Déjà trois mois d’écoulés cette année, et pour notre article hebdomadaire, nous avons choisi de vous présenter un premier bilan trimestriel de l’industrie. Notre objectif est de le faire
pour chaque trimestre, afin d’en arriver à vous présenter un bilan annuel à la fin décembre.
Cet article ne se veut pas un article de fond et encore moins un article scientifique, mais plutôt une « photo » de nos perceptions du marché du géospatial, de plus en plus influencé par le Web, et l’influençant.
Fusions et acquisitions
Tout d’abord, un regard sur les fusions et acquisitions récentes des grands joueurs de la géomatique, du Web et des communications nous indique, preuves à l’appui, ce qui compte pour eux.
Le 8 janvier, MDA (MacDonald Dettwiler and Associates) annonçait son intention de vendre ses activités en géospatial à l’américaine Alliant Techsystems. Encore aujourd’hui (début avril), cette transaction n’a pas obtenu l’accord du Canada, pas nécessairement à cause de la crainte de voir une autre compagnie canadienne passer aux mains d’américains, mais plutôt à cause de la nature stratégique des activités d’observation de la terre promises par RADARSAT-II pour le Canada. Voir notre récent article sur le sujet ici.
Le 16 janvier, Oracle annonçait acheter BEA Systems pour 8,5 milliards. Le même jour, une nouvelle plus colorée encore, Sun Microsystems achète MySQL pour 1 milliard de dollars. Ce très populaire système de gestion de bases de données (SGBD) Open Source a été téléchargé plus de 100 millions de fois et est utilisé entre autres par Google et Facebook. Sun génère déjà 27% de son revenu total de 14 milliards (2007) en services professionnels entourant des technologies Open Source!
Trimble annonçait l’achat de la québécoise Géo3D le 24 janvier et désire ainsi enrichir son arsenal en solutions de capture et de traitement de l’information à référence spatiale.
Le 8 février, Microsoft faisait un pas de plus vers l’immersion 3D en faisant l’acquisition de Caligari. C’est Virtual Earth (module 3D) qui risque d’en hériter à court ou moyen termes, que ce soit une partie de la technologie dans son module 3D et/ou dans le rendu des données de paysages, de bâtiments et d’infrastructures.
Le 1er février, c’est toute l’industrie de TIC qui se sent concernée alors que Microsoft fait une offre à Yahoo! de 44,6 milliards de dollars. Encore aujourd’hui, cette offre demeure et n’a toujours pas été acceptée par les dirigeants de Yahoo! et ce, même si les petits investisseurs la trouvent plutôt intéressante. Les grands investisseurs, eux, possèdent semble-t-il, autant de parts dans Microsoft que dans Yahoo!, ce qui explique en partie pourquoi Microsoft ne tient pas à bonifier pas son offre. La présence globale sur le Web et la publicité locale (local search) est au cœur de cette proposition et vise à pouvoir mieux concurrencer Google.
Et finalement, pour clôturer ce premier trimestre, nous apprenions la semaine dernière l’investissement qu’aurait fait IBM dans la compagnie EnterpriseDB, reconnue pour son expertise et ses solutions complémentaires au SGBD Open Source PostgreSQL.
Tendances
Ces fusions et acquisitions constituent des preuves claires confirmant certaines tendances mais il faut aussi observer le reste de l’information comme, par exemple, les thèmes principaux des grandes conférences ainsi que la vitalité de l’actualité et de la blogosphère. J’en dégage donc trois tendances :
- La maturité de l’Open Source;
- Les normes;
- La valeur des données.
La maturité de l'Open Source
Tout projet Open Source a besoin d’une plateforme de communication et de promotion pour favoriser son adoption parmi les individus et les organisations qui peuvent en bénéficier et, de cette masse critique, convertir et motiver des ressources désirant y contribuer.
Les projets les plus dynamiques et matures en viennent à organiser des conférences, mettre sur pied un système de membership et/ou de donation, tout cela dans le but de soutenir le projet et couvrir les dépenses qu’engendre une telle organisation. En parallèle, tout un écosystème de consultants, de firmes-conseil en intégration et de packages « entreprise » ou « premium » en découle.
