
Par Yves Guillam - Article paru dans la revue XYZ - No 117 - 4e trimestre 2008
Le SHOM, le Service hydrographique et océanographique de la marine, est un établissement public naturellement très ouvert vers l’extérieur, sur le plan national bien entendu, mais aussi sur le plan international. Il représente la France, ou participe en tant qu’organisme expert, à différentes instances pour :
- répondre aux besoins opérationnels en
matière de défense ;
- répondre aux obligations internationales de la France, en
matière de sécurité de la navigation
et de délimitations maritimes ;
- répondre aux demandes d’assistance technique et
de coopération.
C’est en donnant quelques éclairages sur ces
missions essentielles, “défense”,
“sécurité nautique” et
“coopération”, sous l’angle
des disciplines particulières de la géomatique
que sont l’hydrographie et la cartographie marine, que cet
article cherche à montrer combien les frontières
tendent à s’estomper, que ce soit entre les
différents pays, entre la terre et la mer, entre
l’océan et l’atmosphère, ou
entre les applications civiles d’une part, et militaires
d’autre part.
Satisfaire les besoins opérationnels
Dès sa création en 1720, le service
hydrographique français, premier service hydrographique du
monde, a été conçu comme un instrument
de l’exercice de la souveraineté de
l’État en mer. Soucieux de développer
leurs marines pour défendre leurs
intérêts économiques et
stratégiques, les États ont pris en effet
conscience de la nécessité de disposer,
librement, de documents nautiques de qualité pour assurer la
sécurité nautique des flottes militaire et de
commerce, ainsi que de produits adaptés aux besoins
spécifiques liés aux opérations
navales. On a coutume de qualifier aujourd’hui ces produits
spécifiques de “HOM” (pour Hydrographie,
Océanographie, Météorologie) ce qui
illustre, s’il en était besoin, que les trois
disciplines sont intimement liées dès lors
qu’on s’intéresse aux besoins de la
défense. L’état-major des
armées envisage d’ailleurs dès 2009 de
consolider l’intégration
des disciplines avec la mise en service d’un centre
interarmées de soutien
météo-océanographique et la
création d’un nouveau bureau GHOM
(géographie-hydrographie-océanographie-météorologie),
dont le rôle consistera entres autres à mettre en
œuvre certains des principes développés
dans le nouveau Livre blanc sur la défense et la
sécurité nationale. Pour ceux qui
n’auraient pas encore eu l’opportunité
de consulter ce Livre blanc, une nouvelle fonction
stratégique est en effet mise en évidence, il
s’agit de la fonction “connaissance et
anticipation”, qui repose en grande partie sur
l’acquisition et la mise à disposition sous forme
de cartographies, de données d’environnement
géophysiques. Pour l’état-major des
armées, l’un des principaux enjeux consiste en
fait à développer une version nationale du
concept d’origine otanienne REP qui porte sur la fusion
d’informations
géoréférencées sur
l’environnement.

L’élaboration des produits HOM nécessite des opérations de levés hydrographiques et des campagnes océanographiques dans toutes les zones d’intérêt de la marine et bien souvent au-delà des eaux sous juridiction nationale, au-delà de nos propres frontières. Pour procéder à cette collecte d’information, le SHOM conduit aujourd’hui en toute transparence des levés dans toutes les mers du globe. Il n’est évidemment pas le seul à le faire. Il s’efforce donc aussi de coordonner ses actions avec d’autres pays et procède à des échanges de programmes d’activités et de données d’intérêt militaire, notamment avec les États-Unis et le Royaume-Uni (cadre LOI1). Les procédures en vigueur dans le cadre de MoU (Memorandum of Understanding) ou de l’OTAN permettent d’obtenir des produits de qualité, qualifiés, et surtout interopérables, directement exploitables par les forces interalliées. Dans le domaine de la géomatique, il semble important de rappeler que la plupart des systèmes d’information et de commandement dans la défense s’appuient sur un socle de données géoréférencées, sur des cartographies de référence, répondant à des normes, à des standards. A titre d’exemple, c’est en application de ces principes d’interopérabilité et de mutualisation que l’OTAN a développé un système d’information géographique très ambitieux desservant tous les centres de commandement à terre de la structure militaire intégrée, avec différents niveaux de services, et permettant à plusieurs applications de s’abonner à une unique source d’informations géospatiales dont une base de données très complète (produits raster, vecteurs, terrestre et maritime).

