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Innovation au Canada – Qu’en est-il de la recherche en géospatial ?

Selon une étude réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économique, l’innovation et l’exploitation des découvertes scientifiques et des nouvelles technologies constituent la principale source de croissance économique et de développement social, dans les pays industrialisés. C’est en tout cas ce que Peter Woodgate, président du Cooperative Research Centre for Spatial Information d’Australie (CRC-SI) a affirmé dès les premières minutes de son allocution. Il est même allé plus loin, en citant d’autres études de niveau international, qui chiffrent la corrélation entre la croissance économique et les investissements dans l’innovation à 0,7...

Ses propos ne pouvaient certainement pas tomber plus à point, alors qu’il abordait le sujet de l’innovation et de la R&D dans le cadre de la 10e Conférence scientifique annuelle du Réseau GEOIDE, où près de 200 participants du Canada et d’ailleurs, issus du milieu académique, de l’industrie et des agences gouvernementales, étaient venus démontrer ce en quoi leurs recherches multidisciplinaires et multisectorielles favorisent la création d’innovations géospatiales.


Peter Woodgate, président, CRC-SI (Australie), conférencier d'honneur.

L’innovation – chiffres à l’appui

Toujours selon le conférencier d’honneur, qui avait recensé plusieurs sources et synthétisé ses trouvailles, chaque milliard investi en recherche et développement se traduit par des retombées bien concrètes pour l’économie. Ainsi, pour reprendre ce chiffre en référence, chaque milliard investi en R&D engendre 86 brevets émis à des compagnies canadiennes (enregistrés aux ÉU), contre 128 émis à des compagnies américaines. Au chapitre des licences accordées, le Canada arrive en tête de la liste, avec 183 licences, contre 143 pour les américains. Mais là où le Canada se démarque le plus, c’est en ce qui concerne le nombre de start-up créées, au nombre de 38 : Loin devant les américains, avec 14 start-up.

Décidément, le discours de Peter Woodgate était très en ligne avec GEOIDE, le réseau canadien de centres d’excellence en géomatique qui a pour mission de consolider et de renforcer l’industrie géomatique canadienne, en tirant le maximum de profit des ressources en matière de recherche et développement. Entre autres, GEOIDE souhaite traduire la recherche de haut niveau en retombées pour le Canada, ce qui implique nécessairement les aspects économiques et la création de nouveaux produits, services, et compagnies. Son modèle de fonctionnement a servi de base à la création ou à la redéfinition d’autres réseaux à travers le monde, tels que le RGI aux Pays-Bas, le groupe SIGMA-Cassini en France, le Korean Land Spatialization Group, et le National Centre for Geocomputation en Irlande, qui comptaient tous au moins un représentant sur place lors de la conférence, qui se tenait à Niagara, Ontario, à la fin de la semaine passée.

Des réseaux de centres d’excellence existent au Canada dans différents secteurs identifiés comme étant primordiaux pour le Canada. GEOIDE, qui regroupe maintenant des membres de 31 universités, 40 compagnies et 18 agences gouvernementales, a été créé il y a à peu près 10 ans pour le secteur de la géomatique, et existe principalement grâce au financement provenant du fédéral, via le programme des RCE (Réseaux de centres d’excellence). Sa durée de vie étant de 14 ans, le réseau doit donc se munir d’un plan stratégique, s’il veut perdurer au-delà de 2012, sans les fonds sur lesquels il peut compter actuellement. Nicholas Chrisman, le directeur scientifique du Réseau GEOIDE se montre confiant : le plan, déjà en cours d’élaboration, prévoit une place importante pour l’industrie et mise sur l’adhérence entre les besoins (la demande du marché) et l’offre. Mais avant, une autre étape critique, plus rapprochée celle-ci, doit être franchie : le renouvellement pour les quatre ans à venir, où ce qu’on appelle dans la communauté GEOIDE, la phase IV de ses activités.

