À
chaque jour, des centaines de millions d’internautes sont exposés à la
cartographie diffusée par Google. Son imposante infrastructure garantit le service aux internautes utilisant Google Maps et aux usagers des 150
000 mashups exploitant l’API de Google Maps. Google Earth, le logiciel
gratuit, a été téléchargé plus de 400 millions de fois. En marge de
cette offre généralement gratuite, il existe une version « Entreprise »
de Google Earth. Qu’en est-il ?
L’IMPLICATION DE GOOGLE EN GÉOSPATIAL
Fidèle à sa mission « …d'organiser à l'échelle mondiale les informations… » et obsédée par l’autre mission, celle du chiffre d’affaires (et du profit pour ses actionnaires), Google continue à organiser l’information de façon descriptive et thématique et, de plus en plus, de façon géographique.
Bien que les données cartographiques représentent de l’information en soi, elles constituent surtout le support idéal et universel pour « organiser » toute l’information. Google a compris qu’il était primordial de géoréférencer l’information sur le globe, au même titre qu’une heure et une date positionnent cette information dans l’échelle du temps. C’est la meilleure façon de traiter et d’exploiter le « quoi », le « quand » et le « où », ce que l’on peut appeler les trois dimensions de l’information (thème, temps et territoire).
Alors que les dépenses publicitaires migrent de plus en plus des médias traditionnels vers le Web, Google souhaite augmenter ses revenus publicitaires en maximisant les possibilités reliées au « Local Search ». Google peut maintenant tenir compte de la notion de proximité au même titre que de la pertinence dans les résultats de recherche présentés aux internautes ou, et là repose le plus grand potentiel, aux usagers d’appareils mobiles, notamment les « smartphones ».
En poursuivant cet objectif premier relié à des revenus publicitaires, Google a chamboulé toute une industrie, celle du géospatial. La majorité des acteurs de cette industrie semble reconnaître beaucoup plus de positif à tout ce mouvement que de négatif. Il ne faut pas être malin pour oser combattre sur son terrain ce « moulin à vent » ou ce géant, que l’on se compare à Don Quichotte ou même à « David » (qui lui avait triomphé).
Voici un peu d’information sur le fonctionnement Web de Google Earth et une synthèse de l’architecture de la solution Google Earth Enterprise.

GOOGLE EARTH, LOGICIEL CLIENT
Google Earth, qui doit être téléchargé et installé sur votre ordinateur, nécessite tout de même une connexion à l’Internet pour être nourri en données de référence et de contexte Web. Google Earth pousse un peu plus loin l’expérience cartographique offerte par Google Maps en ajoutant la 3e dimension, une cartographie mondiale sur un « globe » plutôt que projetée et une interactivité digne des jeux vidéos. Google Earth repose sur la technologie de la firme Keyhole que Google a acquis en octobre 2004, améliorée et optimisée depuis.
Aujourd’hui, la version gratuite de Google Earth a été téléchargée plus de 400 millions de fois. Il existe trois différentes éditions de ce populaire logiciel. En plus de la version gratuite que la plupart d’entre nous avons sur notre ordinateur, il existe Google Earth Plus à 20 USD par an et Google Earth Pro à 400 USD par an. La disparition de l’édition intermédiaire « Plus » semble éminente si l’on se fie à la page d’accueil en anglais qui ne présente maintenant que la version gratuite et « Pro ».
Le tableau ici contient la liste des fonctions et caractéristiques des 3 (2) éditions. Les principales différences se situent au niveau de la taille des images pouvant être imprimées et/ou sauvegardées, des performances dites « améliorées » ou « avancées », la capacité d’importer des points et traces GPS, le suivi GPS en temps réel et l’importation et géocodage de fichiers avec lieux et/ou adresses.
La figure suivante décrit le fonctionnement de base de Google Earth et de ses trois variantes.

