FOSS4G 2010
Abonnez-vous à nos bulletins

Article

OpenStreetMap : L’information géographique issue de la collaboration de masse

Que faites-vous ce weekend ? Si vous êtes comme Richard Weait, de Kitchener en Ontario (Canada), il y a de bonnes chances que vous partiez en excursion afin de cartographier les éléments les plus divers de votre entourage, allant d’un nouveau tronçon de piste cyclable, à un nouvel arrêt d’autobus. Armé de son GPS personnel, ce mordu des technologies libres et des projets collaboratifs sillonne sa région en voiture 15 à 20 fois par an pour collecter les coordonnées ou des informations sur le terrain, qu’il téléversera par la suite dans OpenStreetMap, un projet de cartographie libre à l’échelle mondiale, construit pratiquement exclusivement à partir de la contribution de 62 000 individus comme lui, impliqués un peu beaucoup ou passionnément.

Bonne idée trouve toujours preneur…

Si OpenStreetMap est aujourd’hui considéré comme un phénomène unique en son genre, c’est certainement grâce à sa communauté de volontaires en plein essor, répartie de par le monde, et qui année après année, s’est investie pour construire une carte du monde, ou plutôt de parties du monde.

En 2004, l’idée d’un tel projet a germé dans la tête de Steve C. Coast, un jeune professionnel du logiciel qui s’amusait à recueillir les coordonnées de certains éléments de sa localité (il est originaire du Royaume-Uni) et qui s’est vite rendu compte des limitations de la cartographie que l’on retrouve sur le marché.

C’est que des compagnies productrices de données telles que Navteq (acquise par Nokia) et Tele Atlas (acquise par TomTom) investissent temps et ressources pour recueillir des données, et les mettent sur le marché avec pour but, la rentabilité. Quiconque utilise des données commerciales de ce type doit donc se soumettre à des conditions d’utilisation sévères. « Si vous voulez utiliser des données de l’un ou l’autre de ces fournisseurs, disons sur votre site Web, vous ne pouvez changer quoi que ce soit, pas même la couleur d’un élément, ou corriger quelque chose », affirme Steve Coast. Ce qui est regrettable, car des erreurs sont soi-disant insérées délibérément par les producteurs, justement pour piéger quiconque ferait un usage non convenu des données. D’autre part, des organisations gouvernementales produisent aussi des données cartographiques qu’il est possible de se procurer, mais elles ne sont pas gratuites… C’est donc suite à ce constat que Steve a mis sur pied OpenStreetMap, qui se distingue de tout ce qui se faisait à l’époque. Construite presque exclusivement à partir de la contribution de volontaires et cartographes amateurs, la carte OpenStreetMap est la seule qui soit libre de tous droits. Ainsi, les individus ou entreprises qui le veulent peuvent donc utiliser les données OSM sans frais, et les traiter selon leurs besoins, les plus divers, inattendus et créatifs soient-ils, en vertu de la licence d’utilisation de type Creative Commons « Partage des Conditions Initiales à l'Identique ».

Démocratisation des outils = démocratisation des données

L’un des éléments ayant contribué à OSM tel qu’on le connaît aujourd’hui, est sans doute la baisse des prix des appareils personnels de positionnement par satellites (GPS), qui a engendré une prolifération rapide des utilisateurs.

Ainsi, le positionnement n’étant plus réservé à des professionnels aguerris, il est devenu de plus en plus courant de l’intégrer aux loisirs, aux activités de plein air, et à l’entraînement. De nouvelles activités réellement centrées sur la localisation ont même vu le jour (comme le GéoCaching). Tout naturellement, de simples utilisateurs sont devenus des observateurs privilégiés d’une réalité sur le terrain, dotés de la capacité de créer rapidement des données, qui pourraient servir à la communauté.