Il y a donc déjà une dimension essentielle
à considérer en matière de
défense dès lors qu’il s’agit
de géomatique, en particulier pour les données
maritimes, celle de la coopération. Il est illusoire de
croire aujourd’hui qu’un pays (sauf
peut-être les États-Unis) puisse disposer de
toutes les données géospatiales dont il a besoin,
dont se nourrissent les systèmes d’information et
les systèmes d’armes. Il faut donc
coopérer. Et pour coopérer efficacement, il faut
être en position suffisamment favorable pour
échanger “à niveau
équivalent” : zones
d’intérêt, haute résolution
ou densité, qualité, capacité de
maintenance ou de mise à jour, etc. Les
coopérations permettent donc d’étendre
sensiblement la couverture géographique des produits
disponibles et d’éviter les duplications en
matière de collecte des données, surtout dans les
zones sensibles, difficilement accessibles en temps de paix.
En amont des produits opérationnels, la
coopération joue également un grand
rôle dans le domaine de la recherche et des
développements.
A titre d’exemple, le programme MOUTON
d’études amont pour la Modélisation
Océanique d’Un Théâtre
d’Opérations Navales, est une illustration
significative de cette coopération internationale.
Ce programme vise à étendre au domaine
côtier les possibilités de modélisation
océanique opérationnelle. Il concerne ainsi la
lutte anti-sous-marine par petits fonds, la guerre des mines, les
opérations amphibies ou spéciales et
l’action de l’État en mer. Plusieurs
démonstrateurs seront, à terme, mis en place sur
les zones Manche, Gascogne, Ouest Portugal et Cadix. Le SHOM est
associé ici à de nombreux partenaires
étrangers parmi lesquels The Naval Research Laboratory
(États-Unis), El Instituto Hydrografico du Portugal ainsi
que des universités et laboratoires étrangers
(Rosenstiel School of Marine and Atmospheric Science (RSMAS) et Los
Alamos National Laboratory (LANL) aux États-Unis ; Nansen
Environmental and Remote Sensing Center (NERSC) en Norvège).
En matière d’environnement, l’action du
SHOM ne se limite pas non plus aux frontières nationales,
dans la mesure où nous contribuons activement à
la construction d’une politique maritime
européenne intégrée, traduite dans ce
qu’il est convenu d’appeler le Livre bleu.
Plusieurs programmes sont conduits en ce sens dont le projet SATANEM,
système d’alerte aux tsunamis en Atlantique
Nord-Est et Méditerranée auquel sont
associés de nombreux organismes nationaux
(Météo-France, CEA, BRGM, SHOM) sous
l’égide de la COI (Commission
océanographique intergouvernementale) ou encore le programme
GMES (Global Monitoring for Environment and Security), Kopernicus,
contribution européenne au réseau mondial des
systèmes d’observation de la Terre dont
Mercator-océan, le groupement
d’intérêt français
d’océanographie opérationnelle, est
appelé à devenir une composante majeure. Les
programmes européens sont évidemment
très structurants ; à vocation civile, ils
s’appuient sur les mêmes bases de
données, les mêmes technologies
d’acquisition de données, les mêmes
concepts que ceux à vocation militaire. Ils reposent
également sur une orientation stratégique du
Livre bleu, pleine de bon sens et de moralité, celle qui
consacre le principe des “données au service
d’activités multiples” [citation Livre
bleu § 4.1 : “il convient de veiller à la
mise en place de programmes européens destinés
à l’établissement d’une
cartographie exhaustive des eaux côtières
européennes à des fins
d’aménagement, de sécurité
et de sûreté…”.

