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Le monde des services de diffusion de l’information géographique gouvernementale en 2009

Diffusion de l'IGAvec l’émergence d’Internet en cette ère de mondialisation, les services de diffusion de données en géomatique ont bien changé de sorte que la clientèle (expert, citoyen, décideur) a évolué énormément. Les coûts de diffusion ont été réduits avec les réseaux Internet toujours plus rapides. La démocratisation des outils informatiques a élargi le spectre des clientèles. D’ailleurs, les grandes compagnies d’informatique, comme Google, Yahoo ou Microsoft, ont popularisé l’usage de la cartographie dans la communauté Internet en utilisant leur pouvoir d’attraction et la gratuité de certains produits. De plus, des initiatives citoyennes et participatives en ligne, comme OpenStreetMap et OpenAerialMap, mettent également une pression de plus sur les organismes publics à générer des produits facilement accessibles, compatibles et ayant un coût peu élevé.

Dernièrement, l’émergence de solutions matures en logiciel libre et de mouvement « open source » en géomatique donnent des outils de plus aux promoteurs de l’accès libre et ouvert à l’information géographique. Les gouvernements, les ONG, les entreprises privées, le mouvement « open source » et les citoyens se retrouvent donc en compétition pour diffuser et interagir avec l’information géographique disponible à travers de nouveaux canaux de communication plus interactifs, comme le Web 2.0.

Plusieurs initiatives gouvernementales ont récemment été lancées pour soutenir l’échange et favoriser les nouveaux modes de diffusion de l’information géographique pour le grand public (incluant le secteur public et l’entreprise privée), comme la directive INSPIRE de l’Union Européenne, le GeoSpatial One Stop aux États-Unis ou GéoGratis/GéoBase au Canada. Au Québec, il y a l’approche de coopération en réseau interministériel (ACRI) à l’échelle provinciale qui ouvre la voie à une modernisation des services de l’État en géomatique.

Dans ce contexte, il devient donc intéressant de regarder ce qui se fait d’original ailleurs pour cibler, entre autres, les services gouvernementaux de diffusion de demain. Voici donc une brève liste d’exemples originaux dans le monde et dans les territoires voisins du Québec en terme de diffusion de l’information géographique gouvernementale (IGG) à leurs clientèles. Par la même occasion, j’invite tous les internautes à ajouter ou corriger cette liste d’exemples originaux par le biais de la section commentaires afin de partager leurs connaissances et opinions sur ce sujet d’actualité en géomatique.

Union Européenne Union Européenne :
Infrastructure for Spatial Information in the European Community (INSPIRE)

La directive INSPIRE est entrée en fonction en 2007 et elle vise l’uniformisation européenne dans la production et l'échange de données nécessaires aux différentes politiques de l'Union européenne. Les clientèles visées sont : autant les décideurs, les gestionnaires que les employés du secteur public au niveau/local/national/européen que les citoyens et leurs organisations. Les services possibles offerts par INSPIRE vont d’abord de la visualisation de l’information géographique, la superposition de données multi-sources, jusqu’à l’analyse spatiale et temporelle, etc.
Site web : http://inspire.jrc.ec.europa.eu/


Espagne Espagne :
Infrastructure de Données Spatiales de l’Espagne (IDEE)

L’Infrastructure de Données Spatiales de l’Espagne (IDEE) a pour but d’intégrer à travers Internet les données, métadonnées, services et informations géographiques qui sont produites en Espagne, aux niveaux national, régional et local, en fournissant à tous les utilisateurs potentiels localisation, identification, sélection et accès à de telles ressources, à travers ce géoportail. Un des objectifs de l'IDEE est d'être ouverte à toutes les administrations publiques, au secteur privé et au public en général, non seulement en mettant à leur disposition des données, métadonnées et des services géographiques réguliers, mais également en leur offrant la possibilité d'intégrer leurs données propres, métadonnées, et services dans cette infrastructure. Pour cela, plusieurs applications sont offertes et incluent un visualisateur d’information géographique, qui permet de composer des cartes en superposant de l’information de différents fournisseurs, un catalogue de données et services, pour obtenir une information sur les données et les services géographiques qui sont produits en Espagne, un outil de recherche de noms géographiques, qui facilite la localisation de toponymes, et la possibilité de télécharger des données géographiques gratuitement. L’IDEE fournit également divers services web interopérables (ex. WMS, WFS, WPS, CSW, WCS, etc.) pour les clientèles spécialisées. Enfin, ce site de l’IDEE est également traduit en sept langues.
Site web : http://www.idee.es/show.do?to=pideep_pidee.FR


