Le Département des sciences géomatiques de l’Université Laval (Québec, Qc) a fêté son centenaire en septembre 2007. Depuis sa création en 1907, il a contribué à former 2090 étudiants (historiquement, en majorité des arpenteurs-géomètres). Aujourd’hui, l’institution dispose d’un programme de formation renouvelé, à l’affût des nouvelles réalités technologiques, sociales, légales et scientifiques, et répond à un marché en constante évolution. Riche de son bagage centenaire et à l’affut de cet engouement généralisé envers tout ce qui touche la connaissance du territoire, le Département des sciences géomatiques a su s’adapter pour mieux répondre aux besoins.
NDLR: BALIZ, l’éditeur de ce portail, est basé à Québec, tout comme l’Université Laval. Un article sur son Département des sciences géomatiques, le CRG (Centre de recherche en géomatique) et le réseau de centres d’excellence GEOIDE était très certainement au programme pour 2008. C’est suite à un billet de Luc Vaillancourt, l’éditeur de BALIZ-MEDIA.com paru sur le blogue en décembre 2007 et aux réactions de membres du Département que la publication d’un tel article est devenu encore plus opportun, et prioritaire. Dans son billet, M. Vaillancourt réagissait à un article du quotidien Le Soleil, portant sur le déficit de certaines facultés de l’Université Laval, dont la Faculté de foresterie et géomatique. Il soulignait que les universités sont confrontées, tout comme l’est le privé, aux lois du marché, de l’offre et de la demande, et que les programmes de formation en géomatique doivent s’adapter aux nouvelles réalités que sont entre autres la démocratisation du géospatial, la convergence des technologies, l’ubiquité liée à la géolocalisation et l’émergence d’un nouveau « territoire » virtuel.
Le présent article découle donc de trois rencontres que nous avons eues avec des membres du Département des sciences géomatiques et de GEOIDE, dans le but de faire le point sur les nouveaux programmes de formation offerts par le Département. À travers ces rencontres, nous avons aussi eu l’occasion de recueillir d’intéressantes réflexions sur l’évolution de la géomatique et de son enseignement, et sur les défis que le Département entend relever.
Une histoire de pionnier
C’est à l’Université Laval en 1907 qu’à vu le jour le premier programme universitaire de formation dans le domaine de la connaissance et la mesure du territoire au Québec, sous l’appellation de l’École d’arpentage. À l’époque, comme son nom l’indique, sa mission constituait à former des arpenteurs-géomètres.Dans les années 80, l’évolution des technologies et l’émergence au Québec du néologisme « géomatique » pour désigner l’ensemble des méthodes et technologies utilisées dans la chaîne de production de données géospatiales, a amené la conception d’un nouveau programme, reflétant davantage les nouvelles réalités. Ainsi, le baccalauréat en sciences géomatiques devenait en 1986 le premier programme académique au monde en géomatique. Ensuite, l’Université Laval changea le nom du Département pour le « Département des sciences géomatiques », et la faculté qui l’accueillait prit le nom de Faculté de foresterie et géomatique. Aujourd’hui, cette faculté regroupe trois départements : géographie, sciences du bois et de la forêt et sciences géomatiques.
Le regroupement en un même lieu d’un grand nombre de spécialistes en géomatique a amené en 1989 la création du Centre de géomatique (aujourd’hui connu sous le nom de Centre de recherche en géomatique). Son rôle est de permettre aux professeurs et chercheurs du Département (et d’ailleurs), qui partagent des intérêts communs de se doter d’infrastructures et d’un environnement favorisant le partage des connaissances et l’avancement du savoir, ce qui a contribué par le fait même au rayonnement du Département. Un peu plus tard en 1998, l’Université Laval devenait l’hôte de GEOIDE, le seul Réseau canadien de centres d’excellence en géomatique, sous l’initiative de membres du Département. GEOIDE a pour but de consolider l’industrie de la géomatique, en appuyant des projets innovants et en favorisant le transfert des connaissances et des résultats vers la société (voir article complémentaire ici).
Actuellement, le Département offre une formation de pointe et diversifiée aux trois cycles d’enseignement (baccalauréat, maîtrise et doctorat). L’un des plus gros au Canada, il compte 19 professeurs chercheurs et accueille 129 étudiants au baccalauréat, et 72 aux cycles supérieurs. Malgré une baisse des inscriptions en sciences et génie remarquée un peu partout dans les universités du Québec, le Département des sciences géomatiques a vu ses effectifs demeurer stables au cours des cinq dernières années, voire même croître légèrement.
Au niveau du baccalauréat, les étudiants peuvent choisir entre le programme de sciences géomatiques (B.Sc.A.), le seul au Québec à donner accès à l’Ordre des arpenteurs-géomètres, et le programme de génie géomatique (B. Ing.), le seul au Québec à former des ingénieurs en géomatique, nouveau en 2007. Bien que complémentaires dans leurs finalités, les deux types de formation visent à former des experts soucieux de la qualité des données géospatiales, aptes à conseiller d’autres professionnels ou la population.