Logique de fonctionnement de Google Earth :
1. L’usage de Google Earth (GE) se déroule sur le Web, en mode Internet ouvert à tous.
2. Le logiciel GE doit être téléchargé et installé sur le poste de l’usager final.
3. Seuls les paramètres de recherche et de navigation sont véhiculés sur le Web à partir de l’usager final vers les serveurs corporatifs de Google afin de préciser ce que l’usager final demande.
4. Du côté de Google, là où se trouve l’imposante infrastructure technologique supportant l’offre de Google Maps et Google Earth, les requêtes provenant des logiciels GE installés chez les usagers finaux sont reçues et interprétées.
5. La technologie présente sur les serveurs corporatifs de Google se charge de « streamer » (extraire et diffuser) sur le Web les DONNÉES demandées par l’application « client » GE. ». C’est à ce moment que les ressources Web (et réseau) sont le plus sollicitées.
GOOGLE EARTH ENTERPRISE, SOLUTION CLIENT-SERVEUR
L’application « client » Google Earth est bien connue par le public mais Google offre également une solution entreprise « client-serveur » appelée Google Earth Enterprise qui elle, n’est pas gratuite...
Pour une compagnie sous les projecteurs comme Google, il est assez particulier de constater qu’il n’existe que très peu d’information (littérature, brochures, présentations, études de cas) sur Internet concernant cette solution « Enterprise ». Toute l’information est disponible sur leur site en anglais et en français.
Google Earth Enterprise est constitué de trois éléments :
- Côté serveur, Google Earth Fusion assure la gestion du stockage, de la mise en forme et de l'organisation des données affichées sur un globe 3D ou une carte 2D.
- Côté serveur, le Google Earth Server héberge les données et assure leur diffusion en continu vers le logiciel de l'utilisateur final.
- Côté client, Google Earth EC (Enterprise Client) ou Google Maps dans un navigateur internet permettent de visualiser, créer, rechercher et imprimer des données et cartes.
Google Earth Enterprise se décline en deux différentes éditions. Il y a Google Earth Enterprise LT (LT pour Light) et Google Earth Enterprise Pro.
ÉDITION Google Earth Enterprise LT
Google Earth Enterprise LT est une solution hybride qui allie les données de l’organisation hébergées et servies en interne au globe et à la puissante infrastructure de Google. La figure suivante ainsi que les explications qui suivent décrivent le fonctionnement de base de la solution Google Earth Enterprise « LT », ainsi que certaines implications technologiques et d’infrastructure.

Fonctionnement de Google Earth Enterprise LT :
1. L’usage Google Earth Enterprise se déroule via le Web mais en mode Intra/extranet, privé et sécurisé. GE Enterprise est composé de trois éléments logiciels (2, 3 et 5).
2. Du côté client, les usagers finaux peuvent interagir via deux genres d’applications (2 et 7). Ici, le logiciel GE Enterprise Client, identique à GE Pro, permet de consulter la cartographie qui lui est servie par le GE Server (5).
3. La seconde composante sur 3 qui compose la solution GE Enterprise s’appelle GE Fusion. GE Fusion entrepose, compose (style) et organise les DONNÉES (données à référence spatiale) afin de les rendre disponibles en « globe » (3D) et/ou cartes (2D) via le GE Server (5).
4. Il est important de comprendre qu’il existe deux variantes de GE Enterprise. La version LT, pour « Light », fonctionne conjointement avec l’infrastructure de Google (6) mais ne permet que la « fusion » de DONNÉES vectorielles et les fichiers .KML. Ces DONNÉES propres à l’organisation qui possède GE Enterprise sont alors superposées aux DONNÉES publiques déjà offertes par les serveurs corporatifs de GE.
5. La technologie « serveur », GE Server, se charge de « streamer » (extraire et diffuser) sur le Web les données demandées par l’application « client » GE. Les performances entre le client GE (2) et les serveurs corporatifs de GE (6) sont généralement appréciées pour leur rapidité et fluidité mais ici, il faut considérer l’infrastructure GE Fusion (3) et GE Server (5) de l’organisation qui doit elle aussi offrir une bonne expérience aux usagers finaux.
