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Industrie du géospatial : Bilan du second trimestre 2008

Voici, comme article de la semaine, le bilan du second trimestre de 2008. L’actualité des mois d’avril, mai et juin confirme les trois tendances que nous avions identifiées lors du bilan du premier trimestre et nous donne l’occasion de souligner l’émergence de nouvelles tendances, en particulier la progression du mouvement participatif, la convergence observable dans secteur de la géolocalisation, ainsi que l’exploitation du BIM et des infrastructures par les grands joueurs des SIG.

FUSIONS ET ACQUISITIONS

Tout d’abord, voici un retour sur les dossiers restés en suspens depuis le dernier bilan livré au début du mois d’avril dernier.

Le passage contesté des activités géospatiales de la compagnie canadienne MacDonald, Dettwiller and Associates (incluant le satellite RADARSAT-2) à la compagnie Alliant Techsystems, tel qu’annoncé au début janvier de cette année, a finalement été empêché par le gouvernement canadien.

Après avoir laissé aux deux compagnies 30 jours pour présenter des arguments plus convaincants en faveur de la transaction, et à la lumière de la loi sur Investissement Canada, le ministre de l’Industrie a effectivement clos le dossier en affirmant, le 10 avril dernier, qu’il n’était pas convaincu que l’offre d’Alliant représentait un avantage marqué pour les canadiens… Ainsi, RADARSAT-2 restera donc canadien…

Par ailleurs, les dernières semaines (et derniers jours) ont aussi amené la finalisation de transactions majeures qui influenceront certainement le marché des données cartographiques.

Il faut se rappeler que NAVTEQ et Tele Atlas, les deux géants mondiaux de la production de données cartographiques, faisaient tous deux l’objet d’offres d’achat depuis les derniers mois, respectivement de la part de Nokia et de TomTom.

La commission européenne s’est attentivement penchée sur les deux transactions, particulièrement pour tenter de mesurer l’impact de ces dernières sur le marché de la navigation, notamment en ce qui concerne le maintien d’une concurrence.

C’est d’abord TomTom qui a reçu le feu vert officiel en mai dernier pour finaliser l’achat de Tele Atlas, pour un montant de 4,3 milliards $. Premier geste concret lié à cette union, les utilisateurs de données Tele Atlas pourront dès la fin 2008 bénéficier du savoir collectif de la communauté d’utilisateurs TomTom, en intégrant les milliers de mises-à-jour effectuées quotidiennement sur les données, via son programme Map Share.

Ce premier feu vert de la commission européenne était toutefois de bon augure pour Nokia, qui a reçu, tel que nous l’attendions, l’accord officiel de la commission européenne le 2 juillet dernier. En se dotant de NAVTEQ pour un montant de 8,1 milliards $, le numéro un mondial de la téléphonie mobile s’offre les moyens de développer des services géolocalisés et de les mettre en marché plus rapidement, les ajoutant à son offre de services mobiles qui compte déjà la musique et les jeux.

Amorcée le 1er février dernier, la saga impliquant Yahoo! et Microsoft reste toujours d’actualité aujourd’hui, aucune entente n’ayant débouché.

Après avoir vu son offre d’achat (fixée à plus de 44 milliards USD) refusée par Yahoo! Microsoft se dit aujourd’hui encore prêt à négocier… si l’assemblée des actionnaires de Yahoo! acceptait de changer la direction de l'entreprise.

Cette solution se rapproche de celle ardemment prônée par Carl Icahn, un actionnaire minoritaire de Yahoo! parti en croisade contre le conseil actuellement en place.

Depuis février, les revirements se sont réellement enchainés dans cette affaire. Microsoft avait lancé un ultimatum à Yahoo! le 5 avril, et cette dernière s’était alors retournée pour flirter avec Google et conclure un partenariat publicitaire de longue haleine dès le 9 juin. Cela semblait alors sonner définitivement la fin les discussions… Cette histoire reste à suivre.

Le second trimestre a été moins mouvementé que le premier mais notons tout de même Nokia, qui s’est montré assez actif par l’acquisition du réseau social axé sur la géolocalisation Plazes en fin de trimestre pour bonifier son offre autour de Nokia Maps. La même semaine, Nokia complétait l’acquisition des 52% de Symbian Limited pour 410 millions de USD. Intéressé par le système d’exploitation Symbian OS ouvert pour téléphones mobiles installé dans plus de 206 millions de téléphones en dix ans, Nokia a simultanément créé la « Symbian Foundation » afin de poursuivre le développement de la plateforme mais aussi de la rendre gratuite, commune et attrayante pour les autres leaders de l’industrie (LG, Motorola, Samsung, Fujitsu, Sony Ericsson, etc.).