Variété de thèmes

La conférence, qui se déroulait sous le thème « Un nouvel horizon » se tenait donc à la rencontre de la phase III et de cette nouvelle phase (phase IV), prévue pour commencer dès le printemps prochain, après l’approbation du programme des RCE. Ainsi, alors que certains projets arrivaient à la fin de leurs trois ans de recherche, d’autres étaient en train de se mettre en place, en mode « projets pilotes », se préparant à prendre leur pleine vitesse de croisière pour 2009-2012.

Compte tenu de la diversité des thématiques couvertes par les projets du Réseau GEOIDE (répartis sur trois axes : santé et sciences sociales, gestion des transports et des catastrophes naturelles et finalement développement durable terrestre et milieu marin) et du grand nombre de présentations, démonstrations et affiches qui ont été présentées, il m’a été impossible d’assister à tout et de m’informer sur tous les projets. Vous pouvez vous référer au programme en ligne de la conférence pour connaître l’ensemble des activités présentées, ou consulter le site du Réseau GEOIDE.

Voici tout de même quelques éléments que j’ai retenus tout d’abord en ce qui a trait aux projets d’initiative d’investissement stratégique, dont le but est de répondre à un besoin particulier, exprimé par les parties prenantes du projet. Ces projets de courte durée, représentés pour l’occasion par un membre étudiant de l’équipe, se terminent sous peu.

  • Un projet vise la complémentarité des capteurs, dans le but d’augmenter la précision d’images acquises en milieu urbain. Comme le signal GPS connaît des interruptions dans ce contexte (ex : obstruction du signal par les édifices), l’utilisation de balayeurs LASER et de l’information dérivée sur le positionnement de chaque point en 3D, d’une image à l’autre, peut s’avérer utile pour combler cette faiblesse;
  • Un autre projet vise le développement d’un système (incluant les parties matérielle et logicielle) qui permet de fournir les informations de navigation en continu à l’extérieur comme à l’intérieur pour la navigation personnelle. Le défi consiste dans ce cas à intégrer les informations provenant du GPS et d’autres systèmes, comme les mesures inertielles, qui, basées sur différents paramètres (vitesse, cap, etc.), fournissent des estimés de positionnement quand le signal GPS est inaccessible;
  • En collaboration avec leur partenaire AeroMechanical Services ltd, une équipe développe des appareils météorologiques qui seront montés à bord de nombreux avions, qui serviront d’hôte pour l’acquisition de données et la transmission en temps réel au Service météorologique du Canada. Ces données auront l’avantage de couvrir l’ensemble du Canada, incluant le Nord, et cela, en continu, et seront intégrées aux modèles de prévision météorologique.

Une séance de démonstration avait aussi été organisée pour mettre en vedette les projets de fonds qui se termineront dans la prochaine année. Parmi les nombreuses démonstrations, j’ai pu discuter en particulier avec l’équipe du Dr Alain Vanasse, de l’Université de Sherbrooke, qui développe un outil d’aide à la prise de décision SOLAP dans le domaine de la santé. Dans un contexte où les maladies chroniques exercent une pression grandissante sur le système de santé canadien, les décideurs ont besoin d’outils performants et intuitifs pour les aider à mieux comprendre les phénomènes et les tendances en santé, et prendre de meilleures décisions. L’équipe a développé un système SOLAP (Spatial On-Line Analytical Processing) qui intègre les données reliées aux maladies chroniques, de plusieurs sources et multitemporelles. Avec cet outil, les décideurs peuvent interroger directement les variables de santé (ex : taux de décès, utilisation des services de santé), selon une perspective géographique;


Participants attroupés lors de certaines démonstrations.