6. Comme précisé au point 4, GE Enterprise LT combine les DONNÉES de l’organisation avec les DONNÉES déjà offertes au public par les serveurs corporatifs de GE.
7. Côté « client », en plus du logiciel GE Enterprise Client (2), l’organisation qui choisit la solution GE Enterprise peut décider de déployer ses DONNÉES à même une application Web 2D conçue à partir de l’API AJAX de Google Maps. Cette façon de déployer/partager l’application ne nécessite pas l’installation d’un logiciel comme GE car il est 100% compatible avec la majorité des fureteurs Web. L’avantage de cette approche client est que toutes les possibilités offertes dans l’API de Google Maps sont disponibles afin de concevoir des applications 100% « web-based » et imposant une certaine logique d’affaires (business logic).
8. Avec la solution GE Enterprise LT, que le type de client soit GE Enterprise Client ou une application Web de type Google Maps, une connexion à l’Internet est nécessaire afin de rejoindre les serveurs corporatifs de Google. Dans ce sens de la communication, seuls les paramètres de recherche et de navigation sont véhiculés sur le Web.
9. Avec la solution GE Enterprise LT, les performances de l’affichage ou « streaming » du côté client dépendent des deux infrastructures (5 et 6) mais aussi de la capacité-même du Web et du réseau à véhiculer toute cette information.
ÉDITION Google Earth Enterprise PRO
La version Pro de Google Earth Enterprise propose toujours les mêmes composantes, GE server et GE Fusion à la différence que, pour cette édition Pro, les données raster (image et DEM) sont pris en charge afin de se substituer totalement des données de Google pour le territoire en jeux. La figure suivante ainsi que les explications qui suivent décrivent cette fois-ci le fonctionnement de base de la solution Google Earth Enterprise « Pro », ainsi que certaines implications technologiques et d’infrastructure.

Fonctionnement de Google Earth Enterprise Pro :
1. L’usage de la solution Google Earth Enterprise, version LT ou PRO, se déroule via le Web mais en mode Intra/extranet, privé et sécurisé.
2. La solution GE Enterprise est composée de trois principales composantes. Du côté client, les usagers finaux peuvent interagir avec les données via deux types d’applications soient le logiciel GE ou une application Web conçue avec l’API de Google Maps.
3. GE Fusion, la seconde composante de la solution GE Enterprise, entrepose, compose (style) et organise toutes les données afin de les rendre disponibles (2) en « globe » (3D) pour le client GE Enterprise Client et/ou cartes (2D) pour une application Google Maps.
4. Il existe deux versions de GE Enterprise. Ici, la version GE Enterprise Pro fonctionne complètement avec l’infrastructure (3 et 5) que l’organisation met en place. Il n’y a pas obligatoirement de collaboration avec l’infrastructure de Google comme c’est le cas avec la version GE Enterprise LT. Par contre, l’avantage est que 100% des DONNÉES sont celles que l’organisation souhaite diffuser. En effet, GE Fusion (3) peut intégrer de l’imagerie et du relief (DEM) en plus des fichiers vectoriels et .KML.
5. Encore une fois, GE Server se charge de « streamer » (extraire et diffuser) sur le Web 100% des DONNÉES demandées par les usagers finaux (2). Les performances (rapidité et fluidité) dépendent alors de l’infrastructure GE Fusion (3) et GE Server (5) que l’organisation aura mise en place.
6. Avec la solution GE Enterprise Pro, une connexion à l’Internet n’est nécessaire que si l’infrastructure n’est pas dans le même réseau (LAN) que les usagers finaux car 100% de la solution est prise en charge par l’organisation. Dans ce sens de la communication, c’est-à-dire du client vers les serveurs, seuls les paramètres de recherche et de navigation sont véhiculés sur le réseau.