Du point de vue mobilité, Nokia semble le seul à avoir assemblé autant d’ingrédients pouvant lui assurer une certaine indépendance face à un « outsider » comme Google : Nokia Maps (fort de gate5 et Plazes), les données de NAVTEQ et l’OS ouvert et libre Symbian.

RETOUR SUR LES TROIS PREMIÈRES TENDANCES

Les trois tendances soulignées lors du bilan du premier trimestre ont bien-sûr poursuivi leur évolution. Nous revenons brièvement sur chacune d’elles ici :

1. La maturité de l’Open Source

Plus de doutes sur le bon fonctionnement du modèle collaboratif et des solutions qui ressortent de l’Open Source, notamment celles issues de l’incubateur de l’OSGeo. Par contre, les entreprises y ayant investi beaucoup de leur temps et ressources doivent soutenir leur croissance et subvenir aux besoins inhérents. Elles y parviennent en développant des solutions commerciales avec des versions/éditions payantes (exemple ici et à venir ici et un autre exemple basé sur les données d’OpenStreetMap ici) et aussi en développant des expertises complémentaires au-delà des SIG et du Web-mapping. Les besoins horizontaux du « web-mapping » s’amenuisent avec la compétition (friendly) qui apparaît et certains pionniers de l’Open Source développent et font valoir leur double/triple expertise, comme c’est le cas avec Makina Corpus avec les CMS, CamptoCamp et les ERP.

Comment ne pas souligner aussi qu’un chapitre québécois de l’OSGeo soit en cours de formation suite aux réunions qui ont eu lieu en marge des congrès GeoTec à Ottawa et VisionGÉOMATIQUE à Chicoutimi. Ce chapitre se veut fortement lié au chapitre francophone et aux autres chapitres canadiens.

2. Les normes

L’Open Geospatial Consortium continue d’élargir son membership avec, par exemple, l’arrivée du CNIG (Conseil national pour l’information géographique) et ses implications avec d’autres organismes normatifs. Comme souvent mentionné en début d’année, le format .KML a finalement été approuvé par l’OGC le 14 avril en tant que norme ouverte à compter de la version 2.2. Les gens de Google, en titrant «KML, le HTML du contenu géographique » voulaient simplement faire un parallèle simpliste pour expliquer l’importance de la nouvelle (et le potentiel de référencement du format) ce qui a provoqué quelques réactions chez certains puristes « hardcore-GIS » accordant souvent plus de valeur aux « bites » de leurs données qu’à la mission corporative des organisations que les embauchent.

La firme Galdos Systems, principal architecte du GML et ayant assisté l’OGC pour aider à définir et faire adopter la version 2.2 du KML comme norme a démontré un bon niveau d’opportunisme en lançant deux mois plus tard le service Web gratuit KML Validator. Ce service Web vérifie la conformité de vos fichiers KML avec les spécifications de la version 2.2.

3. La valeur des données

Le sujet des données et du contenu est si fondamental que nous en parlons encore plus sous l’angle de la participation des internautes dans l’une des tendances soulevées dans ce deuxième trimestre (voir le numéro 4 plus bas).

TENDANCES DU SECOND TRIMESTRE
Voici trois autres tendances particulièrement observées lors de ce second trimestre de 2008 :

4. Encourager la participation
5. Convergence au profit de la géolocalisation
6. Accent sur le BIM et les infrastructures

4. Encourager la participation

C’est lors du Géo-Événement en avril que s’est tenue une table ronde sur la géographie participative réunissant Tele Atlas, NavX et Dismoioù qui ont tous trois démontré les possibilités offertes à leurs usagers de contribuer au contenu en corrigeant ou ajoutant de l’information. En tant que producteur de données cartographiques, Tele Atlas, avec son outil en ligne Map Insight, ouvre la porte à l’intelligence collective de ses usagers mais se doit d’inclure dans son cycle de production (validation) les erreurs signalées et correctifs suggérés. De son côté, la compagnie TomTom (propriétaire de Tele Atlas) a mis en place Map Share en 2007 et offre plus rapidement et directement les corrections aux usagers de leur GPS/PND qui se connectent à TomTom Home pour livrer et obtenir les correctifs.