OSM donne donc la possibilité à toute personne de devenir le cartographe de sa région. Comme le mentionne Richard Weait, qui est aussi l’un des instigateurs du Ontario Linux Fest, et qui ne manque jamais d’initier de nouveaux adeptes à chaque fois qu’il le peut, rien ne bat le pouvoir de la masse. Une logique que partage d’ailleurs Yves Moisan, un nouvel adepte de Sherbrooke. « Je demeure dans un quartier en plein développement. J’ai regardé Google Earth, Navteq 2008 et 2009. Il manque des bouts de rues, parfois même des rues complètes. D’autres rues n’ont pas la bonne géométrie ou la bonne toponymie. » Selon lui, il n’y a pas une organisation privée qui peut rivaliser avec le savoir rassemblé par les gens sur le terrain. « J’organise donc sous peu un micro-party pour impliquer mon voisinage dans la collecte de données et compléter assez rapidement la cartographie de notre quartier. »

Où en est la carte mondiale OSM ?

Quatre ans après sa création, qu’en est-il de la cartographie libre du monde ? Lors de notre conversation téléphonique, Steve Coast s’est montré impressionné par la progression de la cartographie dans certains pays : « OpenStreetMap compte plus de 5000 éditions mensuellement. La couverture de l’Allemagne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni avance particulièrement bien. Je croyais même que la cartographie du Royaume-Uni serait complétée d’ici la fin de l’année, mais quelques mois supplémentaires seront encore nécessaires », a-t-il affirmé. Et signe révélateur de la popularité croissante du mouvement, 20 000 nouveaux contributeurs se sont ajoutés depuis le moment où nous avons parlé à Steve, à la fin juillet (voir les statistiques mises à jour à chaque mois). D’après lui, si la tendance remarquée dans le passé se maintient, le nombre de contributions devrait continuer à doubler à tous les 5 mois. À ce rythme, à la fin 2009, c’est plus de 50 000 contributions de données par mois qui seront apportées à OSM.

Dans la plupart des cas, les contributions à OpenStreetMap proviennent d’individus, comme Richard et Yves, qui partent avec un GPS et un carnet de note, bien décidés à quadriller un petit coin de leur environnement.

Mais pour couvrir vite et bien un vaste territoire, du moins avec les données de base sur les infrastructures routières, OSM a pu compter sur l’implication de grands propriétaires d’information, prêts à faire des dons d’importance. Il y a tout d’abord eu Yahoo!, qui à la fin 2006, a accepté de prêter son imagerie aérienne à la fondation OSM, afin que l’on puisse l’utiliser pour tracer des éléments comme des routes.

Les États-Unis ont quant à eux pu gagner une longueur d’avance grâce à l’intégration des données brutes produites par le bureau de recensement du gouvernement américain, confiées au domaine public. Connues sous le nom de base de données TIGER (Topologically Integrated Geographic Encoding and Referencing), ces données libres de droits ont grandement aidé à fournir une cartographie de base à l’échelle du pays, sur laquelle les contributeurs peuvent désormais s’appuyer.

Les Pays-Bas ont aussi pu bénéficier d’un geste plutôt inattendu de la part de la compagnie AND, une société productrice de données cartographiques numériques, basée à Rotterdam (Pays-Bas), qui a décidé en 2007 de faire le don à OSM de toute la cartographie du réseau routier du pays. Faisant face à une concurrence féroce, et particulièrement aux Pays-Bas, aussi le pays hôte de Tele Atlas, la compagnie s’est offerte ce coup d’éclat qui a grandement servi la communauté OSM. Le communiqué émis par AND à l’époque mentionnait aussi le don à OSM des artères principales de la Chine et de l’Inde.

Éventuellement, le Canada pourrait bien lui aussi tirer parti d’une semblable contribution de la part du gouvernement, via Ressources naturelles Canada et son programme d’accès aux données GéoBase. « Des discussions sont actuellement en cours entre des membres de la fondation OSM et du gouvernement canadien pour évaluer les possibilités, sinon régler tous les détails légaux d’un tel don » mentionne Richard Weait. Procédure qui, si elle débouche, ferait du Canada le pays le plus vaste entièrement cartographié dans OSM.


Capture d’écran montrant l’état actuel de la cartographie OSM pour Montréal (Québec).

Et pour ceux et celles qui croient la cartographie de leur environnement suffisamment complète, vous pouvez toujours jeter un coup d’œil au projet d’adressage, qui vise à capter le numéro civique de chaque maison afin de le rendre disponible dans OSM.


Évolution de la cartographie de Paris dans OSM, depuis les deux dernières années, tel que présenté par Geofabrik.

