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Partenariat entre l’industrie du géospatial, les agences gouvernementales et la recherche: Le Canada sert de modèle

Qu’arrive-t’il lorsque des chercheurs universitaires, des industriels, des décideurs, des agences gouvernementales et des citoyens s’assoient à la même table pour discuter d’une problématique réelle et des pistes de solutions ? Que se passe-t’il lorsqu’ils joignent leur savoir, leurs moyens et tiennent compte du marché ? Des retombées qui servent vraiment la communauté et qui influencent réellement la vie des gens …

La recherche qui bénéficie à la société

C’est en tout cas ce qui se produit avec GEOIDE, le Réseau de centres d’excellence en géomatique. GEOIDE est membre du programme des RCE (Réseaux de centres d’excellence), qui, comme décrit sur leur site Web, sont des partenariats uniques entre les universités, l'industrie, le gouvernement et les organismes à but non lucratif. Les RCE visent à transformer la recherche et le talent entreprenarial canadien en avantages socio-économiques pour tous les Canadiens. Ces partenariats de recherche pancanadiens, multidisciplinaires et multisectoriels combinent l'excellence de la recherche avec le savoir-faire industriel et l'investissement stratégique. Il existe16 réseaux dans différents domaines au Canada, et GEOIDE est celui qui se concentre sur la géomatique.

Fondé en 1998, GEOIDE regroupe 133 chercheurs de 32 universités canadiennes, 40 industries et 37 agences gouvernementales. De plus, des organismes et chercheurs de l’étranger collaborent aux projets qu’il finance. Ses bureaux administratifs sont basés à l’Université Laval à Québec (QC, Canada). La mission principale de GEOIDE est de guider la recherche et le développement de nouvelles technologies et méthodes en géomatique et en favoriser l’adoption. GEOIDE sélectionne et subventionne des projets multidisciplinaires proposés en réponse aux enjeux auxquels fait face le Canada (voir les axes et domaines de recherche ici).

Sa création a influencé la façon dont la recherche est pensée et effectuée au Canada. Ceci est dû au fait que les projets qui sont sélectionnés par les comités directeurs de GEOIDE doivent répondre à des critères stricts. Par exemple, chaque projet, qui peut avoir une durée allant de quelques mois à quelques années doit répondre à un réel besoin identifié par les communautés ou par les représentants de l’industrie ou du gouvernement qui sont au fait des problématiques et de la demande dans le domaine géospatial.

Contrairement au modèle traditionnel, où la recherche s’effectue sans pour autant qu’il y ait retombée directe pour la société, les projets de GEOIDE s’inscrivent dans un effort pour rassembler l’expertise et les connaissances des différents acteurs en géospatial. De cette façon, on peut davantage s’assurer qu’au terme de chaque projet, il y ait débouché sur des bénéfices tels que l’élaboration de nouveaux produits ou solutions commercialisables, la création d’emplois, l’influence des politiques gouvernementales, touchant l’environnement par exemple, ou encore l’amélioration des services à la communauté.

Un modèle canadien qui inspire à l’étranger

Après presqu’une décennie à appliquer et mettre au point ce type de collaboration, GEOIDE s’est établi comme référence, et des regroupements étrangers se tournent maintenant vers lui pour tirer profit de son expertise. Ainsi, des réseaux en géomatique se sont matérialisés, basés sur le modèle canadien GEOIDE.

Le professeur Nicholas Chrisman, qui agit comme directeur scientifique du Réseau GEOIDE depuis trois ans, partage avec plaisir son expérience avec des chercheurs qui désirent en connaître davantage sur GEOIDE, afin de pouvoir à leur tour proposer dans leur pays des collaborations multidisciplinaires et multisectorielles basées sur le même modèle.

« Le Réseau GEOIDE canadien est très fier que son modèle reçoive autant d'intérêt de partout dans le monde. Les réseaux australien et néerlandais ont basé leurs demandes de subventions sur le modèle préconisé par GEOIDE », ajoute M. Chrisman. « GEOIDE a tissé des liens avec neuf réseaux partenaires à l'international (en Australie, Pays Bas, France, Irlande, Mexique, États Unis, Union Européenne, et les pays d'Amérique Latine). Nous sommes en train d'élargir nos contacts avec plusieurs autres réseaux en voie de création (entre autres en Corée du Sud, Espagne, Japon, Brésil et Iran », rajoute-il.

