécessairement des
ajustements sur les lots adjacents. Ainsi, une des conditions
fondamentales du cadastre parcellaire n’est pas
d’être cohérent et fidèle
à la réalité physique qu’il
représente. Ce type de cadastre est un instrument de
représentation et d’immatriculation individuelles
des immeubles faisant l’objet de droits distincts.
Le cadastre
rénové : un système cadastral global
À l’opposé, un système
cadastal global présente des caractéristiques
très différentes. Tout d’abord, il
représente l’ensemble du morcellement
d’un territoire en modélisant les lots en position
relative (voir la figure 2). Ensuite, des modifications à un
lot entraînent nécessairement des modifications
aux lots voisins (n.11) ou à ceux du secteur environnant.
Ainsi, l’arpenteurgéomètre qui oeuvre
à l’intérieur d’un cadastre
global ne peut plus se comporter comme s’il était
toujours dans un cadastre parcellaire; sa pratique ne
s’exerce plus sur un lot isolé, mais
s’inscrit à l’intérieur
d’une « trame cadastrale ». La
géométrie de chaque lot dépend donc de
son environnement cadastral immédiat. Le cadastre
n’est plus un ensemble de lots parcellaires, mais bien un
réseau intégré de lots
représentant le morcellement. La mise en vigueur
d’un plan global a donc des répercussions
importantes sur la réalisation des opérations
cadastrales en particulier et sur toute opération
d’arpentage en général.
La création d’un plan global implique que la
représentation cadastrale soit la plus fidèle
possible au véritable morcellement existant sur le terrain;
à défaut, les professionnels fonciers oeuvrant
dans le cadastre rencontreront des
difficultés pratiques et soulèveront des
problèmes. Par exemple, lors de la réalisation
d’opérations de lotissement,
l’arpenteur-géomètre devra
insérer et intégrer les résultats de
son travail, issus d’opérations
d’arpentage et d’analyse foncière, dans
le plan global. La présence d’écarts ou
de différences entre la trame cadastrale et la situation
réelle du terrain pourrait entraîner des
conséquences fâcheuses, comme le retardement ou
l’annulation du projet. Dans certains cas,
l’arpenteur-géomètre pourrait
même être incapable d’y
intégrer les résultats d’une
opération cadastrale, parce que le terrain et la trame
cadastrale comporteront des différences qui devront
être rectifiées au préalable.

Le caractère de
fidélité entre le plan et le terrain
Le caractère de fidélité est
excessivement important dans un contexte de plan global. Cette
affirmation renvoie en quelque sorte à la
problématique fondamentale de la cartographie, à
savoir la cohérence entre la représentation
cartographique et la réalité (Pickles, 2004 :
94). Des différences entre la représentation
cadastrale et la réalité du morcellement peuvent
générer des difficultés plus ou moins
appréciables. Dans certains cas, ces différences
ne porteront pas à conséquence, comme dans les
cas où le cadastre n’a pour objectif que
d’illustrer l’inventaire des
propriétés foncières et des terres, et
de les identifier par un numéro distinct à des
fins administratives. Dans d’autres cas cependant, ces
différences seront à la source de
problèmes divers, notamment lorsque le cadastre est
utilisé pour représenter et identifier
l’assiette des droits fonciers faisant l’objet de
transactions. Dans une telle situation, les parties ne transigent pas
comme tel un terrain ayant telle et telle caractéristiques,
mais plutôt un lot cadastral dont les dimensions et la
superficie sont fixées par les mesures inscrites sur le plan
global.
Quelques exemples
internationaux de cadastre parcellaire
La cohérence et la fidélité entre le
terrain et le plan sont donc deux critères fondamentaux
d’un système cadastral basé sur un plan
global (ou plutôt un modèle cartographique du
morcellement). Des écarts trop prononcés entre le
terrain et le plan cadastral pourront même faire perdre toute
confiance dans le système de protection des droits fonciers
en place. À titre d’exemple, on peut penser au cas
du Costa Rica où le cadastre est de type parcellaire (i.e.
