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L’Open Geospatial Consortium, des normes portées par l’industrie

OGCDans la vie de tous les jours, les normes passent plutôt inaperçues. Pourtant, elles sont derrière de nombreux progrès de notre vie moderne et assurent la bonne marche de plusieurs de nos activités courantes.

Grâce aux normes qui ont été mises en place avec le temps, les cartes bancaires fonctionnent pour ainsi dire partout dans le monde et les feux de circulation font appel à des formes et des couleurs similaires, compréhensibles universellement. Dans le domaine des TI, c’est aussi grâce aux normes adoptées universellement, tel le XML (eXtensible Markup Language, promu par le W3C), que les ordinateurs peuvent se connecter à l’Internet et échanger/afficher du contenu de façon transparente.

Mais tout un travail se cache derrière ce que l’on prend aujourd’hui pour un acquis. Industries, consommateurs, institutions ont souvent dû débattre et trouver consensus pour établir la norme et souvent, l’officialiser. L’évolution des technologies, des besoins et des attentes, du marché (de l’offre et de la demande) fait en sorte qu’il reste toutefois beaucoup à faire. Le domaine des technologies géospatiales n’y échappe pas, bien au contraire, car de plus en plus, données et services géospatiaux sont partagés, diffusés, et interrogés par des systèmes internes ou externes multiples.

Depuis plus d’une décennie, l’Open Geospatial Consortium joue un rôle clé dans le développement de normes qui facilitent cette interopérabilité des services et solutions géospatiales et qui ouvre la voie à l’établissement de normes reconnues internationalement. Nous avons eu l’occasion de rencontrer Monsieur Sam Bacharach, directeur principal, diffusion, pour l’OGC, lors d’un séminaire organisé par Consortech et nous vous présentons ici un aperçu de l’organisme, des raisons de son existence, de sa mission et de quelques unes de ses principales réalisations.

Les racines de l’OGC
Particulièrement déployés et popularisés au début des années 80 dans le secteur public (milieu des ressources naturelles et de la défense), les premiers systèmes d’information géographique laissaient entrevoir un brillant avenir, en raison de leurs capacités d’analyse spatiale et de cartographie, qui rappelons-le, révolutionnaient la façon de faire traditionnelle.

L’histoire raconte cependant que cette évolution, qui s’annonçait tranquille, a été troublée par une certaine frustration qui montait parmi les utilisateurs, à cause du manque de flexibilité et de l’incompatibilité entre les données géospatiales inhérentes aux différents systèmes, fermés et dispendieux, du gouvernement.

Le projet GRASS
Il est important de mentionner ici les efforts menés par les professionnels du US Army Corps of Engineers, qui, bien que de nombreux SIG s’introduisaient sur le marché, ont développé le SIG GRASS, qui fût bientôt adopté à travers plusieurs unités du gouvernement.

L’environnement UNIX ouvert de GRASS lui permit rapidement de compter parmi ses développeurs et utilisateurs des universités de partout dans le monde, et il fut l’un des premiers systèmes d’information géographique Open Source. Le US Army Corps of Engineers, pour toutes sortes de raisons, a dû s’éloigner du développement de GRASS, ce qui a motivé la communauté à former en 1992 le OGF (Open GRASS Foundation), un groupe sans but lucratif, qui souhaitait structurer la suite du développement du système, dans un contexte de coopération et de consensus.

Avec la demande croissante pour des systèmes interopérables et intégrables (et même si GRASS était fondamentalement un projet Open Source), l’OGF a rapidement inclus dans son programme les réflexions entourant les différentes offres sur le marché du géospatial, qu’il s’agisse de logiciels libres ou propriétaires. Un des buts que l’organisation s’était fixé était de servir d’interface entre la communauté d’utilisateurs, les développeurs et les fournisseurs de système d’information géographique, et de faire cheminer les requêtes des uns et des autres afin d’influencer les solutions offertes sur le marché. Il en est encore de même aujourd'hui.

C’est finalement le projet OpenGIS, précurseur de l’officiel Open Geospatial Consortium, qui a jeté les bases sur lesquelles a démarré l’OGC en 1994, en définissant un ensemble d’interfaces ouvertes.

Coordonner la voix de l’industrie
Aujourd’hui, l’Open Geospatial Consortium compte parmi ses membres 345 compagnies, agences gouvernementales et universités de partout dans le monde. L’OGC est un organisme à but non lucratif qui se définit comme le chef de file de l’élaboration, de la promotion et de l’harmonisation de normes spatiales ouvertes. On entend par normes ouvertes toute norme qui est accessible gratuitement par le grand public, qui n’est pas liée à un fournisseur ou un format de donnée particulier, et qui est adoptée au terme d’un processus consensuel formel.

Sam bacarach
Sam Bacharach, directeur principal, diffusion, de l’Open Geospatial Consortium, lors de son passage à Québec (Qc), le 18 février dernier.

Faire avancer les normes nécessite une bonne dose de coordination. Sam Bacharach, directeur principal, diffusion, de l’OGC, estime que l’OGC agit comme rassembleur au sein de la communauté, en favorisant un contexte qui sert de base au processus d’implication. « L’OGC a comme interlocuteur plusieurs grands noms du monde des affaires, de l’éducation et de la recherche, qui à leur tour font le pont avec le reste de la communauté », précise-t-il.

