Géomatique 2009
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Discussion entre SPOT Image, le CNES et Google Earth sur le rôle de l'imagerie pour sensibiliser aux changements climatiques

Par: Kevin Corbley

La communauté géospatiale peut jouer un rôle vital dans la recherche sur le réchauffement climatique en aidant à faire la connexion entre les changements climatiques et les individus. La meilleure façon d'y arriver est en rendant plus accessibles et plus compréhensibles au grand public les images satellite et les informations qui en sont dérivées, dans le but que tous puissent voir l'impact de ces changements à l'échelle locale.

C'est ce qui résume le consensus auquel sont arrivés les représentants de SPOT Image, du CNES (le Centre national d'études spatiales en France) et de Google Earth, au terme d'une longue discussion suivant le séminaire sur "l'espace et les régions polaires" tenu à Arlington, en Virginie en avril dernier. Commandité par l'ambassade de France et la George Mason University (Washington DC), ce séminaire, qui donnait le coup d'envoi à l'année polaire internationale, s'est concentré sur les données de suivi environnemental recueillies par les satellites au dessus des pôles et leur importance pour la recherche.

Durant la rencontre, les représentants des trois organismes se sont penchés sur les manières dont l’industrie géospatiale, particulièrement les fournisseurs d’imagerie, pourrait mieux servir la recherche sur les changements climatiques. Ils ont par la suite expliqué les activités actuelles et futures de leur organisme pour supporter les initiatives de suivi environnemental.

Jean-Jacques Tortora, l’attaché spatial du CNES au sein de l’ambassade de France à Washington, explique tout d’abord que les régions polaires sont au centre de toute compréhension des changements climatiques, puisque ces régions sont affectées plus rapidement et sévèrement que toute autre partie du globe. Et il ajoute que les changements qui surviennent aux pôles ont des impacts sur les océans, l’atmosphère et les terres continentales. « Nous réalisons maintenant que des indices sur le futur de notre planète se trouvent aux pôles », ajoute monsieur Tortora.

En dépit de cette importance, le défi pour les scientifiques en environnement, en particulier pour les chercheurs qui étudient les pôles, consiste à faire comprendre au public que les changements qui surviennent aux deux pôles ont un impact sur leur vie quotidienne en France, aux États-Unis et partout dans le monde. Les pôles sont les endroits les plus éloignés de la Terre et comme peu de gens les ont déjà visités, il est très difficile pour le public de se sentir concerné.

« Les images satellite de la Terre devraient servir de lien entre les changements environnementaux et l’humain », raconte Antoine de Chassy, directeur général de SPOT Image Corp. « Les changements climatiques demeurent un concept abstrait pour les gens, jusqu’à ce qu’ils puissent visualiser ce qui se passe derrière chez eux ».

« Le fait que les gens puissent faire cette connexion personnellement leur permet de réaliser qu’ils peuvent aussi affecter l’atmosphère et l’environnement », explique pour sa part Pascale Ultré-Guérard, responsable des programmes d’observation de la Terre au CNES.

Toutefois, l’utilisation d’imagerie satellite dans cette optique possède ses propres défis. Selon monsieur de Chassy, bien que les satellites d’observation de la Terre aient été très utiles pour l’identification des changements environnementaux, il est resté difficile pour les individus de s’y retrouver à cause qu’historiquement, les images coutent cher et sont trop complexes pour être analysées par monsieur ou madame tout le monde.

Mais voilà que tout semble vouloir changer depuis deux ans, grâce à l’arrivée de technologie Web comme Google Earth, qui crée le pont entre la télédétection et le citoyen moyen. Comme le croit Antoine de Chassy, c’est aussi grâce à cette technologie que l’on pourra rapprocher les changements climatiques de l’individu, à l’aide de l’imagerie, qui devient du coup beaucoup plus facilement disponible et simple à utiliser.

Le responsable de la technologie chez Google Earth, Michael Jones est tout à fait d’accord avec l’image de Google Earth agissant comme un pont reliant la télédétection et le grand public, avec l’effet d’une meilleure compréhension des problématiques liées à l’environnement. La possibilité offerte par Google Earth de nous amener du panorama global à l’échelle locale (échelle du voisinage) nous pousse à mieux comprendre les événements naturels ou créés par l’homme, tout près de nous.

Michael Jones explique que les utilisateurs de Google Earth vont souvent utiliser le zoom pour voir leur maison et ensuite se déplacer dans leur voisinage. Cela affecte leur point de vue sur l’impact des activités humaines, comme le développement, et les touche personnellement puisqu’ils peuvent aussi constater ces changements dans leur vie quotidienne. Lorsqu’ils se déplacent ensuite vers d’autres parties du globe et s’approchent pour découvrir des changements similaires dans des endroits inconnus, ils font tout de suite un lien. Ils peuvent imaginer que les processus environnementaux sont inter reliés.

« Toute cette information cognitive est très importante pour la compréhension des phénomènes », note monsieur Jones. « Nous avons conçu Google Earth justement parce que nous souhaitons que tout le monde puisse comprendre ».