un ensemble de plans des propriétés
individuelles). L’absence de
géoréférence et
d’intégration dans un plan global a fait en sorte
que la représentation parcellaire du morcellement
n’est pas fidèle à la
réalité. Comme l’écrivait
Daniel Roberge (2000), « il n’est pas rare
qu’on trouve plusieurs plans distincts d’une
même propriété ou qu’un plan
soit inscrit sur la mauvaise propriété
». Environ 80 % des terres sont inscrites au cadastre, par le
biais de plans parcellaires. Cependant, si l’on compile
l’ensemble de ces plans, le résultat
représente une superficie nationale totale qui est 33 % plus
grande que la réalité (Roberge, 2000). Ainsi,
d’un point de vue cadastral, le Costa Rica
s’étendrait dans la mer des Caraïbes,
l’océan Pacifique, le Nicaragua et le Panama,
comme l’illustre graphiquement la figure 3. Devant une telle
situation, une question se pose : quelle est la valeur de la
sécurité légale offerte par les titres
de propriété ?
En Argentine, le cadastre souffre également des
mêmes faiblesses : la base cadastrale est
incomplète et comporte des distorsions importantes par
rapport à la réalité (Flores et
Urtubey, 2000). Le cadastre est une responsabilité des
provinces qui le confectionnent et l’utilisent aux fins de
l’évaluation de la richesse immobilière
et de la perception des impôts fonciers. Dans un exercice
d’évaluation de la qualité de ces
différents cadastres, la province de Misiones (n.12) a
compilé les nombreux plans parcellaires cadastraux
existants. Les résultats sont assez éloquents.
Dans certains cas, les décalages entre le cadastre et la
réalité terrain sont de l’ordre de cinq
à sept kilomètres. À l’oeil
nu, on constate ces décalages. Ceci peut avoir des
conséquences particulières lorsque les lots
cadastraux traversent la frontière internationale pour se
retrouver du côté brésilien, tel que
l’illustre la figure 4. Ainsi, il en découle que
le système de référence spatiale (i.e.
le réseau géodésique) sur lequel
repose la production cadastrale comporte des faiblesses et des lacunes
importantes. Le plan global ainsi confectionné comporte un
vice majeur puisque l’élément
constitutif du caractère global du plan, la
géoréférence, est de faible
qualité.
La
nécessité d’établir des
normes de qualité
Il faut retenir de ces quelques réflexions et exemples que
la conception d’un système cadastral
basé sur un plan global nécessite
l’établissement de normes de qualité
géométrique et géospatiale des
données (i.e. la forme, les dimensions et le positionnement
des éléments du cadastre). Il en
découle une certaine rigidité de
création et de fonctionnement, mais en contrepartie, cela
favorise une plus grande cohérence globale du cadastre.
Également, l’uniformisation des données
cadastrales, notamment par l’utilisation d’un
système de coordonnées, accroît les
occasions d’utilisation du cadastre à des fins
diverses (Kaufmann et Steudler, 1998). Le plan cadastral
n’est plus strictement une image, un dessin ou une
représentation graphique conforme à diverses
normes techniques. Il est devenu un modèle
géométrique du morcellement existant sur le
terrain. Afin de construire ce modèle, il est
nécessaire d’établir des points de
contrôle nombreux et bien répartis sur le terrain.
L’évolution des Instructions pour la
réalisation d’un mandat de rénovation
cadastrale (n.13) va dans ce sens : on y a vu apparaître, en
1999, des normes sur la présence et la
répartition de points de contrôle sur le terrain
afin de valider le rattachement du modèle cadastral
à la réalité physique du morcellement.

Enfin, la rénovation cadastrale du Québec produit
des conséquences qui ne sont pas encore
entièrement connues ni maîtrisées.
L’introduction d’un plan cadastral global,
actualisé et numérique, a bien sûr
entraîné des modifications techniques dans les
méthodes de travail des
arpenteurs-géomètres. Mais bien plus,
l’officialisation du plan cadastral
rénové, conjointement avec la réforme
de la publicité des droits et l’entrée
en vigueur le 1er janvier 1994 du Code civil du Québec,
constitue les assises d’un régime juridique
modifié de la propriété
foncière qu’il faut discerner, définir,
apprivoiser et maîtriser afin de l’appliquer le
plus justement possible aux bénéfices de tous les
citoyens. C’est lors de ses activités
d’analyse foncière que
l’arpenteur-géomètre sera le plus
à même de réfléchir et de
constater la véritable portée du nouveau cadastre
québécois.