Les membres de l’OGC y trouvent assurément leur compte. « On normalise à cause des besoins et des obligations, mais surtout, à cause des bénéfices que cela apporte à l’industrie », spécifie M. Bacharach. « Le processus de normalisation oblige à rester à l’affût du marché et à agir au bon moment. Ce sont les compagnies (membres) qui sont les mieux placées pour sentir venir la vague et donner le signal pour passer à l’action, c’est-à-dire faire les propositions qui s’imposent à l’OGC ». Le processus repose donc en grande partie sur une veille des préoccupations de la communauté.

Les membres, et en particulier les entreprises qui visent l’augmentation de leur chiffre d’affaires, trouvent-ils un avantage à investir du temps et des efforts dans l’OGC ? Comme le dit M. Bacharach, « Les organisations, dont le privé, deviennent rapidement gagnantes dans un contexte d’interopérabilité, quand il est possible pour leurs clients de transférer des données d’une unité fonctionnelle à une autre et d’exécuter des programmes qui peuvent facilement fonctionner dans d’autres environnements. »

L’OGC et les normes internationales ISO
L’OGC élabore de normes ouvertes, basées sur le consensus de ses membres et en fait la promotion auprès de l’industrie, qui les met en pratique (ou non), selon leur contexte d’affaires. ISO, de son côté, est une structure formelle de niveau international, constituée des organismes de normalisation de 157 pays, qui produit des normes qui font loi. Via son implication au sein d’ISO, il arrive que les normes définies par l’OGC cheminent jusqu’au comité technique ISO/TC 211, responsable de l’ensemble des normes ISO relatives à l’information géographique. C’est le cas, entre autres, du GML (Geography Markup Language), de l’accès aux entités géographiques simples (notions d’architecture et SQL) et de WMS, qui portent maintenant le sceau ISO.

Quelques normes approuvées par l’OGC
De nombreuses normes ont été définies et approuvées par l’OGC au cours des dernières années (voir une liste détaillée ici). Nous vous en présentons ici quelques-unes, qui touchent particulièrement de près les SIG et la cartographie Web.

GML (Geography Markup Language) : Le GML est un format d’encodage des données permettant de modéliser, transporter et stocker des données à référence spatiale (DRS) en utilisant le format XML.

WFS (Web Feature Service) : Le WFS est un protocole d’échange de données vectorielles représentant une ou plusieurs entités géométriques (point, lignes, zones) en format .GML pour que les technologies serveurs supportant cette norme WFS puissent répondre aux requêtes faites par des technologies clientes exploitant également cette norme de requête et de communication, afin de recevoir et exploiter les DRS de format .GML.

WMS (Web Map Service) : Le WMS est un protocole d’échange représentant une portion de carte « géoréférencée » afin que les technologies serveurs supportant cette norme WMS puissent répondre aux requêtes faites par des technologies clientes exploitant également cette norme de requête et de communication afin de recevoir et afficher ces images cartographiques (formats matriciels .jpg, .png. gif ou même vectoriel Scalable Vector Graphics (SVG)).

KML (Keyhole Markup Language-en évaluation), qui est un format de données permettant de modéliser, transporter et stocker des DRS en format KML. Le .KML est un format typique à Google (suite à l’achat de la compagnie Keyhole) et est exploité dans les produits Google Earth, Google Maps et Google Mobile. Les produits Google étant tellement populaires, ce format a été dernièrement soumis à l’étude de l’OGC, afin d’étudier la possibilité d’en faire une norme, tout comme le .GML, avec lequel il partage quelques similarités de structure et de grammaire. Les membres de l’OGC seront consultés à ce sujet en mars prochain.

Les membres
Il existe différents niveaux d’affiliations à l’OGC (voir ici).

L’OGC compte parmi ses membres des plus hauts niveaux les principales entreprises du monde des technologies de l’information et du géospatial, telles qu’ESRI, Autodesk, Oracle, Intergraph, MapInfo et Google. D'ailleurs, Microsoft a de nouveau rejoint l'OGC le 21 octobre 2007.

À en voir l’importante liste des membres de l’OGC, on peut dire que les normes d’interopérabilité sont désormais incontournables et qu’aucune institution ne peut réellement les ignorer. Les mettre en œuvre reste toutefois un mouvement volontaire. Pour reprendre la conclusion de M. Bacharach « Le dernier mot revient au consommateur : n’achetez rien qui n’utilise pas des normes ouvertes et universelles. Si les consommateurs les réclament, l’industrie, dans son désir de répondre aux besoins de ses clients, en tiendra compte ».

Commentaires

Nous sommes très heureux de voir que cet article est maintenant répertorié dans la section "Press Coverage" du site officiel de l'OGC!

[...] par leur succès commercial. Entre ESRI et Google, l’OGC (Open Geopsatial Consortium) fait office de « sens commun » de par la diversité et l’ampleur de son membership. Selon Sam Bacharach de l'OGC : « Les [...]

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