États-Unis États-Unis :
GeoSpatial One Stop

Le décret présidentiel de 1999 a rendu accessible l’information géographique gouvernementale à toutes les clientèles à travers un guichet unique. Le but de cette initiative était d’offrir un accès simple et gratuit aux données en améliorant les services aux citoyens. Elle a également facilité la coordination (ex. via des services web : WMS) entre les trois ordres de gouvernement et les différentes agences fédérales aux États-Unis. De plus, l’information géographique ainsi disséminée a permis le développement de services commerciaux à valeur ajoutée.
Site web : www.geodata.gov/


Australie Australie :
Office of Spatial Data Management (OSDM)

En 2001, l’Australie mettait en application une nouvelle politique sur l’information géographique qui est basée sur ces trois principes : données de base gratuite, coût marginal pour les données agglomérées et prix du marché pour les données spécifiques. À travers ce guichet unique, le portail et le catalogage développés dirigent l’usager vers plusieurs autres sites d’intérêt et ressources en information géographique dans le pays, que ce soit au niveau local/régional/national. La politique de diffusion de l’infrastructure géospatiale de l’Australie s’oriente vers une clientèle provenant des gouvernements, de l’entreprise privée, des organisations et des citoyens en ayant à cœur l’accessibilité et la documentation d’une information géographique gouvernementale uniformisée.
Site web : http://www.osdm.gov.au


Grande-Bretagne Grande-Bretagne :
Ordnance Survey

Depuis 2002, les visiteurs du site de Ordnance Survey peuvent gratuitement télécharger 10 images de cartes et imprimer 10 copies de ces images pour des fins scolaires ou de référence sans aucune exploitation à des fins commerciales. Autrement, les clients ont un accès gratuit à la première copie de chaque produit. La politique de tarification et de diffusion en vigueur fait un équilibre entre tarification et gratuité. Par contre, une organisation soutenue par un journal Britannique, The Guardian, a démarré une campagne « Free Our Data » (http://www.freeourdata.org.uk/) pour libéraliser complètement l’ensemble de l’information géographique en Grande-Bretagne sous une licence libre, comme Creative Common.
Site web : http://www.ordnancesurvey.co.uk


France France :
Institut Géographique National (IGN)

Lors d’un décret en 2004, la France oblige l’accès aux données avec tarification « dans le respect des principes de transparence et de non-discrimination ». Avec la création du Géoportail.fr en 2006, ce site à la mode « Google Maps » permet gratuitement une navigation géographique interactive sur les données, le catalogage et la visualisation de tous les territoires Français, mais le téléchargement de données de l’IGN et d’autres services sont toujours payants.
Site web : www.ign.fr/


Jamaïque Jamaïque :
Land Information Council of Jamaica LICJ

Le Gouvernement de la Jamaïque a créé un organisme, appelé Land Information Council of Jamaica (LICJ), en 1992 pour coordonner les efforts gouvernementaux en terme de géomatique. Ce Conseil émanant de ministère/organismes du gouvernement devenait responsable de la modernisation et l’implantation de la politique nationale sur l’information du territoire et du réseau national de géomatique. Dans les années 2000, il a établi un cadre pour promouvoir l’échange de données gratuites ou tarifées entre les ministères/organismes tout en s’assurant de l’intégrité avec les systèmes d’information existants et futurs. Avec l’aide de l’organisme USGS des États-Unis, le LICJ est en train de mettre sur pied un géoportail unique avec les données gouvernementales (avec la possibilité de diffuser de données en service web, comme en WMS / KML), des normes d’échanges reconnues (ex. métadonnées) et des formations adaptées pour les clientèles gouvernementales du pays.
Site web : http://www.licj.org.jm/