Un aperçu de l’avenir chez GEOIDE

Comme mentionné plus haut, c’était aussi la première conférence de GEOIDE à laquelle assistaient les responsables des neuf projets pilotes sélectionnés pour constituer l’essentiel du portfolio de GEOIDE pour sa dernière phase d’opération en tant que réseau financé par le programme des RCE. Les projets touchent les sujets suivants :

  • Développement de systèmes multi-capteurs pour les applications de suivi et de mobilité;
  • Conception d’outils pour simuler et évaluer la propagation des maladies contagieuses. Ce projet, supporté par la politique du gouvernement canadien dans la lutte contre les maladies infectieuses, vise à simuler la propagation spatio-temporelle de maladies comme le virus du Nil et la grippe aviaire, en fonction de différentes caractéristiques du territoire et de la population (comme les habitudes de transports, la vulnérabilité, etc.);
  • Passage des réseaux de surveillance à la 3D;
  • Vers une meilleure estimation des risques côtiers par géodésie satellitaire, qui vise à faire du Canada (le pays qui compte la plus longue frontière maritime) un leader dans la connaissance des risques côtiers;
  • Protection du public et diffusion éthique des données géospatiales, qui vise à étudier les aspects sociaux et légaux de la diffusion de données;
  • GéoÉduc3D : La géomatique au service des jeux vidéos et de l’apprentissage, qui tisse un lien intéressant entre le monde de l’éducation, du jeu virtuel et du géospatial, pour favoriser l’apprentissage des adolescents et les familiariser aux technologies géospatiales;
  • Changements climatiques locaux : Outils de visualisation et processus de décision;
  • WebGéo participatif pour impliquer le public sur les changements environnementaux globaux;
  • Modélisation stochastique de la dynamique forestière.

Un pont entre la recherche et la création de richesse ?

La conférence a rassemblé des individus d’horizons et d’intérêts très diversifiés. Après une décennie, la collaboration entre les communautés (académique, industrielle et gouvernementale) semble s’instaurer comme pratique naturelle au sein du Réseau. Mais ici comme ailleurs, il reste encore beaucoup à faire pour réellement développer une synergie entre recherche et innovation, entre développement et commercialisation. D’ailleurs, pour reprendre les propos de Peter Woodgate, bien que la plupart des compagnies australiennes (mais on peut croire qu’il en est de même pour l’ensemble des pays industrialisés) reconnaissent l’importance d’investir en R&D, peu l’incluent dans leur plan stratégique. Les empêchements mentionnés sont nombreux mais incluent le manque de politiques incitatives du gouvernement (incluant les politiques fiscales), le manque de personnel hautement qualifié dans le domaine, une connaissance restreinte des tendances et des marchés, et un délai trop long jusqu’à la commercialisation. Selon les études réalisées à la demande du CRC-SI d’Australie, l’impact économique de l’information géospatiale a été quantifié, selon son rôle dans différents secteurs de l’économie. Il est intéressant de voir la situation actuelle versus la situation potentielle (accédez au rapport ici).

La présentation de M. Woodgate a suscité de nombreuses discussions de couloirs, où l’on réfléchissait sur des parallèles ou différences possibles ailleurs dans le monde. Mais toujours est-il qu’il avait bien su garder l’attention de son public, et ce, dès le début, en passant cette publicité plutôt accrocheuse d’une compagnie spécialisée dans l’information :

Merci au Réseau GEOIDE d’avoir accueilli BALIZ-MEDIA.com comme partenaire média de l’événement.

Commentaires

Je viens d'apprendre les noms des lauréats des prix de communication, remis aux étudiants qui se sont démarqués lors des présentations orales ou dans leur affiche:

Prix du communicateur d'excellence de GEOIDE (présentation orale), d'une valeur de 2000$:

Zainab Syed, University of Calgary

Titre de la présentation: Développement d'un système de navigation personnel multimodal à deux composantes pour améliorer l'ergonomie

Prix de la meilleure affiche du Réseau d'étudiants de GEOIDE (valeur totale de 2000$ pour aider les lauréats à présenter leurs travaux dans une conférence de leur choix):

1er prix: Katherine Kalenchuk, Queen's University

2e prix: Shane Hefford, Carleton University

3e prix: Patrick Denis, York University

Prix du public:

Taher Hassan (University of Calgary)

Ossama Al-Fanek (University of Calgary)

Merci Kim pour l'information

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