Par: Thierry Badard
Du 24 au 27 septembre dernier, s’est tenu à Victoria, BC la deuxième édition de la conférence « Free and Open Source Software for Geospatial » (FOSS4G 2007, http://www.foss4g2007.org). Cet événement majeur de la communauté du logiciel libre et open source en géomatique a vite grandi et a remporté une fois de plus, un franc succès, en réunissant cette année pas loin de 750 personnes provenant des 4 coins du monde.
Un peu d’histoire ...
Cette édition fait suite à celle tenue en 2006, qui a réuni environ 500 personnes à Lausanne (Suisse) sur le campus de l’EPFL et de l’Université, et qui fut la première du nom sous l’acronyme FOSS4G à véritablement fédérer la communauté.
La conférence FOSS4G réunit ainsi entre autres les communautés Grass , MapServer et Geoserver qui traditionnellement se réunissaient depuis plusieurs années, dans le cadre de conférences utilisateur (user meetings) dédiées :
- Open Source Free Software GIS - GRASS Users Conference en 2002 à Trento, Italie;
- 1st MapServer User Meeting en 2003, à Minneapolis, MN, USA;
- Open Source GIS Conference 2004 & 2nd Annual MapServer User Meeting en 2004 à Ottawa, ON, Canada;
- FOSS/GRASS Users conference (Free/Libre and Open Source Software for Geoinformatics: GIS-GRASS Users Conference) en 2004 à Bangkok, Thaïlande;
- Open Source Geospatial '05 - MUM3 (3rd MapServer User Meeting) en 2005 à Minneapolis, MN, USA.
- Freie und Open Source Software für Geoinformationssysteme (FOSSGIS) en 2006 à Bonn, Allemagne, (en allemand seulement).
Ce regroupement a été encouragé par la création en 2006 de l’OSGeo (Open Source Geospatial Foundation). Cette organisation qui se veut le pendant pour le monde géomatique/géo-informatique de la très connue fondation Apache vise ainsi à aider et à promouvoir le développement collaboratif des données et des technologies géospatiales ouvertes (voir http://wiki.osgeo.org/index.php/OSGeo_fr pour plus de détails en français, sur l’OSGeo son fonctionnement et ses buts). La conférence FOSS4G devient ainsi la conférence officielle de l’OSGeo.
Mais quel est le public d’un tel événement ?
Celui-ci est très varié tant le mouvement du logiciel libre et open source attise la curiosité, suscite d’interrogations et fait couler d’encre. Les « success stories » du logiciel libre ne manquent en effet plus et celui-ci se voit adopté largement par certaines administrations ou entreprises. De plus en plus, celui-ci se place en tant qu’alternative crédible voire parfois bien supérieure ou performante face au logiciel propriétaire (NDLA : ne pas confondre logiciel propriétaire et commercial, un logiciel libre peut être un logiciel commercial, au sens où le libre n’empêche pas de faire de l’argent en vendant des prestations par exemple).
Ainsi, le public de FOSS4G 2007 se compose :
- de curieux (utilisateurs, gestionnaires, développeurs) qui entendent de plus en plus parler de ces logiciels et s’interrogent sur leurs possibilités, les difficultés éventuelles à les prendre en main, à les intégrer dans leur organisation, et se posent des questions sur le modèle économique sur lequel repose ce mouvement (i.e. accès sur le service et non plus la vente de produit uniquement). Ils veulent découvrir certains logiciels, les pratiquer ou se perfectionner (des ateliers pratiques et des laboratoires – plus courts, 1h30 au lieu de 3h00 - sont organisés durant la conférence pour permettre cela, voir http://www.foss4g2007.org/workshops pour accéder à la liste et au contenu des ateliers et http://www.foss4g2007.org/labs pour accéder au matériel didactique des différents laboratoires dispensés);
- de membres de la communauté académique(universitaires, chercheurs, enseignants, etc.) qui ont adopté ces solutions tant pour la formation que pour la recherche du fait de leur gratuité, ouverture, flexibilité et richesse, et en étendent les fonctionnalités ou développent de nouvelles contributions et ont ainsi trouvé dans le logiciel libre un moyen de reverser leurs contributions auprès d’un large public, de collaborer et d’innover.
