Le nom de Frank Taylor ne vous dit peut-être rien. Par contre, si on vous parle de Google Earth, vous vous sentez davantage en pays de connaissance. Frank Taylor, c’est l’homme qui est derrière le Google Earth Blog, le site indépendant, devenu une référence avec le temps pour tous ceux et celles qui s’intéressent à l’actualité, aux trucs et aux nouveautés de Google Earth. Nous avons récemment eu l’occasion de discuter avec Monsieur Taylor du produit, de ses forces et faiblesses et du marché en général. Nous partageons avec vous ici les grandes lignes de notre entretien.
Frank Taylor, le maitre d’œuvre du Google Earth Blog
Frank Taylor est un passionné de sciences et de technologie qui est entré sur le marché du travail en 1978. Astronome-physicien de formation, l’Américain s’est bâti une solide expérience dans les domaines de la visualisation et la simulation, principalement grâce à son passage à la NASA, où il a travaillé sur différents modules de simulation de la navette spatiale et de la station spatiale.
Dans le milieu des années 90, avant l’éclatement de la bulle des TI, Frank Taylor a mis sur pied et dirigé une compagnie spécialisée dans les services et le développement Web. Au plus fort de son temps, sa compagnie a compté une cinquantaine d’employés et des grands joueurs tels que Pfizer et Northern Telecom ont figuré parmi sa clientèle. « Nous avions même créé un des premiers systèmes bancaires en ligne », ajoute l’entrepreneur. Appelé par d’autres défis, il a après quelques années vendu sa compagnie.

Frank Taylor, le créateur du Google Earth Blog.
Frank Taylor est donc un homme surprenant par sa polyvalence. Il pilote des avions, réalise de longs voyages en bateau, est un fervent adepte de la randonnée et se détend en jouant à des jeux en 3D sur son ordinateur. Son profil de scientifique, d’entrepreneur et d’explorateur ainsi que ses différents passe-temps ont contribué à lui faire découvrir et apprécier le potentiel des technologies géospatiales. C’est ainsi qu’il s’est intéressé plus particulièrement à Google Earth.
Un blogue qui fait le tour de la terre
Quand Google a lancé Google Earth en juin 2005, Frank Taylor a tout de suite su que cet outil allait créer de grandes choses. Il a donc mis sur pied le Google Earth Blog (GEB), presque aussitôt après le lancement du produit comme tel, soit en août 2005. Par ce moyen de communication, il souhaitait partager avec ceux et celles, qui comme lui trouvent fantastique de voyager virtuellement à travers le monde et y découvrir une foule de renseignements, toutes les nouveautés disponibles, les trucs et l’actualité autour du produit.
«Google Earth a tout simplement révolutionné la visualisation de l’information géospatiale et a contribué à conscientiser le public à l’importance de relier une information à sa position», explique Frank Taylor.
À l’instar de Google Earth, le GEB connaît une popularité phénoménale. Selon les derniers chiffres, 5,8 millions de visiteurs uniques provenant de 229 pays se sont rendus sur le site en 2007. Une augmentation rapide si l’on considère que 2006 avait compté 3,7 millions de visiteurs uniques. À ce rythme, Frank Taylor est en voie de devenir l’une des personnalités Web les plus lues du domaine des technologies géospatiales. « Je n’aurais pas pensé rejoindre un si grand lectorat. Dire qu’au début, j’ai créé le GEB pour le plaisir, et pour l’expérience !», confie-t-il. Les thèmes abordés sur le GEB sont variés et intéressent autant l’utilisateur ordinaire que le féru de Google Earth.
Page d'accueil du Google Earth Blog. Un visiteur y retrouve les billets du jour. Il peut aussi consulter les billets identifiés selon des catégories.
Aujourd’hui, son modèle d’affaires basé principalement sur les campagnes de publicité Google AdSense ou d’entreprises, lui permet de se dédier pleinement à la recherche de sujet, à la rédaction et à l’alimentation de son blogue. Chaque billet bien étoffé qu’il produit nécessite des heures de recherche, de communication et de lecture, sans compter le temps qu’il consacre quotidiennement à dépouiller l’actualité à la recherche de nouveautés. À l’été dernier, soucieux d’étendre encore davantage la portée de son blogue, il a entamé la création d’une version en espagnol de son contenu.
Une indépendance, de bonnes relations
Frank Taylor et son blogue n’ont aucune affiliation avec la société Google, mis à part certaines connaissances au sein de la direction de Keyhole (la compagnie, rachetée par Google en 2005, qui avait développé le produit sur lequel est maintenant basé Google Earth). Les propos de l’auteur n’engagent personne d’autre que lui-même. Toutefois, il est devenu si incontournable dans la communauté qu’il figure dans la liste des sites de références suggérés par le Google LatLong Blog, l’un des blogues officiels des équipes de Google Maps et Google Earth.