L’ANALYSE
FONCIÈRE DE
L’ARPENTEUR-GÉOMÈTRE
La rénovation cadastrale entraîne des
répercussions sur la pratique de
l’arpenteur-géomètre.
Premièrement, il est le seul professionnel
habilité par la loi pour réaliser des
opérations cadastrales (donc, la rénovation
cadastrale elle-même). Deuxièmement, les diverses
opérations d’arpentage et d’analyse
foncière qu’il réalise quotidiennement
doivent tenir compte du cadastre. Ainsi, on pourrait dire que le
cadastre constitue une bonne partie de l’environnement
légal dans lequel oeuvre
l’arpenteur-géomètre. Cependant, ce
professionnel est aux prises avec plusieurs interrogations concernant
la portée réelle du nouveau cadastre du
Québec sur ses activités. Ni la doctrine ni la
jurisprudence ne lui apportent actuellement secours sur ces questions;
seuls son expérience pratique et son jugement raisonnable
semblent constituer actuellement les principales balises d’un
nouveau « territoire professionnel ».
D’entrée de jeu, il faut préciser que
le cadastre du Québec ne fixe pas les limites de
propriété; il ne s’agit pas
d’un cadastre juridique à l’instar de la
Suisse ou de la Suède. L’objectif premier du
cadastre du Québec est d’immatriculer
distinctement chaque immeuble faisant l’objet de droits
réels distincts. Pour ce faire, il est donc
nécessaire de « représenter les limites
des immeubles » concernés, sans pour autant leur
conférer un caractère officiel et
définitif. Malgré cette particularité,
l’arpenteur-géomètre ne peut en aucun
temps ignorer l’existence du cadastre
québécois lorsqu’il réalise
des travaux d’arpentage sur des
propriétés privées. Là
réside certainement un défi de taille
à l’évolution de sa pratique, celui
d’intégrer et d’harmoniser son opinion
professionnelle quant à la délimitation
d’un immeuble avec la représentation cadastrale du
lot correspondant. L’arpenteur-géomètre
devra, notamment lorsqu’il prépare un certificat
de localisation, émettre et commenter son opinion sur la
concordance ou la discordance entre les titres, l’occupation
et le cadastre (n.14). Il s’agit en quelque sorte de tenter
de concilier, sinon d’expliquer, trois
réalités : une réalité
juridique (les titres), une réalité de faits
(l’occupation) et une réalité
cadastrale (le lot).
La force probante du cadastre
Même s’il ne fixe pas les limites de
propriété, il ne faut pas négliger la
force probante que revêt le cadastre
québécois. Celui-ci n’est pas
qu’un simple dessin ou une quelconque esquisse permettant de
numéroter les immeubles. Bien qu’il
s’agisse d’un document à forte saveur
technique étant donné ses composantes (bases de
données graphiques et descriptives), ses modes de confection
(instructions du ministre) et sa facture graphique (plan global en
format numérique), d’importantes nuances et
précisions doivent être
énoncées afin de guider notre
réflexion. Ainsi, la portée du cadastre ne peut
pas être examinée indépendamment des
dispositions législatives le concernant, principalement
celles du Code civil du Québec. En effet, le cadastre
québécois prend tout son sens dans le contexte de
la publicité des droits où il est
réputé faire partie du registre foncier (n.15).
L’immatriculation cadastrale est une condition sine qua non
de la publication d’un droit au registre foncier (n.16).
En ce qui concerne la portée du cadastre, une piste
à explorer est celle où le cadastre est
utilisé pour déterminer les
caractéristiques (principalement les mesures et la
superficie) d’une unité foncière
faisant l’objet d’une transaction entre deux
parties. En effet, l’article 3032 du Code civil du
Québec prévoit que « dès le
jour de l’entrée en vigueur du plan cadastral, le
numéro donné à un lot est sa seule
désignation et suffit dans tout document qui y fait
référence (n.17)». Dans les faits,
cette disposition a pour conséquence que les actes
translatifs ne contiennent plus de description de l’immeuble
transigé (i.e. l’objet du droit), mais uniquement
la référence au numéro de lot
cadastral. Pour établir les caractéristiques de
l’objet du droit transigé, il faut alors se
référer au plan cadastral. Ainsi, les parties ne
transigent plus des terrains, mais plutôt des lots
cadastraux. La différence peut être
ténue et subtile, mais elle n’est surtout pas que
sémantique. À l’usage, il se pourrait
que la portée juridique du cadastre se renforce
jusqu’à valoir titre pour la
désignation et la description de l’objet foncier
transigé. Ainsi, la portée du cadastre
n’est pas de jure (elle n’est pas fixée
par la loi de façon générale), mais
plutôt de facto (elle découle d’une
situation de faits particulière).