Une direction visionnaire
La direction du Département est actuellement entre les mains de Stéphane Roche, qui occupe depuis juin dernier la fonction de directeur du département. Fin trentaine, le jeune ingénieur géomètre-topographe, détenteur d’un diplôme de doctorat de l’Université d’Angers, en France, est venu au Québec en 2003 comme professeur en géomatique. Ses intérêts de recherche sont résolument modernes, et concernent principalement les interactions entre les usagers et les technologies, les enjeux organisationnels et sociologiques de l’intégration des technologies géospatiales ainsi que les démarches participatives, ou ce que l’on appelle en anglais le Volunteered Geographic Information (source : M. Goodchild). Parmi les professeurs de ce Département au profil hautement scientifique, il est d’ailleurs le seul à détenir des fonds de recherche provenant du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH)!
Selon lui, il est primordial qu’on éveille les étudiants aux progrès technologiques tôt dans leur formation, tout en gardant bien en tête les différents types d’interlocuteurs à qui est destiné un service ou une solution. « Nous formons des professionnels habiles en sciences. Nos gradués sont plus que des utilisateurs intelligents de la technologie. Ils sont capables d’être visionnaires, de concevoir des systèmes, de comprendre ce qui se passe « à l’intérieur de la boîte », et de résoudre des problèmes complexes. »
Dans le cadre de son mandat de quatre ans, Stéphane Roche souhaite voir la mise en place de ‘cours de services’ (par exemple dans des disciplines telles que les systèmes d’information géographique ou la télédétection, qui peuvent facilement s’appliquer dans d’autres domaines) afin de rendre accessible à la communauté l’expertise développée au Département. « Nous en discutons au sein du Département et cela nécessitera certainement d’identifier les ressources pour nous appuyer dans ce sens. Mais cette réflexion est essentielle car notre savoir peut réellement servir d’autres métiers », ajoute-t-il.
Nouveaux programmes de formation de 2e et 3e cycles
Le Département a aussi récemment redessiné son offre concernant les cycles supérieurs (maîtrise et doctorat), pour mieux coller aux nouvelles réalités technologiques ainsi qu’aux intérêts et besoins de la clientèle. « 75% des étudiants qui s’inscrivent à la maîtrise ou au doctorat en sciences géomatiques proviennent d’autres disciplines. Ils viennent chercher les connaissances pour pouvoir mobiliser ‘comme’ et ‘quand’ il le faut les méthodes et technologies géospatiales », précise M. Roche.
« Nous sommes le département de géomatique qui offre le plus de programmes universitaires au monde, incluant par exemple un MBA unique, offert conjointement avec la Faculté d’administration, et une maîtrise professionnelle en géoinformatique, pour satisfaire les plus avides de technologies, ou encore ceux qui ont un fort côté ‘néogéographie’», déclare pour sa part Yvan Bédard, un professeur titulaire du Département, qui s’est toujours impliqué pour favoriser l’avancement de la géomatique.
Au niveau du 2e cycle (maîtrise), voici les différents programmes qui sont disponibles:
- Maîtrise avec mémoire (recherche);
- Maîtrise professionnelle avec l’une ou l’autre de ces concentrations : géoinformatique, gestion territoriale et foncière, géomatique appliquée;
- MBA en gestion géomatique (offert conjointement avec la Faculté des sciences de l’administration et l’École nationale d’administration publique);
- Maîtrise en biogéosciences de l’environnement (en collaboration avec les départements de géographie, de géologie et génie géologique et de biologie).
Plus d’information sur le site du Département ici.
Une visite en France en avril
La Ville de Québec est très bien positionnée au niveau international du point de vue de l’innovation, la recherche et l’enseignement en géomatique et par une initiative de M. Roche, elle sera mise en valeur lors du Géo-Événement, qui se tiendra à Paris au début avril prochain. Les cinq présentations qui constitueront la séance concerneront 1) le Département des sciences géomatiques de l’Université Laval et ses nouveaux programmes, 2) les activités du Centre de recherche en géomatique, 3) le Réseau GEOIDE, 4) GéoQuébec, un réseau de partenaires qui vise l’exportation de la géomatique québécoise et 5) le Pôle en technologies géospatiales, initiative pour positionner et faire rayonner Québec dans les réseaux d'affaires et d'innovation à l’international.
En terminant, ce qu’il faut retenir de ces rencontres, c’est que la géomatique est un domaine très en demande, où les débouchés sont nombreux. En se basant sur les statistiques du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec concernant le placement des diplômés à l’échelle de la province, et en les comparant à ses propres analyses, Carrières d’avenir 2008 a identifié les sciences géomatiques et le génie géomatique comme des formations gagnantes. Reste désormais à les faire connaître de la société, et des jeunes en particulier !
Références: Revue Geomatica, Volume 61, Numéro 3, 2007.





Commentaires
Cela a été un réel plaisir de rencontrer les gens de l'Université Laval et discuter de leurs programmes en géomatique. Comme média, nous sommes ouverts à faire connaître tout organisme, réseau, département, groupe de recherche, cluster industriel, etc. qui oeuvre en géomatique.
Alors n'hésitez pas à nous contacter à ce sujet.
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