Dès la fin des années 1990, le SHOM,
déjà très engagé dans le
domaine de la lutte sous la mer qui fait appel à de
nombreuses disciplines connexes à l’hydrographie
(acoustique, sédimentologie, géophysique), a
commencé à diversifier son offre de services au
profit de la défense pour tenir compte de
l’évolution des axes de défense :
projection de force, maintien de la paix, évacuation de
ressortissants…Les théâtres
d’opérations de la marine se sont
complexifiés, étendus
géographiquement, et qui plus est,
déplacés des eaux “bleues”
vers les eaux “brunes”. Les opérations
en zone littorale dans les domaines de la lutte amphibie et la lutte
au-dessus de la surface en particulier ont provoqué un
rapprochement des disciplines environnementales. Il a fallu
créer des cartes de commandement terre-mer, en
“gommant” cette frontière naturelle
constituée par le trait de côte ; il a fallu tenir
compte des reliefs et des indices de réfraction de
l’air pour améliorer les outils de
prédiction de portée
électromagnétique ; il a fallu transporter et
améliorer les modèles océanographiques
vers les zones côtières pour mieux
appréhender les conditions de déferlement sur les
plages ou les comportements des masses d’eau. C’est
pour répondre à l’évolution
des besoins, côté défense, mais surtout
aux nouveaux enjeux liés au développement durable
et à une meilleure gestion des zones
côtières que le SHOM et l’IGN ont
lancé un programme conjoint baptisé
Litto3D®, destiné à
l’établissement d'un
référentiel géométrique
précis du littoral. Ce référentiel
disponible sous forme de modèles numériques de
terrain, en semis de points ou griddés, devrait constituer
un socle essentiel au développement de nombreuses
applications et permettre aux agences et instituts chargés
de la protection de l’environnement, souvent en application
de directives européennes, de mener leurs missions dans les
meilleures conditions.
Répondre aux
obligations internationales de la France
Deux conventions essentielles fixent à la France des
obligations très importantes en matière
d’hydrographie. Il s’agit :
• de la Convention sur les océans et le droit de la
mer (UNCLOS, du 10 déc. 1982), et de la
résolution de l’Assemblée
générale des Nations unies A/53/32 :
“[L’Assemblée] invite les
États à coopérer pour
procéder à des levés hydrographiques
et fournir des services nautiques…” (extrait de
l’article 21) ;
• de la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie
humaine en mer, dite convention SOLAS (Safety of life at sea),
révisée en 2002, et en particulier sa
règle 9 au Chapitre V relative aux services hydrographiques
: “…les gouvernements contractants
s’engagent notamment à coopérer pour
assurer, dans la mesure du possible, les services de navigation et
d’hydrographie…”.
Ces obligations imposent en fait aux États côtiers
de prendre les mesures nécessaires en matière :
• de diffusion de l’information nautique ;
• de levés hydrographiques ;
• de cartographie marine (y compris la tenue à
jour).
Ce sont des contraintes et des responsabilités que seul
l’État peut relever. En France, cette
responsabilité nationale a été
confiée au SHOM.
Possédant la deuxième zone économique
exclusive au monde, la France est également le pays qui
compte le plus grand nombre de voisins maritimes (une trentaine). Elle
est en mesure de faire valoir sa souveraineté en
matière de frontièresmaritimes grâce
à sa maîtrise de l’ensemble des
composantes de l’hydrographie (levés
bathymétriques en mer grâce à une
flotte hydro-océanographique très moderne,
levés géophysiques, mesures
géodésiques). Les délimitations
maritimes sont traduites sur les cartes marines officielles, celles
produites par, ou sous le contrôle, d’une
autorité gouvernementale. Les cartes marines, papier ou
électroniques, sont en fait le support de
publicité principal de ces frontières. Le SHOM
contribue également aux côtés de
l’Ifremer, de l’Institut français du
pétrole et de l’Institut Paul-Emile Victor, au
programme national EXTRAPLAC coordonné par le
Secrétariat général de la mer. Ce
programme a pour objectif l’extension juridique du plateau
continental de la France audelà des 200 milles marins de la
zone économique exclusive, conformément
à l’article 76 de la convention des Nations unies
sur le droit de la mer, signée en 1982 à
Montégo Bay. Au-delà de sa mission de soutien
à la défense, le SHOM assure donc le
rôle de service hydrographique national.
Au sein de l’Organisation hydrographique internationale
(OHI), la France, représentée par le SHOM, joue
effectivement un rôle important, tant sur le plan technique
que pour le maintien de la francophonie. Cet investissement permet
également à la défense de profiter du
caractère dual de l’hydrographie : les
autorisations de conduire des levés par des
bâtiments “blancs” (navires
hydro-océanographiques) dans les eaux sous juridiction
étrangère s’obtiennent
d’autant plus aisément que les travaux
prévus sont justifiés par
l’actualisation des connaissances et la mise à
jour des levés aux normes modernes, pour
améliorer la sécurité de la
navigation… La France étant membre de huit
commissions hydrographiques régionales (sur quinze), elle
entretient de fait à travers le SHOM, des relations
bilatérales avec tous les États
côtiers, faisant valoir ses droits et
responsabilités sur la production et la diffusion des cartes.