L’arpenteur-géomètre doit donc
être en mesure d’évaluer la
portée du cadastre à la pièce, car
elle ne sera pas uniforme à l’ensemble des lots.
L’analyse des faits particuliers devrait donc guider sa
conduite professionnelle.
L’individualisation
des situations foncières dans une trame cadastrale
d’ensemble
Chaque situation foncière aura ainsi tendance à
s’individualiser, mais en même temps, elle sera
également de plus en plus liée à son
voisinage cadastral. Cette condition renvoie directement à
l’obligation déontologique de
l’arpenteur-géomètre de couvrir un
territoire suffisant et d’avoir une connaissance
complète des faits avant d’émettre son
opinion sur une situation particulière (n.18). Cette
obligation devient d’autant plus pertinente et
justifiée dans le contexte du plan cadastral global
où le travail de
l’arpenteur-géomètre sur un lot
particulier peut avoir des répercussions sur les lots
voisins, puisque ceux-ci font partie d’une même
trame cadastrale. Dorénavant, en territoire cadastral
rénové,
l’arpenteur-géomètre ne travaillera
plus en solitaire; il devra prendre en considération le
travail des autres arpenteurs-géomètres, qui sera
officialisé par l’intermédiaire du plan
cadastral. Ainsi, un nouveau défi de
l’arpenteur-géomètre est
d’intégrer le fruit de ses travaux (ou son opinion
professionnelle) dans le plan cadastral global qui constitue en quelque
sorte un modèle cartographique
géoréférencé du
morcellement foncier. Cette exigence d’intégration
peut devenir délicate s’il existe certains
décalages ou anomalies ayant pour effet d’affecter
la cohérence entre le cadastre et la
réalité physique du terrain. Dans de tels cas,
l’arpenteur-géomètre pourrait
connaître des difficultés à
insérer ses travaux dans la trame cadastrale en
l’absence d’une modification préalable
du plan global visant à améliorer sa
cohérence et sa fidélité par rapport
au morcellement réel.
L’exigence d’intégration oblige un
renouvellement des façons de faire et de la pratique de
l’arpenteur-géomètre. Anciennement, en
territoire cadastral « non rénové
», son travail était réalisé
sur des parcelles cadastrales et non pas à
l’intérieur de la trame d’ensemble. Il
était toujours possible qu’une compilation
cadastrale administrative ou technique mette en lumière que
des lots voisins aient été
créés en superposition ou avec des
écarts. De même, lorsqu’il constatait
des différences entre le résultat de ses travaux
et le cadastre existant,
l’arpenteur-géomètre pouvait annoter
son plan en inscrivant que les nouveaux lots ne correspondaient pas
entièrement au lot dont ils étaient issus.
L’anomalie ou l’erreur ne pouvait pas toujours
être détectée au moment même
de la création des lots, puisque ceux-ci étaient
indépendants en n’étant pas
intégrés dans une trame cadastrale globale.
L’anomalie ou l’erreur était
plutôt repérée lors de travaux
subséquents nécessitant la compilation des
parcelles cadastrales du secteur concerné. Dans le cadastre
rénové, ces situations sont dorénavant
impossibles.
Certaines
préoccupations de
l’arpenteur-géomètre
Cette situation soulève un questionnement fondamental sur la
concordance ou non entre l’opinion d’un
arpenteur-géomètre sur un immeuble et sa
représentation cadastrale. Son opinion quant à la
délimitation d’un immeuble peut ainsi
différer du lot cadastral concerné, tel
qu’il est représenté sur le plan
(Delage et al., 2004 : 21). Cette situation peut découler
d’écarts existant entre les descriptions aux
titres et l’occupation réelle sur le terrain, de
l’utilisation de la tolérance graphique lors de la
confection du plan cadastral ou enfin de distorsions introduites par la
rénovation cadastrale elle-même (surtout dans les
cas de distribution de surplus ou de déficit de terrain).