Avec les annonces en rafales concernant Map Maker de Google pour le réseau routier de certains pays et GoVE de Microsoft pour l’imagerie du secteur public, la contribution en données cartographiques prend l’avant scène.

Il s’agit d’un marché entre l’usager et le fournisseur d’un produit/service. En échange de la contribution en information validée sur le terrain d’un usager, la compagnie offre de partager toutes les corrections ainsi apportées ailleurs, bref une qualité de données accrue et plus à jour issue des contributions de tous les usagers. Ce que suggèrent TomTom et Google, c’est l’amélioration du produit et du service rendu, ce n’est pas le partage de la donnée elle-même. Pour un réel partage de données, les projets basés sur le mouvement Open Source OpenStreetMap et OpenAerialMap gagnent en popularité chez les professionnels ayant envie de verser leur géographie ou besoin de télécharger un certain territoire disponible.

La prolifération des appareils capables de prendre des photographies numériques, des sites pouvant les héberger comme Flickr de Yahoo et Panoramio de Google et la simplicité de solutions cartographiques grand public ont fait progresser rapidement le phénomène de « géo-tagging ».

Il est de plus en plus normal de vouloir obtenir et conserver non seulement la date et l’heure de prise de la photo mais sa localisation aussi - la position avec des coordonnées X et Y, l’altitude (Z) et même l’orientation. Il y a bien les caméras intégrant un GPS comme celles de Ricoh (voir l’essai du modèle 500se ici) qui saisissent automatiquement ces données de localisation mais aussi certains téléphones mobiles aussi le font, comme le nouveau iPhone 2. Encore plus surprenant est la carte mémoire Eye-Fi de format SD capable de transmettre sans fil la donnée numérique entre votre appareil photo et votre ordinateur et le modèle Eye-Fi Explore capable en plus de saisir les coordonnées à partir de l’approche de SkyHook basée sur les points d’accès Wi-Fi des milieux urbanisés!

Mais il y a maintenant bien plus que la simple localisation ponctuelle d’une photo, on peut maintenant les géoréférencer dans l’espace tridimensionnelle en les fusionnant avec leurs semblables...

La plus simple et accessible façon de vivre l’expérience et même d’y contribuer se trouve dans Panoramio depuis le 3 juin. Pour certaines photos déjà localisées, et si la quantité le permet, il est possible de naviguer entre clichés d’un paysage (rural ou urbain) pourvu que les deux photos aient assez de points en commun. Voyez ici l’exemple du Château Frontenac à Québec en appuyant sous la photo sur la fonction « Voir autour » ou « Look Around ». Microsoft n’est pas en reste avec sa technologie Photosynth en démonstration sur le site de Microsoft Live Labs.

La technologie ViewFinder de l’université de Californie du Sud va plus loin et positionne carrément la photo dans les mondes virtuels en 3D comme celui offert par Google Earth. Le projet IM2GPS vise quant à lui le référencement automatique sur le globe d’une photo en la comparant à l’ensemble de celles en banque.

5. Convergence au profit de la géolocalisation

Quoi de plus commun qu’un ordinateur portable et un téléphone mobile? Ces commodités se bonifient avec le temps et le positionnement par GPS devient partie intégrante de ces appareils. La convergence s’observe chez les fabricants de téléphones portables qui empiètent sur le territoire des GPS/PND (personal navigation device) et même en amont dans la chaîne alimentaire alors que les fabricants de puces intègrent maintenant de plus en plus des fonctions GPS à même leurs circuits intégrés.

Plusieurs fabricants de circuits intégrés (processeur, Bluetooth, RFID, FM) comme Broadband, CSR, Ericsson et Texas Instrument viennent mener la vie dure aux entreprises comme SiRF, dédiée à des circuits GPS miniatures. Déjà, les fabricants d’ordinateurs portables Dell et Toshiba ont choisi les puces d’Ericsson qui intègrent télécommunication 3G et positionnement GPS.

Côté mobiles vs PND, le nouveau iPhone inclut maintenant un GPS mais ses capacités de navigation assistée sont limitées et pas encore à la hauteur de ce que l’on retrouve dans les PND totalement dédiés à cette activité. Toutefois TomTom, troisième dans les parts de marché derrière Garmin et Magellan, semble bientôt prêt à rendre disponible son application de navigation. Prenant la route inverse, Garmin a ajouté un téléphone à l’un de ses GPS/PND pour créer le nuvifone qui devrait être commercialisé au cours du troisième trimestre 2008, à temps pour la période des fêtes. Cette stratégie est compréhensible pour Garmin mais représente un choix moins évident pour le consommateur, pour qui tout commence avec le mobile.