Plus particulièrement, le RGI (site en néerlandais), au Pays-Bas a entrepris il y a quelques années d’impliquer sur des projets communs des représentants de l’industrie, des agences gouvernementales et de la communauté, tout comme le fait GEOIDE. Résultat, les chercheurs mettent depuis leur énergie à trouver des éléments de réponses à des problématiques réelles, telles qu’exprimées par le public concerné. De cette façon, les bénéfices de la recherche peuvent être mesurés par tous, et les bonnes idées ne restent plus dans les laboratoires. C’est une fierté pour GEOIDE et pour les RCE en général de pouvoir servir de modèle et influencer la façon dont la recherche est pensée ailleurs dans le monde, en impliquant les parties prenantes dès l’élaboration du projet.

La France et GEOIDE

En France, par exemple, des discussions ont démarré il y a de cela deux ans entre la direction scientifique de GEOIDE et un groupe de chercheurs français (SIGMA) en géomatique, qui cherchait le moyen de créer des retombées positives pour la société française. Le modèle de GEOIDE, qui avait déjà porté fruit a inspiré les professeurs Michel Mainguenaud, de l’Institut National des Sciences Appliquées de Rouen (INSA-Rouen) et Christiane Weber, de l’Université Louis Pasteur à Strasbourg, qui ont entamé, avec les membres de leurs groupes, un processus pour impliquer l’industrie et les agences gouvernementales. Ce processus influence non seulement la manière dont la recherche s’effectue, mais agit comme un levier et surtout développe les réflexes des individus en ce qui concerne des aspects d’entreprenariat, d’échanges de savoir et de formation. Depuis, différents acteurs français, comme le Conseil national pour l’information géographique (CNIG), l’Institut géographique national (IGN), l’AFIGéo, en collaboration avec le GDR SIGMA et le GDRE-S4 participent aux discussions afin de concrétiser ce « GEOIDE à la française », comme on l’appelle à l’interne pour l’instant.

Photo prise à Banff (AB, Canada) en juin 2006, lors d’une rencontre spéciale sur « La collaboration entre les organisations de recherche en géomatique », où des représentants d’instituts et groupes de recherche des quatre coins du monde se sont réunis pour échanger sur le potentiel et les possibilités de travailler « en réseau ». Première rangée; John Wilson (UCGIS, Etats-Unis), Peter Woodgate (CRC-SI, Australie), Monica Wachowicz (AGILE, Union Européenne), Nicholas Chrisman (Réseau GEOIDE, Canada), Ronan Foley (National Centre for Geocomputation, Irlande). Deuxième rangée: Harlan Onsrud (GSDI, Association internationale), Michael Goodchild (NCGIA, État-Unis), Arnold Bregt (RGI Space for Geo Information, Pays-Bas), Keith P.B. Thomson (Réseau GEOIDE, Canada), Michel Mainguenaud (INSA-Rouen, France) et Santiago Borrero (Instituto Panamericano de Geographia e Historia, Mexique).

Retombées concrètes du travail en Réseau

Le programme d’investissement de GEOIDE profite de bien des façons aux Canadiens. Par exemple, à Ucluelet, une petite municipalité située sur une presqu’ile au sud-ouest de l’ile de Vancouver, la planification des mesures d’urgence à grandement changé, suite à un projet appelé « Estimation de pertes et planification des mesures d’urgence dans le cas d’une alerte au tsunami » qui visait à mettre à l’épreuve les scénarios d’évacuation prévus en cas de Tsunami. De par sa situation géographique, l’étendue de sa population et son relief variable et accentué, Ucluelet et sa population sont vulnérables à un tel événement. Pour ce projet, des chercheurs de l’Université Simon Fraser et de l’University of British Columbia se sont réunis avec des représentants du Provincial Emergency Program et les autorités de la ville d’Ucluelet, afin de modéliser l’effet d’un tsunami et de calculer les temps pour les résidents pour évacuer et rejoindre le centre de secours qui leur est attribué. L’étude a entre autres démontré que pour les résidents d’une zone de la ville, il serait complètement impossible de se rendre au point de secours à temps, et suite à ce constat, les autorités ont modifié les directives en cas d’urgence pour la population.

En incitant sur les aspects de développement de marché, GEOIDE a contribué à la création de nouvelles entreprises, entre autres : SimActive, GeoTango, NSim, MioVision, Absolute Mapping Solutions.

Note : L’auteure tient à mentionner qu’elle a travaillé au centre administratif du Réseau GEOIDE de 2001 à 2007.

Reproduit avec la permission de Directions Media.
Rédigé par Nathalie Michaud, BALIZ inc. en novembre 2007 pour Directions Magazine français.

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