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Retour sur GeoWeb 2008 : le contexte est le royaume!

GeoWeb 2008Le moment de l’année était bien choisi mais le thème aussi. C’était les 23, 24 et 25 juillet qu’avait lieu l’événement GeoWeb 2008 à Vancouver, organisé par Galdos Systems avec le support de GITA, et dont le thème était : « Infrastructure : Local to Global ». C’est en tant que partenaire média que j’ai assisté pour la première fois à cette conférence qui en était à sa 7e édition (appelée GML Days les quatre premières années).

J’ai apprécié cette conférence entre autres parce qu’elle ne tournait que très peu autour de solutions technologiques et davantage sur l’inévitable et les bonnes pratiques. Il n’y a pas eu de grandes annonces, de grands lancements, de grandes révélations mais plutôt une addition de présentations qui convergeaient toutes vers trois principaux messages que je résume ainsi :

  1. Vous pouvez compter sur Google et Microsoft pour « géographier » le Web;
  2. La participation des administrations locales et nationales est urgente et cruciale;
  3. À l’échelle de leurs projets, les architectes et ingénieurs doivent se géoréférencer.

"If content is King, context is the Kingdom"

1. « Géographier » le Web
Bon d’accord, ce n’est pas un verbe mais c’est ma façon de dire que le Web se donne de plus en-plus une conscience géographique. L’information se localise (automatiquement ou manuellement, par géocodage, géotagging et GPS) et côtoie de plus en plus d’autres informations localisées venant ainsi donner du contexte et mieux décrire la géographie des lieux.

Google

Sachant que « Google a pour mission d'organiser à l'échelle mondiale les informations dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous », Michael T. Jones a laissé ce message à l’auditoire :

"The Geospatial Web and its browsers, such as Maps and Earth, have the power of scale in terms of data and users to contextually organize the world's information using the power of place to touch hearts and minds."

En traduction libre, « le GeoWeb et ses différents navigateurs ont « la puissance de la taille » en données et en usagers afin de pouvoir organiser contextuellement l’information sur le monde en utilisant « la puissance des lieux » afin de toucher les gens, dans leur cœur et leur esprit. »

Google veut être l’intermédiaire entre l’internaute et le contenu du Web. Pour le GeoWeb, ce n’est pas différent, Google fonctionne sur du contenu externe issu de partenariats et des internautes, pour alimenter en données géométriques et en information localisée leurs outils Maps et Earth.

Michael T. JonesAprès sa présentation, j’ai discuté un peu avec Michael T. Jones comme l’a fait une dizaine d’autres personnes et nous avons eu droit à une conversation libre sur Google et le Web. Vue de l’extérieur, nous avions tous l’air de « groopies » mais ce n’est tout les jours que l’on peut questionner et entendre un messager haut placé de Google partager la vision corporative de la compagnie qui influence autant le Web et le GeoWeb...

Un message clair : « Google wants to get out of the layer business ». Google n’est pas particulièrement intéressée à assembler, héberger et servir des données géométriques pour toujours… elle le fait par manque d’alternative mais Google Earth devra être vu comme un « browser », une fenêtre sur le GeoWeb et sur l’information que tout autre site ou organisation se charge de diffuser, tout comme MS Explorer et Firefox le font pour les pages Web. « The World is describing itself », le monde se décrit lui-même, les cas très locaux de GeoBC et de la ville de Nanaimo sont de bons exemples. Les programmes Cities in 3D et Map Maker sont aussi des appels au contenu existant et offrent une vitrine aux autorités qui y participent. Pour Michael Jones, il n’est tout de même pas sain qu’une organisation compte uniquement sur Google pour diffuser. Que Google accélère ou amplifie leur message oui, mais pas qu’elle en soit le seul porteur. Supposons que Google anticipe le GeoWeb comme une fédération de serveurs autonomes, utilisant des standards (WMS, WFS, KML) pour collaborer et interagir… comme les serveurs Web le font avec les contenus alphanumériques et multimédia avec le http, le HTML, etc.

