Plus de 220 personnes se sont réunies la semaine dernière à Ville de Saguenay au Québec pour partager les plus récents développements du monde géomatique et ses multiples applications, lors du Colloque VisionGÉOMATIQUE’08. Mais quels ingrédients ont attiré tant d’intervenants de l’industrie et des institutions académiques et gouvernementales dans cette petite ville d’habitude en marge du circuit habituel des événements touchant la technologie ? Un programme varié, tant en ce qui concerne les thématiques que la portée, des présentateurs d’envergure internationale et… une occasion unique de célébrer les dix ans d’existence du Centre de géomatique du Québec (CGQ).
C’est sous le thème « Le futur… dès maintenant » que le CGQ accueillait la première édition du colloque VisionGÉOMATIQUE’08 les 4 et 5 juin dernier. Le centre, un organisme parapublic à but non lucratif qui possède le statut de centre collégial de transfert de technologie conféré par le gouvernement québécois, célébrait avec fierté dix ans d’accompagnement d’organisations privées et publiques vers une meilleure utilisation de la géomatique.
Lors du cocktail de bienvenue qui se tenait dans un lieu incontournable de la région, Madame Josée Dallaire, directrice du CGQ, s’est d’ailleurs montrée fière des réalisations accomplies par le centre pendant les dix dernières années. Elle estime que le CGQ a relevé le défi de faire profiter les organisations de ses activités de recherche appliquée, comme dans le cas du projet SCORE (système de cartographie pour les ouvrages de retenue), fraichement bouclé, qui fournit aux gestionnaires et propriétaires d’ouvrages de retenue (barrages) un outil Web géomatique pour la visualisation et la consultation de l’information pertinente relative aux ouvrages.
Le programme du colloque offrait de nombreuses conférences thématiques touchant des domaines d’applications variés comme l’agriculture, la foresterie, le milieu municipal, la sécurité et l’environnement. Près de trente exposants, industriels comme représentants des secteurs académique ou gouvernemental, présentaient leurs projets, produits et services, créant une ambiance d’échange animée, qu’il était difficile de rompre à la reprise des séances. L’une des trois camionnettes du ministère des Transports munie de multiples instruments de la compagnie Géo-3D pour effectuer des inventaires routiers attirait même les congressistes à l’extérieur, faute de pouvoir se frayer un passage suffisamment dégagé vers la salle d’exposition.

Participants lors d'une séance plénière du colloque VisionGÉOMATIQUE'08. Crédit photo: Carol Dufour.
Mais par-dessus tout, c’était la présence d’invités de marque et les messages qu’ils venaient livrer qui semblaient retenir l’attention de tous lors des séances plénières. Remplaçant à pied levé le président d’honneur Michel C. Doré, Sous-ministre associé à la Direction générale de la sécurité civile et de la sécurité incendie, Éric Houde, directeur des opérations au sein de la même organisation, a ponctué son discours de bienvenue d’éléments concrets et imagés sur l’évolution de la géomatique. Pour sa part, François Bailly, Ingénieur développement chez Google, a présenté l’historique de Google Earth. Finalement, Jean-Luc Issler, ingénieur au Centre national d’études spatiales (CNES), a quant à lui présenté de façon très accessible et efficace l’aspect « signal » de Galileo, le système de positionnement par satellites dont est en train de se doter l’union européenne.
Google Earth : de l’idée au succès
François Bailly connaît Google Earth depuis ses tout débuts. En fait, même avant cela, alors que le visualisateur terrestre en 3D portait le nom de Keyhole et était développé par la jeune compagnie du même nom où il œuvrait comme ingénieur. Il a donc rejoint les rangs de Google, lorsqu’en octobre 2004, la compagnie a procédé à l’acquisition de Keyhole et de ses produits. Keyhole en était alors à sa version 2. Monsieur Bailly coordonne depuis l’équipe en charge de développer chaque nouvelle version de Google Earth.

François Bailly, ingénieur développement chez Google. Crédit photo: Carol Dufour.