État de New York États-Unis - État de New-York :
NYS GIS Clearinghouse

Le géoportail de l’État de New-York, piloté par l’Office of Cyber Security & Critical Infrastructure Coordination, a été mis en place pour diffuser l’information géographique ainsi que les métadonnées provenant du programme de coopération en géomatique de l’État de New-York. Ce site a d’abord été initié pour offrir une seule porte d’accès pour les ministères/organismes et autorités locales à inventorier, diffuser et faire connaître les données qu’ils possèdent. Les utilisateurs peuvent donc chercher, trouver, identifier les formats et télécharger les données offertes par le gouvernement et gratuites. Certaines données plus internes aux ministères/organismes et sensibles sont offertes dans un environnement sécurisé. De plus, une liste complète des contacts en géomatique dans l’État de New-York, que ce soit par région ou par ministère/organisme, permet de trouver les coordonnées téléphoniques et courriels de toutes les personnes ressources en géomatique dans les ministère/organismes et autorités locales. Enfin, une liste de discussion web ouverte dans l’Internet permet aux gens qui s’intéressent aux questions liées à la géomatique dans l’État de New-York, via un enregistrement web (autant pour les intervenants des ministères/organismes, citoyens, entreprise privée), d’interagir comme un forum de discussion et de poser des questions à toute la communauté en géomatique de la région.
Site web : http://www.nysgis.state.ny.us/


Canada Canada (gouvernement fédéral) :
GéoBase et GéoGratis

GéoBase est une initiative des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux parrainée par le Conseil canadien de la géomatique (COCG). Cette initiative a pour but d'assurer l'approvisionnement et l'accès à une base commune de données géospatiales de qualité, à jour et actualisée pour tout le Canada. Grâce au portail GéoBase, les utilisateurs du domaine de la géomatique ont accès à de l'information géospatiale sans frais et sans restriction d'utilisation via des services web (WMS) et des sites de téléchargement. GéoGratis est un autre portail de Ressources naturelles Canada (RNCan) qui facilite la diffusion des données géospatiales accessibles et sans frais grâce à un navigateur Web. Le « portail de Découverte » permet de son côté la recherche et la consultation de toutes les métadonnées intégrées dans l'Infrastructure canadienne de données géospatiales (ICDG). Ces métadonnées sont structurées selon les normes internationales appuyées par le programme fédéral GéoConnexions. D’autre part, une organisation canadienne, du même type que la « Free Our Data » de la Grande-Bretagne, fait la promotion au Canada (actif dans toutes les provinces) de la libre circulation gratuite de l’information gouvernementale et ce, dans un format ouvert et facilement accessible : http://civicaccess.ca/.
Sites web : http://www.geogratis.gc.ca/, www.geobase.ca/ , http://geodiscover.cgdi.ca/gdp/?language=fr, http://www.geoconnexions.org/fr/index.html


Ontario Canada - Ontario :
Ontario Geospatial Data Exchange (OGDE)

La politique de l’Ontario s’inscrit dans la mise en œuvre du OGDE dans laquelle le « partenariat » occupe un rôle central. Tous les M/O sont tenus d’en devenir membres. Les municipalités, les organismes de protection de la nature, les M/O du gouvernement fédéral, les autres provinces canadiennes et les États américains sont invités à y adhérer. Les membres du OGDE paient un abonnement annuel pour avoir accès aux données. Cet abonnement varie selon qu’il s’agit d’un ministère, d’un organisme communautaire ou d’une entreprise privée. Lorsque le partenariat est officialisé, plusieurs services de diffusion sont permis, comme le téléchargement et l’accès à des services web (WMS et WFS). Les non-membres paient à la pièce les produits offerts sur le site de magasinage en ligne.
Site web : http://www.mnr.gov.on.ca/fr/index.html


Colombie-Britannique Canada - Colombie-Britannique :
GeoBC

Le but de GeoBC est de fournir un accès direct à l’information géographique aux organisations publiques, à l’industrie et aux citoyens en général. Il offre gratuitement l’accès à la plupart des couches d’information géographique (cadastre, imagerie, MNE, secteur minier, etc.) de la province en service web (WMS) et fichier KML pour les visualiser dans Google-Earth. Certaines applications spécialisées (ex. foncières) sont toutefois sécurisées et payantes.
Site web : http://www.geobc.gov.bc.ca/


