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Trafic grandissant dans l’espace : la télédétection en pleine évolution

Il n’y a de cela que quelques années, les images provenant de satellites étaient réservées aux spécialistes et aux chercheurs, c’est-à-dire à la communauté d’initiés qui s’en servaient pour des applications diversifiées et utiles, oui, mais peu popularisées. Avec l’avènement des outils de cartographie en ligne et des globes virtuels, l’imagerie fait désormais partie du paysage courant, dressant un pont entre science et communauté, entre données et information. Jamais auparavant la télédétection n’a connu une telle adoption.

Cette démocratisation de la télédétection était d’ailleurs très perceptible lors du dernier congrès de l’Association québécoise de télédétection (L’AQT), où chercheurs académiques et gouvernementaux côtoyaient des gens de l’industrie, œuvrant dans le développement et l’exploitation de capteurs spatiaux commerciaux et les technologies géospatiales. Réunis pour deux jours (30 avril et 1er mai dernier), les participants de partout au Québec et d’ailleurs ont pu entendre des conférenciers spéciaux de l’Agence spatiale canadienne, DigitalGlobe, GeoEye, et du Centre canadien de télédétection, et partager les plus récentes avancées de projets appliqués ou de recherche. Voici les faits saillants et quelques réflexions tirés de ce colloque.

Un marché croissant sinon stable

Situation propice à l’évolution du domaine, une importante quantité de capteurs spatiaux offrent maintenant des données d’une grande diversité, tant du point de vue de la résolution spatiale que du spectre utilisé. Et cette offre ne devrait pas s’affaiblir dans un avenir proche. Au contraire une étude américaine estimait en 2006 à 139 le nombre de nouveaux satellites qui seront lancés dans les 10 ans suivants, pour une valeur de 16,3 milliards de dollars américains.

Évidemment, la popularité d’outils de cartographie interactive en ligne, comme Google Maps, Yahoo! Local et les autres se sont rapidement montré de gros consommateurs d’imagerie, popularisant et démystifiant d’une part cette technologie auprès du grand public, et d’autre part, créant une demande que l’industrie a saisi comme une manne. Cette situation a entre autres créé une demande réelle pour l’imagerie comme produit fini, prêt à consommer.

Présents sur l'invitation de VIASAT GeoTechnologies à Trois-Rivières pour le 13e Congrès de l’AQT, les représentants de DigitalGlobe et de GeoEye, les deux compagnies américaines qui dominent actuellement le marché du développement et de l’opération de satellites commerciaux de télédétection ont d’ailleurs bien fait ressortir que le domaine vit présentement une évolution sans précédent. Justement, outre les agences gouvernementales américaines, les deux compagnies comptent parmi leurs principaux clients les géants de la cartographie en ligne, dont les services intègrent depuis peu l’imagerie. La transition est-elle que DigitalGlobe est même sollicitée par toute une clientèle nouvelle et diversifiée, allant de Wal-Mart à Garmin, en passant par Starbucks et National Geographic.

Lancement prochain de satellites de très haute résolution spatiale

Dans sa présentation, Shaun Callaghan de GeoEye a présenté rapidement l’historique de la compagnie. Initialement appelée ORBIMAGE, fondée en 1992, elle a fait l’acquisition de Space Imaging en 2006, pour se redéfinir sous le nom qu’on lui connaît aujourd’hui.

GeoEye compte deux satellites en opération, soient IKONOS et OrbView-2. Ce dernier, lancé en 1997, a depuis longtemps dépassé sa durée de vie prévue mais continue de fournir des images de basse résolution qui servent, entre autres, aux études océanographiques. Quant à IKONOS, lancé en 1999, il recueille des images de 0,82 m de résolution spatiale en mode panchromatique, et de 3,24 m, en mode multispectral. IKONOS fut d’ailleurs le premier satellite commercial à offrir une si haute résolution spatiale. OrbView-3, qui avait été lancé en 2003, a depuis cessé d’acquérir des images, mais fait toujours partie du patrimoine que doit gérer la compagnie.

Le moment qui se fait attendre du côté de GeoEye est le lancement de son premier satellite éponyme, GeoEye-1. Initialement prévu pour un lancement cette année, le satellite devra attendre jusqu’en août prochain avant de pouvoir atteindre son orbite et rendre des images (60 jours après le lancement) dont la résolution spatiale est la plus élevée commercialement à ce jour (0,41 m en mode panchromatique, et 1,65 m en mode multispectral).