Google Earth, ici pour rester
On pourrait croire que l’auteur d’un blogue sur Google Earth soit subjectif, qu’il ait un parti pris. Mais il faut se détromper. En tant que passionné par les globes virtuels, Frank Taylor connaît le marché et reconnaît les forces et les faiblesses de chaque produit. Par contre, sur GEB, il tente de se concentrer sur ce qui touche directement à Google Earth, même si cela ne l’empêche pas à quelques occasions d’accorder des points à son rival, Virtual Earth, notamment en ce qui concerne l’imagerie « Bird’s Eye View » qui permet, en plus d’agrémenter la visualisation, d’aider à générer le bâti en 3D avec un réalisme remarquable. Il n’hésite pas non plus à souligner l’avantage de la solution 100% en ligne offerte par Virtual Earth.
Au cours de la dernière année, la firme de Redlands en Californie a investi de nombreux efforts pour ajouter des fonctionnalités à son produit Maps (voir ici, ici et ici), suscitant beaucoup d’attention. Google Maps gagne en popularité et compte même plus d’utilisateurs que Google Earth. À l’automne dernier, certains blogueurs ont même lancé l’hypothèse que Google Earth puisse être progressivement abandonné au profit du produit Maps. À ce sujet, Frank Taylor se montre sceptique. « Les deux produits sont très différents. Maps permet le 2D mais n’est pas dynamique. Earth est un outil fantastique de visualisation pour parcourir le monde. Son contenu et son utilisation peuvent être très diversifiés. Chacun a son utilité. Google développe intensivement ses deux produits, mais n’hésite pas à importer de l’un vers l’autre les capacités qui s’avèrent les plus prometteuses. Les deux sont certainement là pour rester ».
Un outil de conscientisation à la géolocalisation
La montée de popularité des globes virtuels tels que Google Earth et Virtual Earth est-elle une menace au développement des produits développés et mis de l’avant par les grands joueurs SIG qui traditionnellement détenaient le marché du géospatial ? Quand on l’interroge sur la question, Frank Taylor explique qu’il y a quelques années, on a formellement cru qu’il en serait ainsi. Mais cette appréhension a rapidement fait place à une autre réalité. La conscientisation à la localisation apportée par les globes virtuels a finalement eu un effet contraire. « Au bout du compte, les compagnies de SIG bénéficient de cette vague. De plus, les applications de type Google Earth ont plutôt haussé la barre en termes de qualité d’interfaces », conclut-il.
Qu’en est-il de Google, la compagnie ?
Actuellement, il parait incontestable que le modèle d’affaires sur lequel Google base ses activités remporte du succès. Dans un contexte où la compétition est active (principalement Microsoft), qu’en est-il des choix que la compagnie devra faire dans le futur ? Sans vouloir spéculer, Frank Taylor confie que la faiblesse principale de Google Earth réside dans son modèle d’acquisition de l’imagerie, basé sur des ententes avec les fournisseurs commerciaux. Alors que Microsoft investit des sommes considérables pour solidifier les aspects d’acquisition d’images pour Virtual Earth (soit en se portant acquéreur de compagnies spécialisées en acquisition et traitement d’images, soit en bâtissant de forts partenariats), Google devra repenser sa façon de faire pour rester compétitif.
En 2008, Frank Taylor croit que Google Earth offrira plus de contenu relié aux initiatives sans but lucratif, contenu qui pourrait par exemple provenir de programmes environnementaux et humanitaires. Google devra aussi trouver une meilleure façon de mettre en valeur les différentes couches d’information disponibles, qui recèlent une mine de renseignements sur la planète. Tel que nous l’avait prédit Frank Taylor, voici ici certaines nouveautés intéressantes qui viennent tout juste d’être annoncées.
Finalement, pour ceux et celles qui consultent Google Earth confortablement assis à leur bureau au travail, soyez sans crainte. Alors que dans le passé un tel usage était proscrit par la licence d’utilisation de Google Earth, une mise à jour du texte de la licence survenue à l’été 2007 vous permet désormais de le faire tout à fait légalement, pour autant que l’utilisation soit effectuée à des fins personnelles. Pour utiliser Google Earth dans un but professionnel, il faut se procurer la version Pro, ou encore la version Enterprise Solutions, dans le cas où il serait nécessaire d’associer les données de votre organisation à Google Earth.





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