- et de chefs de projet, développeurs professionnels, consultants et membres d’institutions gouvernementales ou de sociétés qui utilisent ces logiciels ou dont les services sont basés sur ceux-ci.
Si certains membres de cette communauté peuvent être qualifiés d’être de véritables « geeks », i.e. des experts techniques, des développeurs accros qui ne quittent jamais plus de 5 minutes leur clavier sous peine d’être en manque … ils ne constituent pas le plus grand nombre, loin de là. FOSS4G est une conférence accessible et nombreux sont ceux qui contribuent à des degrés divers, à la mesure de leur temps et de leurs connaissances, au développement (pas seulement informatique) de ces logiciels, notamment par l’élaboration de documentation, de tutoriels, par la traduction, l’organisation de formations, d’événements, etc.
Les faits et éléments marquants de cette édition
Ce qui pourrait qualifier le mieux cette édition, et je rejoins là l’avis de Mme Adena Schutzberg de Directions Magazine, est le sentiment de maturité et de confiance qui ressort de cette conférence : maturité de la conférence tout d’abord mais aussi de ce qui a été présenté, parfois très innovant mais toujours très en lien avec les attentes du milieu, maturité également du modèle économique et confiance en celui-ci, et enfin confiance de la communauté et de son avenir. Cette confiance justifiée a été renforcée par le nombre record de participants à cette édition, mais aussi par le nombre important de présentations (120 conférences ont été données alors qu’environ 216 propositions ont été soumises, les résumés et transparents des présentations sont disponibles ici) et enfin par la présence pour la première fois d’acteurs majeurs du domaine géospatial ou informatique non libre qui s’intéressent de plus en plus à ce mouvement, à cette communauté, au titre desquels on peut citer Google ou ESRI. Ils viennent ainsi rejoindre des sociétés comme Safe ou Autodesk. Rappelons que ce dernier avec le dépôt de MapGuide en open source a contribué fortement à l’accroissement de la visibilité de l’OSGeo. Ils ont contribué à cette édition soit à titre de commanditaire, d’exposant ou de présentateur, parfois même les 3 et sont venus donc renforcer les rangs de sociétés majeures ou montantes dans cette communauté active et innovante telles Refractions Research (dont le très connu directeur, Paul Ramsey – voir photo – était le président du comité d’organisation local de la conférence), DM Solutions, Orkney, Mapgears, Camptocamp, Makina Corpus ou encore Geomatys.

Paul Ramsey à FOSS4G (photo tirée du site de FOSS4G 2007)
L’éducation a également été une préoccupation forte de cette édition de la conférence : la mise en commun de ressources pédagogiques, le récit et le partage d’expérience de mises en place de solutions libres dans les institutions de formation de par le monde, la constitution de boîtes à outils géomatique prêtes à l’emploi, basées sur des distributions Linux (sous forme de LiveCD géomatique) a tenu une grande place dans les discussions notamment lors de la réunion du comité Éducation de l’OSGeo. À noter également que cette année, 16 étudiants de par le monde, sélectionnés par l’OSGeo se sont vus financer par le programme Google Summer of code afin de participer au développement de projets libres en géomatique tels que GDAL, GRASS, GeoTools, PostGIS, uDig et GeoServer (voir ici pour accéder à la liste des projets financés). Un francophone, Christophe Rousson (voir photo), étudiant au doctorat du Département des sciences géomatiques de l’Université Laval à Québec (Canada) faisait partie de l’aventure. Comme ses 15 autres collègues, il a présenté le résultat de ses travaux de développement lors de la conférence et a animé le très visité stand Google.