Bémols

Mais quel niveau de confiance un utilisateur, individuel ou corporatif, peut-il accorder à des données collectées par des individus amateurs en la matière ? On retrouve sur le site d’OSM un guide pour les débutants afin de convenir d’une certaine procédure à respecter dans l’exercice de contribution. Mais plusieurs aspects peuvent encore être abordés ici.

  • Couverture géographique : le premier élément qui peut être noté est inhérent au modèle de développement d’OSM qui repose sur l’implication volontaire. Il s’agit de l’hétérogénéité de la couverture géographique. Un peu comme un « patchwork », alors que pour des zones spécifiques (villes, portions de villes) la cartographie OSM peut sembler assez complète, il peut ne pas en être de même lorsqu’un territoire plus grand est considéré (région, comté, pays), ou lorsqu’on se déplace ailleurs sur le globe;
  • Contenu : Bien entendu certains éléments figurent de façon standard dans la carte OSM (comme les voies carrossables), mais le large éventail d’éléments qu’il est possible de recenser (du pub au pylône électrique en passant par la boîte postale) fait en sorte qu’il est difficile de s’assurer de l’homogénéité de contenu d’une zone à l’autre, et encore plus de l’exhaustivité du recensement d’un type d’élément. Comme la méthodologie d’acquisition d’information d’OSM repose sur des contributeurs volontaires, du temps qu’ils ont à investir, de leurs champs d’intérêt et de leur motivation personnelle, le résultat final en termes de contenu peut être variable;
  • Exactitude : Comme c’est le cas avec tous les projets collaboratifs, tels que Wikipedia, la question de l’exactitude des données tant au niveau spatial que des attributs en est un d’importance. Steve Coast précise à ce sujet que OSM ne donne aucune garantie sur l’exactitude des données, d’ailleurs tout comme la plupart des fournisseurs officiels de cartographie. En fait, ce « risque » est contrebalancé par les avantages du modèle participatif. Si un individu, par accident ou par mauvaise intention, introduit une erreur dans OSM, les autres utilisateurs pourront la rectifier.

Offre commerciale

Quiconque désire utiliser les données d’OSM peut le faire (voir comment). Selon l’objectif poursuivi par un utilisateur, différents niveaux de connaissances techniques peuvent être nécessaires.

La maturité des données OSM donne aussi naissance à une offre dédiée, qui vise à combler le fossé entre les données et leur utilisation à des fins commerciales. Steve Coast en sait quelque chose. Convaincu de la valeur ajoutée des cartes OSM, CloudMade, l’entreprise qu’il a co-fondée l’an dernier, vient justement de recevoir 2,4 millions d’euros lors de sa première ronde de financement. La jeune entreprise développe essentiellement des API basées sur OSM. Pour l’instant, l’équipe propose une API qui permet d’incorporer une carte OSM sur un site Web ainsi qu’une version pour mobile.

Geofabrik, une jeune firme allemande a aussi développé son offre autour des données OSM. Fondée fin 2007 par deux fervents contributeurs à OSM, elle offre tant des services de consultation, de la formation que du développement logiciel. À l’image de ces deux exemples, gageons que d’autres entreprises verront le jour autour des données libres d’OSM.

OSM en action

L’utilisation des données OSM progresse rapidement sur le Web. En se concentrant sur une région ciblée, des volontaires le moindrement organisés (et bien décidés) peuvent en arriver à créer rapidement la cartographie d’un lieu qui peut surpasser les données officielles, tant du côté des éléments spécifiques collectés que de la couverture géographique comme telle. Déjà, lors des jeux olympiques de Pékin, CNet avait rapporté que le site de partage de photos Flickr faisait désormais appel à la cartographie OSM pour les zones où les données de Yahoo! utilisées habituellement étaient déficientes.


Pékin dans Flickr, avant et apr`s le recours à OSM. Crédit photo: Yahoo inc. / CNET.

D’autres cas récents incluent la cartographie du site de Burning Man, la cité nomade du Névada qui accueille près de 50 000 résidents temporaires, le temps du festival. Pour ce genre de situation, il serait naturellement impensable d’obtenir toute les informations cartographiées autrement que par un mouvement du type OSM.

