Ou comment mettre de l’avant un programme comme le GSDI (Global Spatial Data Infrastructure), alors
qu’il est déjà difficile* d’en arriver à une entente au sujet des systèmes de
positionnement GPS NAVSTAR et Galileo ?
La collaboration et la coordination des efforts à l’échelle mondiale dans le domaine géospatial est aujourd’hui plus que jamais une question d’importance. Une telle coopération est pourtant nécessaire sous plusieurs angles, entre autres en ce qui concerne les outils de navigation et de positionnement, le partage des données et le suivi environnemental. Notre monde est un espace continu, seulement divisé par les limites politiques que nous nous sommes nous-mêmes imposées, et, pour toujours rehausser nos standards de vie collectifs, la gestion de l’impact humain sur la planète doit être abordée sous un angle holistique en faisait fi des frontières.
Mais malheureusement, la pression économique et politique en jeu peut rendre la coopération sur les problématiques globales difficile. Certaines embûches qui nuisent à la collaboration intergouvernementale ne seront jamais résolues, alors que d’autres nécessiteront une forte dose de créativité, de persistance et peut-être même une certaine coercition. De toute façon, les avancées en géospatial surviendront fort probablement plus rapidement du côté commercial que du côté gouvernemental, mais des signes d’optimisme sont perceptibles chez nos leaders, laissant croire qu’ils commencent à en réaliser les bénéfices.
Positionnement, navigation et prise de mesures
Le système de positionnement global par satellites NAVSTAR qui domine actuellement le monde du positionnement est la propriété du gouvernement américain, qui le contrôle, bien qu’il soit opéré par les forces armées américaines (U.S. Air Force). Cette constellation de satellites transmet des signaux reçus par des stations au sol qui les traduisent en position exacte et en temps précis. Jusqu’en mai 2000, l’exactitude de ces signaux a été dégradée volontairement à environ 100 mètres, pour l’utilisation civile, alors que les utilisateurs militaires pouvaient avoir accès à une exactitude de l’ordre de dix mètres ou moins. Depuis l’abolition de cette mesure il y a huit ans, l’utilisation du signal GPS n’a cessé de croître auprès du marché des consommateurs, notamment à cause de sa fiabilité et de son exactitude. Malgré tout, il existe toujours une possibilité que les forces armées américaines reprennent un jour ou l’autre un certain contrôle sur le système, et cela est un facteur qui freine les ardeurs de la communauté civile.
Cette main mise des militaires sur le système GPS a incité les gouvernements étrangers à investir dans d’autres systèmes de positionnement, par souci de sécurité. Bien qu’il soit performant et qu’il réponde adéquatement aux besoins (et ce, de mieux en mieux avec la mise à jour des satellites), l’Union européenne a soutenu le développement d’un système parallèle de positionnement par satellites nommé Galileo, en dirigeant un partenariat de compagnies privées en 2007. Ainsi, le système Galileo se positionne comme une alternative complémentaire au système américain NAVSTAR et au système russe GLONASS, et qui promet une plus grande précision.
L’investissement de milliards de dollars dans ce système peut sembler tout à fait superflu et injustifié par rapport aux bénéfices qu’il sera possible d’en retirer. Il y a bien eu des appels à la privatisation du système américain, qui auraient pu calmer les soucis, et il y a le fait que le GPS apporte des avantages plus tangibles aux civils qu’aux militaires, mais ces arguments ne font pas le poids compte tenu du climat géopolitique actuel.
Partage des données
Lors d’une récente entrevue avec Harlan Onsrud, le directeur exécutif de la Global Spatial Data Infrastructure Association (GSDI), la question de la motivation principale derrière une telle initiative a été abordée. Selon M. Onsrud, il peut être difficile de penser « infrastructure globale de données » quand il est déjà compliqué de coordonner des efforts à l’échelle nationale, quand les états n’arrivent pas à combiner les données provenant de leurs comtés, et quand on sait que certains pays n’en sont qu’aux cartes papier. Pourtant, après sa première réunion GSDI, il s’est senti convaincu des avantages de la collaboration et du partage des ressources et certain que la cause de la coordination des données à l’échelle globale en valait le coup.