Nouvelle-Écosse Canada - Nouvelle-Écosse :
GeoNova Portal

La tarification est établie pour encourager l’utilisation la plus étendue possible de l’information géographique. La tarification est modérée simplement pour éviter les abus dans les requêtes. Avec un support ponctuel provenant de Géoconnexion, GeoNova peut offrir gratuitement plusieurs données en service web (WMS) à toutes ses clientèles (ministère, citoyen, entreprise privée). L’accès est gratuit pour l’information géographique primaire et thématique pour l’ensemble du gouvernement.
Site web : http://www.gov.ns.ca/geonova/home/default.asp


Québec Canada - Québec :

À partir de ces brefs exemples des différents territoires, on peut dégager certains constats par rapport à la situation actuelle au Québec :
- Comme nous l’avons constaté lors du dernier congrès de l’AGMQ, la politique gouvernementale de tarification de la France ressemble à celle en cours actuellement au Québec ;
- Les obstacles et les défis en France et au Québec par rapport à l’IGG se ressemblent à certains égards (ref. 1 et 2) ;
- La plupart des administrations à majorité anglo-saxonne (États-Unis, New-York, Australie, Canada, Colombie-Britannique, etc.) sont très avancées en terme de libéralisation et de diffusion de données gouvernementales gratuites à toutes les clientèles et ce, à travers des guichets uniques ;
- Les exemples plus haut démontrent que les stratégies de diffusion sont, en général, les mêmes pour les différentes clientèles (gouvernement, entreprise privée, citoyen), seulement le type de données, le coût et le type d’accès diffèrent ;
- Le Québec est une des régions qui ne diffuse pas, à grand déploiement, ses données gouvernementales en service web interopérable à ses clientèles (ex. WMS, WMS-C, WFS, WCS) ;
- La communauté québécoise n’est pas pleinement et activement intégrée dans le mouvement des normes internationales en géomatique (ex. Open Geospatial Consortium), quand on la compare à ses voisins ;
- La communauté québécoise n’est pas suffisamment informé sur les normes OGC et les tendances fortes chez nos voisins (guichet unique, diffusion élargie, accès direct aux ressources techniques, participation forte des citoyens à l’IGG, etc.) ;
- La communauté québécoise ne dispose pas d’outils et de services communs intégrant toute l’information gouvernementale disponible (comme la France ou les États-Unis) et qui permettrait de voir (ex. navigateur) et/ou de questionner (ex. géolocalisateur) les bases de données multi-sources sur différents secteurs du territoire et ce, pour différentes thématiques (ex. infrastructure, centre de service, sécurité civile, etc.) ;
- La communauté québécoise doit faire face à une compétitivité très forte par rapport à ses concurrents (provinces voisines, gouvernement fédéral, entreprise privée, etc.) en terme de service de diffusion.

En somme, l’initiative de l’ACRI au Québec semble être une belle façon pour l’État québécois d’être plus ouvert, interopérable, intégré et de rendre plus flexible la diffusion de l’IGG au Québec. L’ACRI semble très prometteur pour la suite des choses et sa vision répond parfaitement aux constats identifiés plus haut. Voici les principes de base de l’ACRI :
- Les données géographiques doivent être recueillies auprès des producteurs responsables de celles-ci, lesquels exercent des responsabilités complémentaires de production ;
- Il faut favoriser l’interopérabilité, l’intégration et la réutilisation des données géographiques ;
- Il est avantageux de conserver et de partager notre patrimoine informationnel ;
- Il faut favoriser le travail en réseau et la production en commun de l’information géographique ;
- Des outils et des services communs doivent être mis en place ;
- Il faut favoriser le partage sans tarification des données géographiques entre les MO et leurs réseaux respectifs qui peuvent contribuer à l’approche.

Commentaires

[...] "MAMROT" se prononce sans le « T » ! Autre lecture : L’article du mois dernier, intitulé « Le monde des services de diffusion de l’information géographique gouvernementale en 2009 », est issu des efforts d’un de ces comités et, plus particulièrement, d’un de ses [...]

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