L’OHI est une organisation hydrographique
intergouvernementale consultative et technique
créée en 1921 pour promouvoir la
sécurité de la navigation et la protection du
milieu marin. L’objectif de l’OHI est
d’assurer :
• la coordination des activités des services
hydrographiques nationaux ;
• la plus grande uniformité possible des cartes et
documents nautiques ;
• l’adoption de méthodes sûres
et efficaces pour l’exécution et
l’exploitation des levés hydrographiques ;
• le développement des sciences relatives
à l’hydrographie et des techniques
utilisées pour les levés
océanographiques.
Les responsabilités de la France en matière
d’hydrographie, de cartographie marine et
d’océanographie ont donc une amplitude
planétaire. Autorité cartographique de fait pour
23 États, par héritage historique et sous couvert
de l’OHI, la France, par le biais du SHOM, est
engagée depuis 2002 dans une série de
négociations destinées à conclure des
arrangements administratifs et techniques bilatéraux afin de
formaliser les relations de coopération dans les domaines de
l’hydrographie, de la cartographie et de
l’océanographie.
Dans le cadre de ces coopérations, un mécanisme
de transfert progressif des responsabilités est
instauré, en s’appuyant sur des actions de
formation au sein de l’école du SHOM, et en
formalisant les responsabilités hydrographiques et
cartographiques par le biais d’arrangements administratifs
entre États.
Un arrangement a été signé
à ce titre entre l’État
français et la Principauté de Monaco en septembre
2005. En octobre 2006, c’est avec la République de
Djibouti que la France signe un accord et en janvier 2008 avec le
Maroc. Les cartes marines de ces pays sont donc officiellement
publiées et entretenues par le service hydrographique
français. Elles portent désormais le double sceau
du SHOM et des services des ministères de ces pays,
chargés de l’équipement et des
transports, ou de la défense en charge des questions
hydrographiques.
Des dispositions nouvelles, adoptées par les organisations
internationales concernées, ont conduit le SHOM à
formaliser ces pratiques au moyen de deux catégories
d’arrangements bilatéraux :
• Les arrangements
administratifs de type SOLAS
sont négociés par le SHOM au nom du ministre de
la défense avec un certain nombre de pays, notamment du
Maghreb et de l’Afrique francophone. Ils consistent en une
définition formelle et officielle de la
délégation de compétence
accordée à un pays tiers en matière
d’hydrographie et de cartographie.
• Les
résolutions techniques concernant
l’échange et la reproduction des produits
nautiques. Ces arrangements
fixent les dispositions techniques et financières en
matière d’échange et de reproduction de
cartes et documents nautiques. Un premier arrangement de ce type fut
conclu et signé le 15 juin 1998 entre le SHOM et le
Département de la Navigation, de l’Hydrographie et
de l’Océanographie de la Marine turque ; un second
arrangement technique, signé le 15 juin 2001, lie le SHOM
à l’UKHO (service hydrographique britannique). Des
arrangements sont en cours de préparation avec
l’Allemagne, la Belgique, le Brésil, la Croatie,
la Grèce, la Nouvelle-Zélande et le Venezuela. Un
arrangement bilatéral administratif a
été conclu à Brest le 15 juin 2006
entre la France et l’Espagne et signé au nom des
deux ministres de la défense concernés.
C’est enfin grâce à un accord de
coopération entre plusieurs services hydrographiques
étrangers, et en particulier avec le service hydrographique
norvégien, que le SHOM peut diffuser à travers le
monde entier ses cartes électroniques de navigation (ENC)
grâce au centre régional PRIMAR®.
Pour la marine, on peut sans doute regretter que la
coopération dans les échanges d’ENC
entre services hydrographiques ne soit pas plus active, mais cela tient
au fait que les modèles économiques et statuts
juridiques des différents services peuvent être
très différents (cas du service hydrographique
britannique en particulier qui “vend” ses cartes
à la Royal Navy !) et que les productions nationales sont
dans des volumes pas toujours comparables. Des solutions sont
recherchées pour améliorer la situation, mais
c’est un fait : l’information
géographique a un coût.
La valorisation des ENC, pour des besoins autres que ceux
consacrés stricto sensu à la
sécurité de la navigation, est cependant en
progrès constant. Les services hydrographiques ont par
exemple lancé des services de type WMS pour satisfaire les
besoins des administrations maritimes (contrôle du trafic,
contrôle des pêches, contrôle de la
documentation par l’État du port).