La collaboration et l’intégration des ensembles de données de toutes les nations prendront certainement des dizaines d’années avant de se concrétiser, mais l’existence de l’association assurera une connexion entre les pays qui grandira avec le temps, et qui fournira les meilleures pratiques sur la collecte et la gestion des données. Monsieur Onsrud a d’ailleurs indiqué que des échanges fructueux s’établissaient déjà à l’intérieur du groupe, et qu’il se présente de bonnes occasions d’hébergement. Il a entre autres précisé que les pays en développement acquéraient des données sur leur territoire, mais que les ressources du côté de l’électricité ou de la connexion à l’Internet empêchaient souvent le partage avec le reste du monde.
Il devient de plus en plus important d’établir une infrastructure de données géospatiales globale, mais certains pays craignent que l’information derrière l’initiative soit considérée comme sensible et soit une menace à la sécurité. L’arrivée de navigateurs terrestres (geobrowsers) a contribué à éloigner ces craintes, avec leur couverture géographique et leur précision croissantes.
Une infrastructure de données géospatiales globale est un objectif important, bien qu’il ne s’agisse pas d’un impératif pour l’amélioration de notre planète. Il existe déjà de nombreuses plateformes d’observation de la terre ainsi que des ensembles de données qui nous donnent une vue globale de notre environnement, et compte tenu de cela, les embûches à surmonter pour en arriver à obtenir la collaboration des pays vers le partage des données dans un format commun pourraient nous décourager. Il est certain qu’il serait très intéressant que les pays soient cartographiés adéquatement afin que tout un chacun puisse tirer profit du géospatial, mais un système global de données coordonnées est encore loin.
Suivi environnemental
Le groupe d’observation de la terre (Group on Earth Observations - GEO) mène actuellement des efforts importants pour coordonner le GEOSS (ou le Global Earth Observation System of Systems), pour le suivi à l’échelle mondiale de l’environnement et des catastrophes naturelles. Ce mouvement, qui a pour objectif double d’observer la planète et de la protéger contre les caprices de Dame Nature, gagne en popularité, alors que 75 pays sont impliqués. La collaboration internationale autour d’un système de systèmes sous-entend l’établissement d’un réseau souple d’appareils qui communiqueront ensemble pour fournir des observations de la terre. Les thèmes de la santé, des catastrophes, de l’énergie, de l’eau, de la météorologie, des écosystèmes, de l’agriculture et de la biodiversité sont concernés.
L’effort GEOSS est très prometteur, à la fois en ce qui a trait aux bénéfices et aux possibilités de faire avancer les occasions de collaboration, d’investissement et d’action. Le secrétaire de l’Intérieur des États-unis, Dirk Kempthorne, a confiance en un tel système, le comparant à « une Amber Alert », mais pour la planète. De plus en plus de nations veulent s’impliquer et deviennent membres de ce plan global de surveillance.
Un plan d’action sur 10 ans a été élaboré pour GEOSS, qui détaille la finalité et la mission du système mais également sa mise en place et sa structure de gouvernance. Le processus de vote lors d’une réunion annuelle, où chaque état membre possède un poids identique, oblige le consensus. La collaboration sur la conception du système, son architecture, la science et la technologie qui le supportent, fait en sorte que l’impact est immédiat. Le partage selon les capacités des membres, particulièrement en ce qui concerne l’acquisition d’information et la production de rapports automatisée, signifie aussi que les moyens scientifiques ne limiteront pas les pays où justement, les ressources et connaissances ne sont pas à la hauteur des autres.
La collaboration à l’échelle mondiale est définitivement une possibilité, qui pourra rapporter gros à chacun de nous. La concurrence est trop forte dans le monde actuel pour penser que cette collaboration prendra place en fonction de l’atteinte d’objectifs communs, mais il fait tout de même bon de penser que nous sommes unis dans le but d’améliorer la planète pour y séjourner plus longtemps.
*NDLR : Cet article présente la réflexion de Matt Ball, cofondateur et éditeur de Vector1 Media, sur le sujet d’actualité de la collaboration globale dans le domaine géospatial et particulièrement en ce qui concerne la mise en place d’une infrastructure de données géospatiales globale, suite à une entrevue qu’il a réalisée avec Harlan Onsrud, directeur exécutif de la GSDI. L’article original en anglais est paru sur Vector1, ici, sous le titre « If the world cannot come to agreement on NAVSTAR and GALILEO GPS systems, where does that leave programs like GSDI? »





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