Même si le cadastre ne délimite pas les immeubles
proprement dits, l’arpenteur-géomètre
doit obligatoirement y référer
lorsqu’il émet son opinion sur la
délimitation d’un immeuble. C’est ici
que surgissent les grandes préoccupations actuelles des
arpenteurs-géomètres, à savoir :
• Comment analyse-t-on le critère de concordance
(ou de discordance) entre une opinion professionnelle sur la
délimitation d’un immeuble et un lot cadastral
correspondant ?
• Quel est le point de rupture de ce critère
(à partir de quand ou de quoi passe-t-on de la concordance
à la discordance) ?
• Quelles sont les répercussions légales
d’une opinion constatant une discordance entre
l’immeuble et sa représentation cadastrale ?
Dans un cours de formation continue de l’Ordre des
arpenteurs-géomètres du Québec offert
en mars 2007 (n.19), on présentait un angle
d’approche pour réfléchir à
ces différentes questions, c’est-à-dire
de bien identifier les éléments (ou
données cadastrales) qui font l’objet de
l’analyse de concordance. À cette fin, on se
référait au contenu officiel du plan cadastral
tel qu’identifié par l’article 3026 du
Code civil du Québec : «
L’immatriculation consiste à situer les immeubles
en position relative sur le plan cadastral, à indiquer leurs
limites, leurs mesures et leur contenance et à leur
attribuer un numéro particulier (n.20). » Ainsi,
l’arpenteur-géomètre devrait
évaluer l’application du critère de
concordance en fonction de la position relative du lot à
l’étude par rapport aux lots voisins, les limites
(principalement la forme du tracé : ligne droite, polyligne,
courbe), les mesures linéaires et la superficie. On constate
ainsi que les mesures angulaires et la forme
géométrique du lot ne seraient pas des
données officielles à considérer.
L’arpenteur-géomètre doit-il alors
négliger ces deux éléments qui ont
tout de même une incidence plus ou moins importante sur les
données officielles du lot, notamment les mesures
linéaires et la superficie ? Cette question
mérite une réflexion plus approfondie et devra
être étayée par différents
cas de pratique.
Par exemple, dans le cas où
l’arpenteur-géomètre constaterait que
les mesures linéaires et la superficie sont les
mêmes, mais qu’il existe une différence
entre la forme géométrique du terrain
qu’il a délimité et celle du lot
cadastral correspondant, que devrait-il faire ? Lui serait-il possible
de modifier la forme du lot cadastral afin de la faire correspondre
à son opinion, sans affecter de manière
significative les mesures linéaires et la superficie (qui
constituent les données officielles du cadastre) ? Une autre
question à se poser est de déterminer si la
tolérance graphique a pu jouer un rôle lors de la
confection du plan, de manière à expliquer les
différences constatées. De nombreux
débats, discussions et échanges sont à
prévoir dans les prochaines années sur cette
question située au coeur même de la profession de
l’arpenteur-géomètre. On pourrait
peut-être résumer la problématique par
la question suivante :
l’arpenteur-géomètre peut-il sciemment
modifier la configuration géométrique des lots
cadastraux afin de les faire correspondre aux opinions qu’il
émet quant à la délimitation des
immeubles ? Ce faisant, ne va-t-on pas à
l’encontre même de la notion de plan global en y
introduisant (ou en y laissant subsister) des différences
entre le véritable morcellement du terrain et sa
représentation cadastrale ? On
s’éloignerait ainsi de la présomption
légale d’exactitude du plan cadastral (n.21) et de
l’idée de modèle cartographique du
morcellement foncier.
LA BONIFICATION DU PLAN
CADASTRAL
L’analyse conceptuelle et la pratique professionnelle tendent
à confirmer que la notion de plan global rend
nécessaire et obligatoire
l’établissement de processus de bonification du
cadastre, soit pour le corriger en cas d’erreurs ou
l’améliorer afin d’en
accroître la cohérence et la
fidélité par rapport au terrain. Il est normal
qu’une opération massive comme la
rénovation cadastrale n’accouche pas
d’un produit final en tout point parfait,
représentant exactement et précisément
chacune des limites formant le morcellement foncier. Des
impératifs politiques et surtout économiques
encadrent l’établissement des critères
de qualité du produit cadastral de rénovation.