L’agence européenne de
sécurité maritime (EMSA) devrait être
une des premières institutions européennes
à bénéficier de ces services.
Répondre
aux demandes d’assistance technique et de
coopération
Qu’il s’agisse du Vietnam, de l’Arabie
Saoudite, du Bénin, du Maroc, de Madagascar, des
Éémirats… il ne se passe pas une
semaine sans que le SHOM soit sollicité pour proposer des
offres de service, de formation, de travaux...
Confrontées à une situation où une
fraction seulement de l’océan mondial est
correctement cartographiée, les organisations maritimes
internationales s’efforcent d’inciter
l’ensemble des pays côtiers à assumer
les responsabilités découlant de
l’application des conventions internationales.
En matière de sécurité de la
navigation, la première action consiste à dresser
un état des lieux ; c’est chose faite avec la
publication numérique S-55 de l’OHI qui constitue
la référence en matière de
connaissances cartographiques et hydrographiques, et qui rappelle
utilement qu’une carte marine n’a de sens que si
elle est régulièrement tenue à jour et
s’appuie sur des levés récents.
C’est dans cette base de données tenue
à jour que l’on trouve notamment la liste des
zones “blanches” qui représentent encore
aujourd’hui de grands dangers pour la navigation. On sera
étonné, en la consultant, de découvrir
que des régions très
fréquentées, parfois même par des
navires à fort tirant d’eau, sont
concernées : mer de Chine méridionale, golfe de
Guinée, canal du Mozambique ou une partie des
Caraïbes.
Pour redresser la situation, l’OHI invite les pays qui en ont
les moyens à améliorer leur couverture de cartes
marines et ceux qui ne le peuvent pas à
développer leurs capacités hydrographiques.
C’est ici qu’intervient le comité de
développement des capacités de l’OHI,
CBC dans le jargon des spécialistes, au sein duquel la
France joue un rôle important.
Pourquoi ce rôle ? Parce que, en plus de la gestion
d’un portefeuille couvrant déjà
l’une des toutes premières zones
économiques du monde, le SHOM doit faire face aux
responsabilités découlant de
l’héritage historique de la France (voir
ci-dessus). Sans cet engagement, il n’y aurait même
plus de cartes pour couvrir les ports d’Afrique,
véritables poumons économiques de ce continent !
C’est la raison pour laquelle le SHOM continue
d’entretenir une collection de cartes marines concernant la
plupart des pays de l’ex-Union française. Cette
collection de cartes couvrant des eaux
étrangères, qui représente 40% du
portefeuille de l’établissement public, constitue
souvent la seule source d’information mise à la
disposition des navigateurs, soit par le SHOM lui-même, soit
par les services étrangers producteurs qui compilent les
cartes françaises en application d’arrangements
bilatéraux.
Pour contribuer au développement des capacités,
et en s’appuyant parfois sur le budget dont dispose
l’OHI grâce notamment à la
générosité de pays tels que la
Corée, le Japon ou la Norvège, le SHOM
s’efforce de venir en aide aux pays francophones avec
lesquels il est traditionnellement lié et pour le compte
desquels il exerce ipso facto une autorité cartographique
reconnue par les organisations internationales. Le
développement des capacités s’articule
en trois étapes :
• la première et la plus urgente concerne la mise
en place d’un système de recueil des
renseignements de sécurité maritime (RSM) afin
d’assurer la tenue à jour des cartes existantes ;
• la seconde et la plus coûteuse implique la mise en
œuvre des navires hydrographiques chargés
d’exécuter les levés de
réfection nécessaires à
l’établissement de nouvelles cartes ;
• la dernière et la moins critique est relative
à la production et à la diffusion des cartes
marines elles-mêmes qui peuvent être
confiées à un service hydrographique
étranger.
Le SHOM rencontre les situations les plus diverses avec ses partenaires
; disparition totale de toute compétence hydrographique et
incapacité d’assurer le simple recueil des RSM
dans les cas les plus sévères, malheureusement
rencontrés fréquemment sur les côtes
d’Afrique subtropicale ; capacités
réelles mais développées en dehors des
normes internationales dans des pays à fort potentiel tels
que le Vietnam avec lequel le SHOM étudie un projet de
coopération et de diffusion d’une production
cartographique nationale encore très confidentielle ;
maîtrise partielle ou totale du domaine, enfin, pour les pays
du Maghreb et en particulier pour le Maroc qui a
été associé par le SHOM à
la production de la carte marine internationale du nouveau port de
Tanger Med.