De l’image à l’action

La discussion s’est par la suite orientée vers les initiatives que SPOT, le CNES Et Google Earth ont entreprises ou planifient d’entreprendre sous peu afin de tirer profit de la télédétection et susciter la conscientisation du public. L’initiative de Google a commencé avec le lancement de Google Earth et Google Maps, qui fournissent aux utilisateurs tous les outils nécessaires pour construire des représentations virtuelles de la Terre, accessibles à tous par le Web. Pour les chercheurs en environnement, ces « globes virtuels » permettent d’explorer la recherche effectuée, du niveau de l’image satellite ou de la photographie aérienne, jusqu’aux vidéos et autres documents et de chercher les changements spécifiques ayant touché l’atmosphère, la société et l’écologie dans le monde. Les globes virtuels sont une nouvelle façon de communiquer l’information.


CNES 1994- Mont Erebus en Antarctique, par SPOT5. Distribution: SPOT Image.

Des millions de personnes utilisent désormais Google Earth pour explorer des problématiques environnementales ou humanitaires. Il existe plus de 50000 site Web utilisant des cartes Google avec interface de programmation. On retrouve quelques exemples sur le site de l’Année polaire internationale.

Plus tôt lors du séminaire, Jones avait aussi encouragé les scientifiques du changement climatique à profiter des outils gratuits de Google Earth pour créer des sites Web et faire connaître leur recherche. Il a rappelé que Google Earth compte 200 millions d’utilisateurs partout dans le monde, dont plusieurs détiennent un pouvoir décisionnel. Les scientifiques ont le pouvoir de faire une différence, mais seulement si leur message est entendu ! « C’est très important de partager cette information », a-t-il conclu.

Pour sa part, SPOT Image s’allie à sa maison mère, SPOT Image S.A. à Toulouse en France pour lance le programme « Planet Action ». Le but de cette initiative, selon Antoine de Chassy, est de fournir des images satellite et autres ressources aux communautés locales pour leur permettre de prendre des mesures positives pour contrer les changements environnementaux.

Planet Action utilisera une technologie Web telle que Google Earth pour faciliter le partage de l’information entre scientifiques, ONG, industries, écoles et le grand public. Ultimement, on souhaite créer un réseau mondial de citoyens dont l’accès à l’information géospatiale et le savoir-faire incitera au changement local.

« Nos archives d’images SPOT sont une véritable mine d’or pour la recherche sur les changements environnementaux », souligne Antoine de Chassy. SPOT Image a lancé et exploité cinq satellites d’observation de la Terre, dont trois sont encore en opération. La compagnie est en possession de millions d’images haute-résolution archivées couvrant grosso modo chaque kilomètre carré de terre ferme.

Un volet de Planet Action permettra à différents projets de recherche d’obtenir des images (nouvelles et archivées) directement de SPOT Image. La compagnie comptera aussi sur son réseau mondial de 30 stations de réception pour jouer un rôle actif dans le parrainage de programmes impliquant les communautés locales, où des relations existent déjà avec les milieux universitaire, gouvernemental et civil.

Cependant, l’influence de la technologie Web ne se limitera pas aux activités non lucratives chez SPOT Image. Antoine de Chassy fait allusion à la « révolution de l’esprit » qui sévit au sein de l’industrie géospatiale, résultat de la technologie Google Earth. Il promet même des changements dans la façon dont les clients de SPOT Image parcourent, achètent et vivent l’expérience de l’imagerie satellite.

Finalement, Pascale Ultré-Guérard du CNES donne un aperçu du futur à court terme en présentant le programme de nouveaux satellites en développement qui assureront la continuité des satellites de la famille SPOT. Les deux nouveaux satellites du programme Pléiades offriront des possibilités complémentaires aux satellites SPOT, avec une résolution spatiale améliorée de 0,7 mètres. Avec des lancements prévus en 2009 et 2010, le programme Pléiades sera aussi complémentaire aux programmes de partenariat public-privé de satellites radar haute-résolution prévus par l’Italie et l’Allemagne.

La responsabilité des fournisseurs d’imagerie satellite

En conclusion de la réunion, les représentants des trois organisations se sont accordés pour dire qu’autant l’industrie de l’observation terrestre a un rôle important à jouer dans la recherche sur les changements climatiques, autant elle est responsable envers les citoyens de rester impartiale face aux débats scientifiques et politiques. Les fournisseurs d’imagerie satellite doivent rester des intermédiaires honnêtes.

« Notre responsabilité, en tant qu’industrie, est de bien faire notre travail, c’est-à-dire de fournir des images exactes à la communauté, que celles-ci soient porteuses de changements positifs ou négatifs », souligne Antoine de Chassy. « Nous devons rendre l’information disponible afin que le public puisse en tirer ses propres conclusions… nous devons être une source fiable », d’ajouter Michael Jones.

Cet article en anglais a été publié sur Directions Magazine le 21 juin 2007 sous le titre : Satellite Images bridge Understanding Gap Between Climate Change and Individuals.
Par: Kevin Corbley. Traduction: Nathalie Michaud.

Reproduit avec la permission de Directions Media.

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