Les efforts de Google dans StreetView sont un peu contradictoires avec le fait de ne pas investir dans du contenu alors qu’ils le font en captant des photos de ce qui est visible le long des rues... j’imagine que les revenus potentiels en publicité locale sont assez importants pour qu’ils se tapent ce travail...

J’ai tenté de le faire parler sur la rumeur qui venait de surgir ces jours là, à l’effet que Google achèterait Digg (un ingénieux système collectif de votation faisant surgir les nouvelles du Web ou autre contenu d’intérêt à la surface = première page du site www.digg.com)... Il n’a pas voulu commenter « une rumeur » mais a confirmé que Digg était un bon service et que cela mettait bien en évidence la force de l’intelligence collective... on imaginait tous en souriant l’incroyable potentiel de jumeler le référencement calculé par les algorithmes de Google à la notion de popularité et réputation (trust) amené par les internautes-mêmes. Cette rumeur est semble-t-il morte ici.

Note : Quelques chiffres lancés par M. Jones au début de sa présentation, question d’appuyer son concept de « power of scale » : 1 milliard d’internautes dans les 10 dernières années, 1 milliard de recherches Google par jour, 400 millions d’usagers Google Earth vs 250 millions de membres de réseaux sociaux, 80 milliards de courriels/messages (IM) par jour, 10 milliards de vidéos regardés (stream) par mois aux USA seulement...

Microsoft

Bill GailLe plan de Microsoft semble un peu différent. Microsoft, qui a parfois les mêmes fournisseurs en imagerie et en données routières (NAVTEQ) que Google, a quant à elle clairement décidé de s’investir dans le contenu géospatial. Microsoft semble tenir aux notions d’exhaustivité, uniformité et qualité et c’est pourquoi la compagnie produit elle-même les modèles 3D de plus en plus détaillés des grandes villes et de leurs infrastructures, avec ses méthodes de plus en plus automatisées issues principalement de l’acquisition de Vexcel, et perfectionnées depuis.

"Internet digital globes will include nearly every physical object on Earth...From global to human scales."

Ainsi je résumais la présentation de Bill Gail, VP chez Microsoft. Avec l’annonce qui a suivi cinq jours après, c’est-à-dire la disponibilité gratuitement de l’outils 3D trueSpace , on comprend bien que Microsoft a aussi son plan.

Peut-être que Microsoft réussit moins bien sur le Web que Google mais elle est profondément ancrée dans les organisations (B2B ou B2B2C) et compte sur un solide réseau de partenaires et sa propre communauté de développeurs (.NET). La sortie imminente de SQL Server 2008 avec « cartouche spatiale » et l’efficacité de Virtual Earth représentent un duo dynamique, couvrant bien les deux extrémités (entrepôt et visualisation), couvrant ainsi bien les spécifications que requièrent la majorité des solutions géospatiales.

2. La participation des administrations
L’autre thème marquant touchait la participation au GeoWeb des autorités locales, régionales et nationales. C’est ce qui m’avait frappé dès la première journée et je disais qu’encore une fois, on constate que le défi n'est pas, ou est rarement technologique. Tout tourne autour des modèles de données, des standards aidant à les structurer, à les rendre accessibles (et découvrables) et à assurer les intégrations et les mises à jour... C'est ce qu'un SDI impose comme défi ... Sans compter les aspects culturels et politiques/juridiques de partager ou non l'information géographique.

Salle du GeoWeb 2008Le gouvernement de la Colombie-Britannique était en vedette cette semaine là suite à l’annonce qui mettait de l’avant le site GeoBC et sa section « GeoBC on Google Earth » offrant de visualiser les données de la province à même Google Earth. L’originalité de ce partenariat tient à ce que des données de la Colombie-Britannique seront également hébergées par Google et disponibles dans Google Earth, une première au Canada. Une équipe de GeoBC était sur place pour donner une présentation et animer un stand parmi les autres exposants, principalement des entreprises privées.