La coopération internationale n’est pas une fin en
soi. En matière d’hydrographie, de cartographie
marine et d’océanographie, les
résultats acquis depuis de nombreuses décennies
montrent pourtant que les actions afférentes ont
porté leurs fruits : standardisation des cartes marines,
aide aux pays émergents pour garantir la
sécurité des accès aux ports en
conduisant des levés modernes, partage des coûts
dans les études et développements de
l’océanographie opérationnelle,
échange de programmes et de produits
opérationnels, formation,
réglementation…
“Les mers sont l’énergie vitale de
l’Europe” (Livre bleu de la Commission
européenne sur une politique maritime
intégrée de l’Union
européenne). C’est cette même
énergie qui anime le SHOM et ses partenaires pour progresser
ensemble dans la connaissance de notre planète : la terre et
la mer, l’océan et
l’atmosphère sans frontières,
qu’il faut comprendre et préserver en y
recueillant les données nécessaires et en les
mettant sous la forme la plus appropriée à la
disposition des navigateurs et de tous les usagers de la mer.
L’article d’Yves Guillam a servi de support
à la conférence qu’il a
donnée sur le sujet au Festival international de
géographie 2008 de Saint-Dié-des-vosges.
Contact
Yves GUILLAM
yves.guillam@shom.fr
Ingénieur en chef - Directeur de la stratégie, de
la planification et des relations extérieures, Service
hydrographique et océanographique de la marine (SHOM)
Décret
portant création, organisation et fonctionnement de
l’établissement public administratif Service
hydrographique et océanographique de la marine (SHOM)
– Extrait.
Publication au Journal officiel le 12 mai 2007.
Art. 3 – 1° “[Le SHOM] exerce les
attributions de l’État en matière
d’hydrographie nationale dans les zones sous juridiction
nationale et dans les zones où la France exerce des
responsabilités du fait d’engagements
internationaux particulier, en assurant le recueil,
l’archivage et la diffusion des informations officielles
nécessaires à la navigation.”.
Art. 5 – “Pour remplir ses missions le SHOM :
[…] 4° représente la France
auprès de l’organisation hydrographique
internationale”.
LE SHOM EST L’HÉRITIER
DU PREMIER SERVICE HYDROGRAPHIQUE OFFICIEL AU MONDE
La vocation du SHOM est de garantir la qualité et la
disponibilité de l’information
décrivant l’environnement physique maritime,
côtier et océanique, en coordonnant son recueil,
son archivage et sa diffusion, pour satisfaire au moindre
coût les besoins publics, militaires et civils.
Service hydrographique national
Le SHOM exerce les attributions de l’État en
matière d’hydrographie
générale au bénéfice de
tous les usagers de la mer, en particulier pour assurer la
sécurité de la navigation,
conformément aux obligations internationales de la France.
Service de la défense
Dans ses domaines de compétence, le SHOM assure la
satisfaction des besoins d’expertise et de soutien
opérationnel de la défense en connaissance de
l’environnement aéromaritime.
Soutien aux politiques publiques maritimes
Le SHOM soutient les politiques publiques maritimes dans de multiples
domaines : action de l’État en mer, expert en
matière de délimitations et frontières
maritimes, gestion intégrée des zones
côtières…
Environ 520 personnes
Budget annuel 2006
: 68 M €pour un chiffre d’affaires de 3 M €.
Portefeuille de plus de 500 cartes électroniques de
navigation (ENC, 258 publiées à fin juillet
2008), de 1 100 cartes sous format papier et de 75 ouvrages.
Implantations
: Brest (470 personnes), Toulouse, Saint-Mandé, Toulon,
Nouméa et Papeete. Depuis 2006, l’ensemble de ses
activités est certifié ISO 9001 : 2000.
Zones de
responsabilité : ZEE
(zone économique exclusive) de 11 millions de km2, zones
sous responsabilité historique (Afrique de
l’Ouest, Madagascar, Bab el Mandeb) : accords
bilatéraux en cours de formalisation en application de
SOLAS, V/9.
www.shom.fr –
www.shom.eu
- Site de l'ASSOCIATION FRANCAISE DE TOPOGRAPHIE (AFT)
- Site de la revue XYZ
- Bulletin d’adhésion
à l’AFT et
d’abonnement
à XYZ
À propos du numéro 117 de la revue XYZ :





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