Dernier exemple, plus sérieux cette fois, est la création d’OpenCycleMap, une carte dédiée au cyclisme à l’échelle mondiale, mise à jour de façon hebdomadaire. Le projet OpenCycleMap a retenu l’attention tout récemment, en recevant une mention de la société anglaise de cartographie.

Conclusion

La cartographie en ligne (Google Maps, Live Search, Yahoo! Maps) est désormais un incontournable de nos vies branchées, reléguant au second plan, et de façon irréversible (ou presque), les cartes papier. Les citoyens peuvent désormais tenir un rôle actif dans la collecte d’information sur leur environnement, et mettre cette dernière en commun. Le travail des uns et des autres s’additionnant, une représentation globale du monde est en construction. Difficile de ne pas être en faveur d’un tel mouvement, qui mise sur les bonnes intentions de milliers de personnes qui veulent faire leur part, petite ou grande, dans la cartographie du monde.

En tout et pour tout, l’évolution de ce projet de données libres semble suivre celui du développement des logiciels libres, avec ses réussites et ses embûches, ses défauts et ses avantages. Alors qu’il peut sembler plus évident d’identifier ce qui cloche dans un logiciel et de le corriger, ce n’est peut-être pas si facile à faire pour les données. Comme avec toutes données, l’historique de la création et des mises à jour ainsi que les métadonnées deviennent primordiales pour mieux cerner le niveau de confiance que l’on peut leur accorder.

OpenStreetMap est donc un bel exemple d’intelligence collective et de collaboration de masse, qui commence à faire ses preuves, bien qu’il y ait toujours de la place pour les données commerciales, qui ont leurs défauts (prix et restrictions) mais peut-être aussi l’avantage d’être constituées selon un processus standardisé et uniforme.

Terminons enfin sur la vision de Mary Spence, la présidente de la société anglaise de cartographie, qui a affirmé récemment qu’un projet comme OSM peut aider une nation à conserver son « ambiance sur carte », en continuant d’inclure, contrairement aux applications cartographiques en ligne, les éléments qui lui confèrent une personnalité, comme les musées, monuments, bibliothèques, etc.

Informations complémentaires :

  • Point de vue de Steve Coast (OSM) sur le positionnement d’OpenStreetMap vs le programme Map Maker de Google;
  • Vous voulez participer ? Rencontres de cartographie OpenStreetMap prévues sous peu;

Commentaires

[...] [7]http://media.baliz-geospatial.com/fr/article/openstreetmap-l-information-geographique-issue-de-la-co... [...]
[...] raster de l'IGN parmi ceux évoqués ici ) 6. http://georezo.net/forum/viewtopic.php?pid=112587 7. http://media.baliz-geospatial.com/fr/article/openstreetmap-l-information... 8. http://wiki.openstreetmap.org/index.php/FR:Main_Page 9. [...]
[...] raster de l'IGN parmi ceux évoqués ici )6. http://georezo.net/forum/viewtopic.php?pid=112587 7. http://media.baliz-geospatial.com/fr/article/openstreetmap-l-information...8. http://wiki.openstreetmap.org/index.php/FR:Main_Page 9. [...]
[...] OpenStreetMap pour les données routières et autres données vectorielles, après OpenAerialMap pour [...]
[...] OpenStreetMap pour les données routières et autres données vectorielles, après OpenAerialMap pour [...]
[...] OpenStreetMap pour les données routières et autres données vectorielles, après OpenAerialMap pour [...]
[...] OpenStreetMap pour les données routières et autres données vectorielles, après OpenAerialMap pour [...]

Poster un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ est gardé secret et ne sera pas montré publiquement.
Afin de prévenir le spam, veuillez entrer le code de l'image.

Trouver

S'informer

Événements

« septembre 2010 »
dim.lun.mar.mer.jeu.ven.sam.
1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930

Commentaires récents

Partenaires institutionnels

BALIZ Conseil // BALIZ-MEDIA.com // GEO-FR.com
Accueil // Articles // Blogue // Communiqués de presse // Direct // Emplois // Événements // Fusion
Annoncer // À propos // Contact
Copyright © 2007 BALIZ inc. Tous droits réservés.
Politique de confidentialité | Conditions d'utilisation