Des signes indéniables de la force du principe collaboratif de l’Open Source et de la maturité de certains projets se manifestent. Mais ne soyons pas naïfs, comme l’explique si bien Chris Anderson, éditeur en chef du magazine Wired et auteur du livre « The Long Tail » et du livre « Free » à paraître sous peu, il existe une large économie basée autour de la notion de la gratuité presque toujours couplée à un mode lucratif. Il distingue ainsi six modèles autour de la gratuité, dont le « Freemium », le « Labour Exchange » et la « Gift Economy ». Il n’y a pas seulement l’Open Source qui« monétise » ses efforts, il n’y a qu’à regarder Google et son modèle publicitaire.
Dans notre industrie du géospatial, Autodesk est certainement l’organisation qui a le plus rapidement marqué le mouvement Open Source Geospatial en procédant à des dons tels que MapGuide, sa solution de Web-mapping, ainsi que FDO, une librairie de pilotes d’accès à des données à référence spatiale de différents formats. Une fois entre les mains de la communauté, qui a bien accepté les technologies ainsi que l’attitude et la sincérité du donateur, les bénéfices ont été rapides et se sont présentés sous différentes formes. Autodesk a pu bénéficier d’un solide regain d’intérêt pour MapGuide, tant pour la version libre « MapGuide Open Source » que pour la version payante (premium) « MapGuide Enterprise ». Nous publierons dans les prochaines semaines un article plus détaillé sur le cas unique d’Autodesk, de son offre et de son rôle dans le monde Open Source en collaboration avec l’OSGeo, qui chapeaute et coordonne plusieurs projets libres en géospatial.
Alors qu’Autodesk s’est investi par des dons, Sun Microsystems procède à rebours en achetant MySQL afin d’ainsi recréer le même modèle. C’est que MySQL est également disponible en version « Enterprise » pour 599$ par année par serveur. Sun générait déjà environ 3,8 milliards (27% de ses revenus) avec des services professionnels autour de solutions Open Source. La compagnie pourra maintenant compter sur un revenu supplémentaire, en services peut-être, mais surtout en ventes de licences « Enterprise ».
Dans le cas d’IBM et de son « symbolique » investissement de 10 000 000$ dans une firme spécialisée dans un autre SGDB Open Source, PostgreSQL, l’objectif est sûrement le même mais disons plus « spéculatif ». Bien qu’IBM ait son propre SGBD commercial DB2, cet investissement dans un autre SGBD n’est qu’une option vers le même genre de modèle choisi par Sun. Pour l’instant, IBM a certainement obtenu une couverture de presse d’une grande valeur, simplement par cette annonce, minimisant la dépense elle-même!
Le mouvement du logiciel libre poursuit sa progression et contribue grandement à l’avancement de la science...et l’adoption libre de nouvelles solutions. Nous les premiers, bénéficions de l’Open Source car BALIZ-MEDIA.com est basé sur le CMS Drupal qui lui-même, roule un SGBD MySQL!
Les normes
ESRI fait quasiment office de norme dans le monde des SIG mais ce segment de marché ne connaît qu’une croissance « organique ». La masse d’usagers potentiels qui se trouve ailleurs, n’a pas toutes les connaissances et les outils nécessaires en main. Comme le disait si bien Jack Dangermond, président d’ESRI :
« Le plus vite nous remettons les données SIG entre les mains des gens qui payent (généralement de non-experts), le mieux ce sera. »
La réalité se trouve dans cette courte citation. Avec maintenant plus de 350 millions de téléchargements, Google Earth s’impose par sa gratuité et le poids de son promoteur comme outil de visualisation par excellence, tant en 2D qu’en 3D.
Face à cette réalité et aux qualités certaines en visualisation de ce genre d’outils grand-public, ESRI commence à faire passer son principal message de 2008, visant à lier le meilleur des deux mondes. Les technologies ESRI se démarquent pour l’analyse et les géo-traitements dans les modes « desktop », multi-usagers ou dans une fédération de serveurs, mais pour le « GeoWeb », pourquoi ne pas intégrer ces capacités via des services Web à même Microsoft Virtual Earth ou Google Earth/Google Maps!