7. Avec la solution GE Enterprise Pro, les performances de l’affichage ou « streaming » du côté client dépendent de l’infrastructure (3 et 5) mais aussi de la capacité-même du réseau de véhiculer toute cette information vers l’usager final.
COÛTS DE GOOGLE EARTH ENTERPRISE
Ce point est actuellement très peu documenté et il est très difficile de discuter avec des représentants de Google qui auraient pu (ou non) nous renseigner sur les prix de Google Earth Enterprise, nous détailler la différence de prix entre les solutions LT et Pro et nous spécifier si les prix sont basés sur le nombre d’usagers finaux et/ou sur le nombre de CPU ou de serveurs.
On peut présumer que la solution Pro, qui prend en charge l’ensemble des données et leur diffusion, demanderait un investissement plus important du côté de l’infrastructure des serveurs ainsi qu’en temps ressources pour toute la préparation des données.
Il semble que chaque serveur puisse prendre en charge 250 usagers simultanés.
Federal Computer Week et Directions Magazine rapportaient en janvier 2007 que Google offrait Google Earth Enterprise à partir de 100 000$ :
« Google has priced its basic Google Earth Enterprise suite at $100,000 but the company decided not to charge for the client software. »
D’autres sources mentionnaient que le prix de base était de 85 000$ plus 250$ par usager final.
Finalement, PCWorld mentionnait un bas prix de 20 000$ mais s’était fondée sur les prix de Keyhole, avant le rachat par Google. Ce prix est peut être totalement dépassé de par la richesse des données maintenant disponibles dans GE.
Pour ce côté prix, chaque organisation vraiment intéressée obtiendra sûrement toute l’information nécessaire pour alimenter sa réflexion Google. Cet article n’est certainement pas le véhicule logique pour étaler cette information, déjà vieille, peut-être dépassée. Une question ouverte serait : combien coûterait le même genre de solution (techno. & données) de la part d’un autre fournisseur?
L'EXEMPLE de l’état de l'ALABAMA, États-Unis
L’exemple d’utilisation de Google Earth le plus connu et le plus documenté est celui de l’état de l’Alabama dont le projet est appelé « Virtual Alabama » (vidéo ici).
« Google Earth Enterprise has provided a highly effective framework in which to support public sector programs in Alabama. As a platform, it has helped produce the common operational picture needed to protect lives and safeguard Alabama citizens in times of man-made or natural disasters. Having a secure, dynamic, common information-sharing platform has allowed Alabama to reach the next level in emergency preparedness and disaster management. »
L’utilisation de Google Earth leur a permis d’assembler, afficher, évaluer et partager de l’IG avec les administrations de l’état, des comtés et des municipalités, incluant les premiers répondants et services de police. Avec plus de 400 usagers à travers 75 départements, Virtual Alabama est maintenant utilisé dans des domaines comme l’éducation, l’agriculture et le développement économique.
ALORS, POURQUOI PAS?
En conclusion, je pense que pour les usagers finaux, et ils peuvent être nombreux et de formations / expertises très différentes, il est fort valable d'offrir une interface commune, connue et agréable comme Google Earth. Le fait que tous obtiennent ainsi une COP (Commun Operational Picture of the World) facilite la communication, le support et les échanges.
Côté serveur et infrastructure, cela dépend du niveau de complexité pour alimenter et opérer GE Fusion qui lui-même alimente GE Server, de la performance réelle d'un serveur ou petit cluster de serveurs internes, du besoin réel ou non en sécurité et d'être à l'intérieur du domaine de l'entreprise... Il y a aussi plusieurs pistes à explorer dans une formule plus hybride impliquant votre SGBD, un moteur secondaire de cartographie (.KML et WMS) et méthode de fusion dans Google Earth et/ou Google Maps.





Commentaires
Pour un exemple de solution hybride sans GE Enterprise mais le serveur Open Source GeoServer et Google Earth, voir ce billet.
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