Il faut se rappeler qu’avant 2004, Google ne faisait pas encore partie du paysage géospatial, secteur qu’elle a d’ailleurs pris d’assaut rapidement avec le lancement de Google Maps, peu après, en 2005. L’adoption des deux services par le public a été pratiquement instantanée : Google Earth ayant été téléchargé plus de 350 millions de fois et traduit en 25 langues depuis. Google Maps et Earth ont beaucoup de choses en commun et les équipes qui travaillent sur ces produits chez Google se tiennent proches, pour favoriser l’échange d’idées. Par exemple, le mode Street View de Google Maps est maintenant intégré à la version 4.3 de Google Earth.
En tant que coordonnateur de chaque nouvelle version de Google Earth, Monsieur Bailly dirige les travaux de l’équipe constituée d’une dizaine de développeurs qui se consacre à cet aspect de l’offre de Google. Cela peut sembler bien peu sachant que la boîte de Montain View engage plus de 16 000 travailleurs !
Monsieur Bailly a souligné quelques éléments qui ont marqué l’évolution de Google Earth. Il a d’abord mentionné le fait que le format KML, mis de l’avant par Google pour visualiser l’information sur son globe, a été transféré à l’OGC, un organisme consensuel chargé de promouvoir des standards ouverts en géospatial. Ce format, qui peut de plus en plus être produit ou consommé par les logiciels SIG conventionnels est un outil de diffusion efficace pour faire connaître des ensembles de données spatiales. « Tout contenu KML ou KMZ à accès public est automatiquement indexé par Google. Les internautes à la recherche d’information sur une thématique peuvent donc se voir proposer un fichier KML, » précise-t-il.
Il y a de cela quelques jours, Google avait annoncé la sortie de la version « plug-in » de Google Earth, qui permet de construire des applications personnalisées intégrant Google Earth dans un visualisateur Web. Interrogé sur la cohabitation de cette option et de la version téléchargeable de GE, Monsieur Bailly s’est montré prudent : « Pour l’instant, la version desktop contient encore de nombreuses fonctionnalités qui sont inaccessibles avec le plug-in. Mais qui sait dans dix ans ? ».
Contexte et spécifications du programme Galileo
Après un parcours tumultueux ayant menacé plus d’une fois sa concrétisation, le système de positionnement par satellites européen Galileo a récemment reçu le OK des autorités européennes. Sous contrôle strictement civil, Galileo vise à affranchir l’Europe de sa dépendance envers les signaux des constellations concurrentes (GPS et GLONASS), qui elles sont sous contrôle militaire.
La constellation Galileo comptera à terme en 2013 trente satellites placés juste au dessus des satellites GPS, à 24 000 km d’altitude, sur trois plans d’orbite. Deux satellites sont déjà en place et les autres devraient rapidement suivre, car chaque lancement peut amener en orbite jusqu’à huit satellites d’un coup.
L’élaboration des spécifications d’un tel système nécessite son lot d’analyse et de considérations scientifiques et techniques, mais implique aussi nécessairement pourparlers et compromis. Monsieur Jean-Luc Issler est le directeur des services de radionavigation au CNES. En tant que délégué français de la « Signal Task Force Galileo », entité responsable de la conception des signaux de Galileo, il connaît bien les contraintes et les défis avec lesquels les équipes ont dû, et doivent jongler. Son intervention lors du colloque visait principalement à présenter le contexte et les avantages des signaux utilisés par Galileo.

Jean-Luc Issler, directeur des services radionavigation au CNES, en charge des aspects signal pour le système européen de positionnement par satellites Galileo. Crédit photo: Carol Dufour.
« Le plan des signaux Galileo a été conçu pour faciliter l’utilisation conjointe avec le système GPS, pour assurer une précision de positionnement supérieure ainsi que pour offrir un service de navigation très robuste et sécurisé, » a-t-il mentionné. Lors de la conférence mondiale sur l’attribution des fréquences tenue en 2000, le Canada a d’ailleurs joué un rôle décisif dans l’attribution des nouvelles bandes de fréquences de navigation par satellite pour Galileo, soient les bandes E5b et E6, qui conféreront au système européen la plus grande précision. « Le Canada est le seul état non européen membre de l’Agence spatiale européenne. Il a développé une forte expertise en radionavigation. La compagnie NovAtel a par exemple conçu des récepteurs Galileo, et COM DEV a été en charge du développement d’éléments de la charge utile des satellites ».