Christophe Rousson, candidat au doctorat en sciences géomatiques, à l'Université Laval (photo tirée du site de FOSS4G 2007)
Sinon, cette édition a vu également l’officialisation de la représentation Francophone de l’OSGeo. Celle-ci couronne les efforts et le travail conséquent effectué par ses membres, ces derniers mois, notamment au travers de sa liste de discussion (voir ici pour s’inscrire ou accéder aux archives) pour donner corps à cette représentation et la faire reconnaître. Celle-ci s’est récemment dotée d’un bureau de direction, Yves Jacolin en a été élu président. La représentation Francophone a été très active et a notamment réalisé de nombreux travaux de traduction en français que ce soit pour le site web de l’OSGeo, de ses plaquettes de présentation, de son journal (voir ici pour le premier volume, la traduction du 2ème volume est en cours) ou des annonces de sortie de telles ou telles versions d’un logiciel soutenu par la fondation. Une première réunion des membres présents à Victoria s’est également tenue (voir compte rendu ) et a permis à tous de mettre des visages sur des noms (ou des adresses courriels). Cette représentation ayant pour originalité (mais c’est aussi un défi) de rassembler autour de la langue et non autour d’une appartenance géographique, ses membres, qui sont en effet dispersés dans différents pays. Les occasions de se rencontrer, de se rassembler, de discuter et d’échanger de vive voix sont rares, mais la représentation Francophone travaille sur ce dossier, à savoir celui de la communication, de la promotion et de la visibilité de la géomatique libre en français. En effet, outre une participation à venir au premier colloque GéoTunis, qui doit se tenir du 15 au 17 novembre 2007, et fort du succès du village open source organisé lors de l’édition 2007 du Géo-Événement en France, la représentation s’interroge sur l’organisation potentielle (en complément ou en remplacement d’une nouvelle participation au Géo-Événement) d’un FOSS4G Francophone fin 2008 ou tout début 2009. La ville de Nantes en France pourrait accueillir cette première édition de ce qui pourrait rapidement devenir l’événement majeur de la géomatique libre francophone.
Enfin, au chapitre des tendances, cette édition de la conférence FOSS4G a été marquée par un recul (vis-à-vis de l’édition 2006) assez surprenant du nombre de présentation en lien avec la gestion ou la visualisation de données 3D. Les applications démontrées lors de cette édition ont porté beaucoup sur les notions d’interopérabilité, de mise en place d’infrastructure de données géospatiales respectant des normes et mettant en oeuvre de façon plus ou moins innovante des services Web. Dépassant la mise en œuvre d’applications de Web mapping ou de mise à disposition de données ou de métadonnées, certaines présentations ont montrés des extensions intéressantes aux standards tels WFS, WMS ou WCS, comme par exemple pour permettre la gestion de la dimension temporelle ou de données multidimensionnelles. La notion assez récente de service Web de traitement (OGC Web Processing Service, WPS) a été également l’objet de quelques présentations (voir ici, ici ou encore ici). La mobilité et la mise au point d’outils permettant le travail collaboratif a également été au cœur de quelques présentations. Enfin, la présentation d’outils ou de travaux innovants et prometteurs mêlant notamment Business Intelligence et géomatique (voir par exemple ce résumé ou celui-ci) a aussi été fortement remarquée.
Prochaines éditions
La prochaine édition de la conférence, FOSS4G 2008, se déroulera au Cap en Afrique du Sud, du 29 septembre au 3 octobre 2008. À noter également, qu’en parallèle du travail d’organisation de l’événement en 2008, le comité OSGeo de la conférence vient tout juste de publier son appel à proposition de candidature pour l’accueil de la conférence en 2009 . A vos claviers donc !
À propos de l'auteur
Le Dr. Thierry Badard est professeur au Département des sciences géomatiques de l’Université Laval. Chercheur régulier et membre du bureau de direction du Centre de Recherche en Géomatique (CRG), il est également chercheur régulier du RCE GEOIDE. Ses intérêts de recherche portent principalement sur les architectures orientées services (web), les services basés sur la localisation (LBS), les bases de données géo-décisionnelles et la mobilité.
Le groupe de recherche qu’il dirige (GeoSOA) vise ainsi à concevoir des solutions interopérables, distribuées et réparties permettant une meilleure prise de décision dans un contexte de mobilité. Évaluateur pour plusieurs revues et congrès scientifiques internationaux, il est également responsable du projet de formation continue sur les normes internationales en géomatique (ISO & OGC) et administrateur du projet open source GeOxygene dont il a piloté la conception et les développements. Membre du « conference committee » de l’OSGeo et de la toute nouvelle représentation Francophone de cette fondation dédiée à la géomatique libre, il est depuis longue date un membre actif de la communauté open source et un de ses fervents supporters. Les cours qu’il dispense à l’université comme en formation continue, mêlent d’ailleurs solutions libres et propriétaires afin de permettre aux étudiants de se pratiquer et de se forger une expérience solide avec le meilleur des deux mondes. Cliquez ici pour en savoir plus.
Reproduit avec la permission de Directions Media.





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