Au-delà de ces initiatives, il semble que les standards de l’Open Geospatial Consortium soient de plus en plus utilisés par les agences gouvernementales, supportés par les éditeurs de logiciels et promus par la communauté en général. À ce niveau, les défis sont de moins en moins technologiques ou liés au manque de contenu, mais résident bel et bien dans les bonnes pratiques quant aux façons (politique et processus) de mettre en place un SDI « autoportant » et capable d’être utile à d’autres instances et consommé dans les globes 3D populaires. À ce sujet, notons que l’offre du promoteur de la conférence, Galdos Systems, est « en plein dans le mille ».

3. Le BIM géoréférencé
La conférence comptait une dizaine de présentations touchant le 3D et l’AIC. Autodesk, Bentley, Oracle et Safe Software avaient tous de bonnes raisons d’aborder le sujet de l’intégration CAD et GIS, d’un meilleur support du 3D, de la promotion du standard de l’OGC CityGML, ...

Je ne pense pas que la communauté SIG conventionnelle soit la voix la plus forte et influente en faveur du 3D, en termes de masse critique et de capacité financière ... je pense que ce phénomène est accéléré par deux autres communautés : le milliard d’internautes (dont 400 millions possèdent maintenant Google Earth) et les professionnels de l’industrie de l’AIC. Alors que le 3D est maintenant essentiel à ces deux dernières communautés, ce n’est pas le cas dans la majorité des projets SIG.

Autodesk et Bentley possèdent historiquement des clients dans les CAD et SIG. C’est naturel de voir leurs efforts vers une meilleure intégration et leur gamme de logiciels afin de faciliter les processus de création et de gestion des données requises par l’industrie de l’AIC.

Google et Microsoft veulent continuer à charmer les internautes et la jeune génération à venir qui baigne dans les jeux vidéos 3D depuis leur premier biberon… le monde virtuel qu’ils nous servent maintenant à travers Google Earth et Virtual Earth pousse aussi l’industrie SIG à rapidement supporter le 3D et jouer un rôle au delà de la simple visualisation mais aussi dans l’analyse...

Oracle et Safe Software jouent des rôles d’arrière scène mais essentiels, et sont heureux de faciliter la tâche du CAD vers les SIG, de supporter les modèles de données de chaque industrie, surtout quand la troisième dimension en fait partie...

Finalement, c’est plus de contexte pour tous. Les SIG et globes 3D grand public souhaitent intégrer et offrir toujours plus de détails alors que les projets BIM eux, doivent se donner plus de contexte. L’édition 2009 de GeoWeb aura d’ailleurs comme thème central le « Cityspace » (3D, cityGML, ...).

En conclusion
Tous ces éléments ont en commun la notion d’interopérabilité et l’exploitation des standards de l’industrie, surtout ceux de l’OGC. Ron Lake, l’hôte de GeoWeb, résume ainsi la semaine dans son blogue :

« GeoWeb is not just a fusion of the Web and Geo-technology. It is response to an unmet need in our society to know and express the state of the world. This part of the journey has hardly started. »

... le fait que le GeoWeb n’est pas seulement la fusion du Web et des technologies géospatiales mais une solution à un besoin non satisfait dans notre société de connaître et communiquer l’état de la planète, l’état du monde … et cette aventure ne fait que commencer.

___

Liens intéressants :
Podcasts des invités de marque en ligne ici.
Photos des cinq jours d’activités ici.
Section GeoWeb 2008 sur YouTube pour les réponses des participants aux questions du jour.

Ailleurs dans la presse et la blogosphère :
CADALYST
Building a Better World in GeoWeb 2008, Part 1
Building a Better World in GeoWeb 2008, Part 2

Vector 1
GeoWeb 2008: Infrastructure for Interoperability
GeoWeb Opening Keynote
GeoWeb Morning Keynote Day 2
GeoWeb Morning Keynote Final Day

James Fee
The GeoWeb 2008

Paul Ramsey
GeoWeb: Day 1/2

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