Comme le bon vin, le cadastre québécois doit
être en mesure de s’améliorer avec le
temps. Les arpenteurs-géomètres doivent en
être les principaux artisans par la réalisation
d’opérations visant à assurer et
à accroître la cohérence et la
fidélité entre le cadastre et le morcellement
réel.
Il existe bien des procédures de correction du cadastre,
mais celles-ci sous-entendent que le cadastre contient des erreurs
à corriger. Ces procédures sont pertinentes et
justifiées dans plusieurs cas. Cependant, il arrive que le
cadastre ne soit pas assez précis (n.22) par rapport
à la réalité du morcellement
à représenter. Le cadastre n’est alors
pas qualifié d’erroné, mais il faut
quand même l’ajuster ou le bonifier afin
d’obtenir le degré de précision
approprié pour y intégrer certaines
opérations cadastrales représentant de nouveaux
morcellements. Pensons au cas où un projet de lotissement
serait réalisé dans un secteur où,
étant donné la dimension des terres,
l’échelle de création du cadastre
rénové serait de 1 : 5000. Les nouveaux lots
doivent cependant être créés
à l’échelle de 1 : 1000. Selon
l'utilisation de la tolérance graphique (qui est cinq fois
plus grande à l’échelle du 5000e
– passant de 0,21 mètre au 1000e à 1,05
mètre au 5000e), l’opération de
lotissement peut être très difficile à
réaliser, voire impossible, sans une bonification de la
représentation cadastrale du lot de base. Celui-ci
n’est pas nécessairement erroné et
l’arpenteur-géomètre ayant
procédé à la rénovation du
cadastre de ce secteur n’est pas nécessairement
fautif. Le problème découle d’un plus
grand besoin de précision afin
d’intégrer de nouveaux lots dans la trame
cadastrale existante. Il s’agit d’une
conséquence de la création d’un plan
global, combinée avec la possibilité
d’utiliser différentes échelles de
création des lots cadastraux et d’avoir recours
à une tolérance graphique.
La rénovation cadastrale et surtout la création
d’un plan cadastral global laissent
déjà entrevoir les défis des
prochaines années, soit ceux relatifs à la
bonification du plan cadastral afin d’en faire un
modèle cartographique du morcellement dont la
cohérence et la fidélité par rapport
à la réalité sont en progression
constante. Il existe déjà des
mécanismes de correction du plan cadastral à
l’initiative du propriétaire ou du ministre.
Ceux-ci devront être dynamisés afin de
réduire les délais et les temps
d’attente. Il s’agit là d’une
des principales récriminations des
arpenteurs-géomètres envers la Direction
générale de l’arpentage et du cadastre.
Il faut aussi prévoir la possibilité que les
demandes de correction augmentent dans les prochaines
années, au fur et à mesure de
l’avancement de la rénovation cadastrale.
L’autre grand défi est de créer des
mécanismes visant à augmenter la
précision et l’exactitude du plan pour les cas
où des opérations réalisées
dans le cadastre du Québec exigent un degré
supérieur de précision (principalement dans des
secteurs affectés par des changements
d’échelle de création). La bonification
du plan est une opération de tous les jours qui
s’exerce non pas de façon massive comme la
rénovation cadastrale, mais bien au cas par cas à
la suite d’une analyse foncière portant sur des
lots en particulier.
Enfin, on peut espérer que de tels mécanismes de
bonification du plan global permettront de faire du cadastre
québécois une instrument favorisant davantage la
sécurité des droits et le bon fonctionnement du
marché immobilier. Étant les premiers
professionnels concernés par le cadastre, les
arpenteurs-géomètres auront un rôle
important à jouer dans l’établissement
de nouvelles façons de faire rendues nécessaires
par le programme de réforme du cadastre
québécois.
CONCLUSION
Le programme de réforme du cadastre
québécois soulève
aujourd’hui des questionnements qui
n’étaient pas prévus à
l’origine, lors de sa relance en 1992. Bien que les
coûts, les processus de production et les
caractéristiques techniques du produit cadastral aient
été planifiés, les effets du nouveau
cadastre sur la pratique professionnelle de
l’arpenteur-géomètre n’ont
pas encore été entièrement
identifiés, caractérisés ni
maîtrisés. La profession est conviée
à faire du nouveau cadastre québécois
un instrument de travail utile, polyvalent et performant, au
bénéfice de l’ensemble des
propriétaires fonciers du Québec.