Il y a les normes issues de réflexions et de travaux de grands comités et il y a les normes qui s’imposent d’elles-mêmes par leur succès commercial. Entre ESRI et Google, l’OGC (Open Geopsatial Consortium) fait office de « sens commun » de par la diversité et l’ampleur de son membership. Selon Sam Bacharach de l'OGC : « Les organisations, dont le privé, deviennent rapidement gagnantes dans un contexte d’interopérabilité, quand il est possible pour leurs clients de transférer des données d’une unité fonctionnelle à une autre et d’exécuter des programmes qui peuvent facilement fonctionner dans d’autres environnements. »
Le cas du format de données .KML de Google en est un bel exemple, car son succès actuel ne sera que multiplié, alors qu’il devrait être endossé par l’industrie très prochainement et devra faire partie des spécifications de l’OGC. On ne doit toutefois pas attribuer toutes les vertus à ce format de données mais il faut lui concéder l’avantage de facilement être référencé sur le Web, en plus de contenir l’information sur la géométrie et le style de représentation.
La valeur des données
L’expression « Content is King » n’a jamais été aussi vraie, et parce que l’information a de la valeur, elle a aussi un coût. La collaboration de masse que permettent les modèles de type Web 2.0 représente une opportunité en or pour les organisations qui commercialisent et exploitent des données.
Le 15 février, TomTom annonçait qu’en 6 mois seulement, 500 000 utilisateurs de ses produits GPS/PND (Personal Navigation Device) avaient effectué plus d’un million de corrections aux données présentes sur les cartes. Aucun modèle n’est parfais et celui-ci a le défaut d’enrichir gratuitement le capital informationnel d’une compagnie mais l’avantage d’améliorer l’offre rapidement par l’intelligence et la force de la communauté d’usagers.
Les acquisitions de Géo3D par Trimble et de Caligari par Microsoft illustrent une autre tendance. Elles montrent l’intérêt pour des méthodes et technologies facilitant la création de données servant à l’identification et au positionnement d’infrastructures, la représentation de bâtiments et la création d’un monde numérique à l’échelle humaine.
À ce sujet, de nouveaux joueurs très innovants font parler d’eux. EarthMine épate par sa technologie de saisie panoramique de paysage, assez pour remporter le premier prix du très populaire concours « Crunchies 2007 » organisé par, entre autres, TechCrunch. Une autre compagnie, MapJack, apparaît sur nos radars et oeuvre également dans la cartographie/photographie à la « first person view ».
Une raison évidente de cet engouement pour la donnée et de plus en plus pour le 3D et l’immersion urbaine, est la course à l’information locale. Ce niveau de détails permet de développer des modèles publicitaires de plus en plus pertinents et personnalisés par des joueurs comme Google/Microsoft/Yahoo!, les groupes de type Pages Jaunes, et les compagnies de télécommunications (voir notre article sur le local search).
L’autre raison de ce besoin de données 2D et 3D ô combien capitales pour les gouvernements, utilités publiques, firmes d’ingénierie et grands propriétaires, concerne les très coûteuses infrastructures. Une partie de la planète est aux prises avec le vieillissement de ces dernières combiné à des soucis budgétaires pour arriver à les entretenir, alors qu’une autre partie de la planète (le B.R.I.C et le Moyen-Orient) connaît au contraire, une explosion démographique et/ou prospérité économique qui a pour effet de multiplier les grands chantiers.
Le côté ludique des globes 3D, des mondes virtuels, des jeux et de l’animation vient accélérer et consolider les efforts du côté plus sérieux de la gestion des infrastructures et des ressources naturelles, de la mobilité et des transports, des communications et du commerce. Le CAO converge vers les SIG, en 2D et 3D.
J’insiste ici pour souligner le fait que toutes ces tendances n’impliquent pas seulement les grands noms des TI et du géospatial. Nous assistons aussi à la naissance d’une offre complémentaire et de nouvelles compagnies (par exemple ici, ici et ici) qui profitent de ces mouvements, tant des avantages que ces derniers représentent que de leurs lacunes, que plusieurs voient d’ailleurs comme des opportunités.
En terminant, je m’en voudrais de ne pas profiter de l’occasion pour souligner l’événement marquant de ce premier trimestre 2008 : la naissance du magazine que vous lisez présentement!





Commentaires
Excellent panorama de l'actualité. De manière générale, votre site est excellent. Encore !!
Autres bilans de l'année 2008 :
- second trimestre;
- troisième trimestre;
- dernier trimestre.
Bilan du premier trimestre 2009 de l'industrie du géospatial et de la géomatique est en ligne ici.
1. Malaise autour de l’accès à l’information
2. Plus de données 3D et de relief
3. Les SIG pour une relance économique
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