Selon Monsieur Issler, la force de Galileo, outre sa précision, sa robustesse et son indépendance, réside dans le choix de ses fréquences. Suite à un accord portant sur l’interopérabilité survenu avec les États-Unis en 2004, un certain chevauchement des signaux permettra l’utilisation conjointe avec les satellites GPS du bloc III, donnant l’accès à 60 satellites de façon transparente pour l’usager final. Le même type de situation pourrait aussi survenir avec le futur système de positionnement chinois Compass, dont une partie des signaux devraient être commune à ceux de Galileo.
De quoi sera fait le futur ?
Le colloque s’est conclu sur une table ronde animée par Luc Vaillancourt de BALIZ qui réunissait les représentants de Google et du CNES, ainsi que Monsieur Éric Houde, du ministère de la sécurité publique du Québec autour du thème « Le futur … dès maintenant ». Pour mettre en évidence le chemin parcouru par la géomatique depuis les dernières années, ce dernier n’a pu s’empêcher de rappeler qu’en 1998, lors de la crise du verglas qui avait littéralement paralysé le sud-ouest du Québec pendant plusieurs semaines, il avait fallu une dizaine de jours pour préparer des cartes. « Les outils à l’époque ne nous permettaient pas de partager des informations géolocalisées rapidement pour appuyer nos décisions. Maintenant, ces outils sont accessibles. Même moi, qui n’est pas un spécialiste de la cartographie, peut bâtir une carte grâce au niveau de convivialité des outils. Cela aurait été chose impossible il y a 10 ans. Le futur, c’est aujourd’hui !» a-t-il déclaré. Pour Monsieur Houde, les autres tendances qui se démarquent en géomatique sont la gratuité et la diversité des applications. « Maintenant, les citoyens ont accès à l’information sur des problématiques qui les concernent. Auparavant, cette information n’était accessible qu’aux décideurs. Dans le domaine de la sécurité publique, la géomatique est un outil de communication de choix pour transmettre des informations à la population. Les citoyens sont ainsi en mesure de prendre des décisions mieux éclairées » a-t-il conclu.
Pour sa part, Monsieur Issler croit que dans une dizaine d’années, le « building matching », ou ce qu’on appelle la modélisation du trajet du signal, permettra de savoir en temps réel si le signal capté par un récepteur en milieu urbain est direct ou réfléchi par les immeubles environnants. Il entrevoit aussi le développement d’applications secondaires, par exemple le suivi de déformations du terrain (causé par des tremblements de terre ou des glissements de terrain) ou des études météorologiques et de l’ionosphère. Monsieur Issler a aussi souligné les avantages apportés par le rapprochement des différentes communautés scientifiques/technologiques. «Si nous visions une plus grande synergie entre communautés, nous pourrions réaliser de larges économies d’échelle. D’ici 2020, avec Galileo II, nous devrions avoir développé la possibilité de transmettre des signaux qui servent à la fois pour la localisation et pour les télécommunications. Déjà, trois satellites chinois transmettent des signaux qui servent les deux finalités dans une même bande.»
Monsieur Bailly, quant à lui, a souligné que le défi que doit relever Google concerne l’accessibilité aux données. Actuellement 50% de la population de la planète est couverte par de l’imagerie haute résolution dans Google Earth. « Google ne veut vraiment pas se positionner comme un joueur du marché des SIG. Ce que Google souhaite, c’est signer davantage de partenariats pour obtenir des images et des données qui couvrent l’ensemble du globe. Avec une plus grande couverture, Google mettra entre les mains des citoyens de la planète entière les outils pour que les peuples se comprennent mieux » a-t-il dit. Une conclusion on ne peut plus louable pour un événement si animé !
Merci au Centre de géomatique du Québec d’avoir accueilli BALIZ-MEDIA.com comme partenaire média de VisionGÉOMATIQUE'08.




Commentaires
J'ai publié un billet sur la présentation sur la néo-géographie que j'ai donnée lors de VisionGÉOMATIQUE'08 ici.
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