Un enjeu majeur concerne le plan cadastral global. La
création d’un tel plan n’est pas
seulement une nouveauté technique; elle introduit une
révision obligatoire des pratiques de
l’arpenteur-géomètre. Celui-ci ne
travaille dorénavant plus sur des morceaux de terrain
distincts et indépendants les uns des autres, il exerce sa
profession sur les pièces d’un système
cadastral intégré, interreliées entre
elles par la trame cadastrale du plan global. Ainsi, il en
découle peut-être une transformation plus
fondamentale (d’un point de vue philosophique) de
l’arpentage : bien qu’il exerce des
opérations sur des propriétés
individuelles, l’arpenteur-géomètre
s’insère dans une trame foncière plus
large que le lot individuel. Les répercussions de son
travail ne se terminent pas aux limites de la
propriété foncière
concernée, elles affectent un secteur beaucoup plus
étendu. Le rôle d’officier public de
l’arpenteurgéomètre n’en est
que d’autant plus renforcé et
omniprésent.
Le principal défi des prochaines années sera
d’assurer la bonification du plan cadastral global
à l’aide de procédures de correction
(qui existent déjà) et surtout
d’amélioration de la précision de la
représentation cadastrale. Actuellement, certaines
difficultés vécues par les
arpenteurs-géomètres ne sont pas
causées par la présence d’erreurs au
plan, mais par le besoin d’obtenir des degrés
supérieurs de précision des données
cadastrales, notamment dans les secteurs sujets à des
changements d’échelle de création ou
ayant été affectés par
l’utilisation de la tolérance graphique. Ce
défi constitue un corollaire du plan global, soit la
recherche constante d’une cohérence et
d’une fidélité accrues entre le plan
cadastral et le morcellement foncier existant sur le terrain.
En terminant, le programme de réforme cadastrale propose des
instruments de gestion foncière uniques en leur genre.
Étant donné l’ampleur et le
caractère sans précédent de ce
programme, il semble tout à fait normal que toutes ses
répercussions et ses retombées n’aient
pas été prévues au
préalable lors de sa relance en 1992. Au cours des
prochaines années, un des défis les plus
importants des arpenteurs-géomètres sera
d’ajuster et de développer leurs pratiques de
façon à tenir compte de la nature et des
caractéristiques du plan cadastral global, et de contribuer
à sa bonification pour en faire un actif incontournable des
infrastructures foncières du Québec.
Ce texte a
été préparé originalement
pour une communication présentée
au GéoCongrès Québec 2007
(Québec, 4 octobre 2007). Il a été
révisé
pour la présente parution de la revue Géomatique
de l’OAGQ.
Références
bibliographiques
- DELAGE, Jean-François et al. (2004), « La
rénovation cadastrale », Répertoire de
droit – Nouvelle série - Titres immobiliers
– Doctrine – Document 1, 62 p.
- FLORES, Hector et Myriam URTUBEY (2000), « Los catastros en
la Argentina », Memorias, Seminario internacional de sistemas
catastrales, Universidad Distrital Francisco José de Caldas,
Santa Fe de Bogotá, Colombie, 3 al 5 de mayo, p. 96-100.
- KAUFMANN, Jürg et Daniel STEUDLER (1998), Cadastre 2014 :
Vision pour un système cadastral dans le futur,
Fédération internationale des
géomètres (FIG), Commission 7, 43 p.
- Ministère des Ressources naturelles et de la Faune (2005),
Instructions pour la réalisation d’un mandat de
rénovation cadastrale, version 5.3, Québec :
Gouvernement du Québec, v + 218 p.
- PICKLES, John (2004), A History of Space : Cartographic reason,
mapping and the geo-coded world, New York : Routledge, xxii + 233 p.
- ROBERGE, Daniel (2000), « Systèmes cadastraux,
administration des terres et développement durable vus sous
l’angle du séminaire international de
Bogotá, mai 2000 », in : Géomatique, la
revue de l’Ordre des
arpenteurs-géomètres du Québec, vol.
27, n° 4, décembre 2000, p. 6-10.