Symbole même de la convergence mobile et localisation, le géant Nokia, armé de Nokia Maps, NAVTEQ et la fondation Symbian est le joueur à surveiller. Vient ensuite TomTom qui possède maintenant Tele Atlas, de bons GPS/PND et une application de navigation pouvant facilement se retrouver sur les iPhone!

6. Accent sur le BIM et les infrastructures

Il est vrai que l’actualité est généreusement alimentée par les avancées du Web 2.0 (Google, MapQuest, Microsoft, Yahoo!) et de la mobilité (Apple, Garmin, Nokia, TomTom), ayant toutes une offre disponible aux consommateurs (B2C), mais les systèmes d’information corporatifs qui supportent le fonctionnement des gouvernements et grandes entreprises exploitent des SIG.

Pour Autodesk, Bentley et Intergraph (les conférences annuelles des utilisateurs Bentley et Intergraph ayant eu lieu en mai et juin respectivement l’ont démontré), la saine gestion des infrastructures, une meilleure intégration CAD/SIG ainsi que l’exploitation du BIM (building information modeling) et du 3D sont des sujets capitaux (voir l’article sur le sujet ici). ESRI participe aussi, ayant déjà une offre en logiciels et extensions variée pour la gestion des infrastructures et investit de plus en plus pour supporter la troisième dimension (voir l’interview avec Jack Dangermond qu’a réalisée Matt Ball du magazine Vector One en avril dernier). La mission et l’offre de ces compagnies s’appliquent d’avantage au G2G et le G2B qu’au G2C (G = industrie du géospatial, B = business/gouvernement et C = consommateur/citoyen).

Par contre, tous reconnaissent l’extraordinaire et rapide apport d’outils comme Google Earth et Virtual Earth pour valoriser l’information présentée en 3D mettant ainsi en valeur leurs outils de production et d’analyse en amont. Les experts aux commandes des SIG voient bien que souvent, le meilleur moyen de communiquer et partager de l’information avec leurs collègues, partenaires et clientèles est de passer par ces interfaces simples et souvent gratuites. Il est maintenant de mise, de la part de la plupart des joueurs SIG, de permettre un minimum de « visualisation » de l’information à même ces populaires globes 3D et navigateurs cartographiques, soit via des fichiers en .KML, des connexions WMS ou un « mashup » de fonctionnalités provenant de leurs APIs. Sur ce dernier point, ESRI se démarque en poussant son API REST/JavaScript (ici et ici).

(Crédit photo : Jim Prentice/RADARSAT-2 : La Presse Canadienne; iPhone : www.apple.com ; Panoramio : www.panoramio.com/photo/1668470 ; API ESRI-Google Earth: www.arcOrama.fr)

Commentaires

Félicitations Luc! Un excellant article qui fait un wrap up très complet des nouvelles tendances dans un monde qui n'est pas toujours facile de suivre vu la dynamique et l'accélération exponentielle des développements (quand les gros joueurs s'en mêlent...!) J'apprécie particulièrement les liens que vous faites avec vos articles antérieurs et (évidemment) les liens vers les technologies que vous suivez de près!

Encore une fois merci!

Oui, Bravo Luc !

Ces bilans sont toujours très intéressants :-)

Depuis, la technologie Photosynth a été rendue accessible au public.

[...] SUR LES BILANS DU PREMIER (Q1) ET DEUXIÈME (Q2) [...]
[...] SUR LES BILANS DU PREMIER (Q1) ET DEUXIÈME (Q2) [...]
[...] SUR LES BILANS DU PREMIER (Q1) ET DEUXIÈME (Q2) [...]
[...] Bilan 2eme trimestre 2008 de l’industrie du geospatial par Luc Vaillancourt via Baliz-Media [...]
[...] / mise-à-jour sur le sujet issue du second bilan [...]
[...] / mise-à-jour sur le sujet issue du second bilan [...]

Autres bilans de l'année 2008 :

premier trimestre;

troisième trimestre;

dernier trimestre.

 

Bilan du premier trimestre 2009 de l'industrie du géospatial et de la géomatique est en ligne ici.

1. Malaise autour de l’accès à l’information

2. Plus de données 3D et de relief

3. Les SIG pour une relance économique

 

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