- ROY, Francis et Jacques SYLVESTRE (2007), L’analyse
foncière en territoire rénové,
Québec : Ordre des
arpenteurs-géomètres du Québec, Cours
de formation continue, 43 p.
Code civil du Québec, L.Q. 1991, c. 64.3
Notes
:
1 Acte concernant les bureaux d’enregistrement et les
privilèges et hypothèques dans le Bas-Canada, 23
Victoria, c. 59.
2 Acte pour établir des bureaux d’enregistrement
dans les comtés de Drummond, Sherbrooke, Stanstead, Shefford
et Missiskoui, 1830, 10 & 11 Geo. IV, c. 8.
3 Ordonnance pour prescrire et régler
l’enregistrement des Titres aux Terres,
Ténéments et Héritages, Biens
réels ou Immobiliers, et des Charges et
Hypothèques sur iceux : et pour le changement et
l’amélioration, sous certains rapports, de la Loi
relativement à l’aliénation et
l’Hypotécation des Biens réels, et des
Droits et intérêts acquis sur iceux, O.P.B.-C.
1841, c. 30.
4 Loi favorisant la réforme du cadastre
québécois, L.R.Q., c. R-3.1.
5 Brochu et Beaulieu (1999) précisent que « la loi
de 1985 ne permettait pas de statuer sur les cas d’occupation
non conformes aux titres, ce qui retardait considérablement
le processus de réalisation des plans
rénovés en plus d’obliger les
propriétaires concernés à entreprendre
d’onéreuses procédures de correction
».
6 Code civil du Québec, art. 3027.
7 Loi favorisant la réforme du cadastre
québécois, précitée, note
4, art. 19.2.
8 Ministère des Ressources naturelles et de la Faune (2005),
Instructions pour la réalisation d’un mandat de
rénovation cadastrale, version 5.3, Québec :
Gouvernement du Québec, p. 29; la tolérance
graphique vise à assurer « la cohérence
entre les mesures et la contenance d’un lot inscrite sur le
plan cadastral et sa représentation graphique ».
9 L’article 2 de la Loi sur le cadastre, L.R.Q.,c. C-1,
prévoit que le ministre doit établir des
instructions pour la préparation de tout plan cadastral afin
d’en assurer l’exactitude. Supra, note 8.
10 La Loi de 1860 prévoyait que des plans cadastraux
seraient confectionnés pour chaque cité, ville,
village, paroisse et canton ou partie d’iceux. Sur la base du
découpage administratif de l’époque, on
créa 1449 cadastres différents pour couvrir le
territoire occupé du Québec. Dans le cadre de la
réforme cadastrale, ces 1449 cadastres ont
été regroupés en un seul, le cadastre
du Québec.
11 À moins que les modifications effectuées
s’inscrivent à l’intérieur de
la tolérance graphique permise. Cette notion de
tolérance graphique est cependant spécifique au
cadastre du Québec.
12 La province de Misiones est située dans le nord-est de
l’Argentine, en partie enclavée entre le Paraguay
et le Brésil.
13 Ministère des Ressources naturelles et de la Faune
(2005), Instructions pour la réalisation d’un
mandat de rénovation cadastrale, version 5.3,
Québec : Gouvernement du Québec, v + 218 p.
14 Règlement sur la norme de pratique relative au certificat
de localisation, R.R.Q., c. A-23, r.7.1, art. 9, par. 6°.
15 Code civil du Québec, art. 3027, al. 1.
16 Code civil du Québec, art. 3030, al. 1.
17 Code civil du Québec, art. 3032, al. 1.
18 Code de déontologie des
arpenteurs-géomètres, R.R.Q., c. A-23, r.4, art.
3.02.05; Règlement sur la norme de pratique relative au
certificat de localisation, R.R.Q., c. A-23, r.7.1, art. 5.
19 Francis ROY et Jacques SYLVESTRE (2007), L’analyse
foncière en territoire rénové,
Québec : Ordre des
arpenteurs-géomètres du Québec, Cours
de formation continue, 43 p.
20 Code civil du Québec, art. 3026, al. 1.
21 Code civil du Québec, art. 3027, al. 1 : « Le
plan cadastral est […] présumé exact
».
22 Quoiqu’il puisse être en tout point conforme aux
normes techniques régissant sa confection.





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