Du côté de DigitalGlobe, on prépare actuellement le lancement de WorldView-2, leur tout dernier satellite, prévu pour la mi-2009. La résolution spatiale de ce satellite devrait atteindre 0,46 m au nadir en mode panchromatique et offrira de plus le mode multispectral, pour lequel la résolution sera de 1,84 m. Selon John Roos, le représentant de DigitalGlobe qui présentait lors de l’AQT, la résolution spatiale de WorldView-2 aurait pu être d’une vingtaine de cm, mais la loi américaine régissant l’utilisation de l’imagerie par des clients non gouvernementaux (américains) oblige le ré-échantillonnage à 50 cm. La compagnie a donc investi pour développer les autres caractéristiques du satellite, comme son agilité et sa précision. Alors que l’agilité concerne la capacité du capteur à s’orienter rapidement pour couvrir des zones particulières (et parfois en balayages avant et arrière pendant un même passage), la précision permet de cartographier le territoire à grande échelle. À titre d’exemple, dans le cas de WorldView-1, lancé en septembre 2007, les images permettent une cartographie à une échelle équivalent à 1 :12000, sans orthorectification. Ce dernier satellite possède une résolution de 0,50 cm au nadir mais opère en mode panchromatique seulement.


Image panchromatique (WorldView-1) du site Olympique de Beijing, Chine. Source : Digitalglobe. À chaque semaine, 1 millions de kilomètres carrés de territoire sont acquis en imagerie chez DigitalGlobe..

Des précisions sur RADARSAT-2

Dossier chaud en télédétection s’il en est un, le satellite canadien RADARSAT-2 a fait l’objet d’une présentation de Monsieur Daniel De Lisle, de l’Agence spatiale canadienne (ASC). C’est l’ASC qui assure le service de ces données aux ministères et agences du gouvernement canadien. Elle a aussi joué un rôle majeur dans le financement du satellite et de son lancement, ayant eu lieu le 14 décembre dernier, de la base de Baïkonour, au Kazakhstan.

RADARSAT-2, développé par la compagnie canadienne MacDonald Dettwiler and Associates (MDA), a été conçu pour des applications diverses, mais le Canada entend l’utiliser principalement pour la surveillance des eaux de l’Arctique, comme en fait foi de multiples communications gouvernementales (ici et ici), ainsi que pour le suivi des glaces, en prolongement à RADARSAT-1, qui, après plus de 13 ans de loyaux services, commence à battre de l’aile.

Outre son rôle avoué dans la protection de la souveraineté du Canada, RADARSAT-2 fait aussi la fierté du Canada sur le plan technologique (polarisation et résolution spatiale). Ses caractéristiques uniques font d’ailleurs de lui un instrument convoité par Alliant Techsystems, une compagnie américaine qui a offert d’acquérir la division spatiale de MDA (incluant RADARSAT-2), pour 1,3 milliards de dollars. Monsieur De Lisle a inévitablement abordé ce sujet controversé en spécifiant que l’ASC entretient depuis toujours de bonnes relations avec MDA. « L’offre d’Alliant a foudroyé tout le monde et les deux compagnies pensaient que la transaction se serait soldée sans trop de problèmes », a-t-il déclaré. L’affaire a pris une tournure toute autre et les deux compagnies doivent maintenant présenter une contre-offre révisée, dont les bénéfices pour le Canada apparaissent plus évidents (voir notre article ici). En attendant, seules des hypothèses peuvent être émises quant à la suite des événements. Parmi les possibilités, Monsieur De Lisle mentionne le rachat du satellite par le gouvernement canadien ou le statuquo.

L’ASC, qui a investi plusieurs centaines de millions de dollars dans l’aventure RADARSAT-2, récupérera son investissement sous la forme de données prépayées pour le gouvernement canadien et ses ministères. Un nombre de scènes est donc alloué à chaque province. Pour le Québec, l’allocation équivaut à 284 scènes, qui pourront être acquises (et traitées) sans frais en vertu de cette entente. Monsieur De Lisle a aussi déclaré que des négociations étaient en cours avec le Centre canadien de télédétection pour constituer une archive gouvernementale globale, qui permettrait la mise en commun et le partage de toutes les scènes acquises au nom du gouvernement.

Les utilisateurs non-gouvernementaux doivent s’adresser à MDA pour l’acquisition d’imagerie RADARSAT-2. Des programmes d’accès à l’imagerie pour la R&D sont aussi disponibles, notamment le programme SOAR (Science and Operational Applications Research). Plus de 190 projets de recherche dans le monde utiliseront les données de RADARSAT-2, via le volet international du programme.


Hall d’exposition et séance d’affichage.

Remise du prix « Ferdinand J. Bonn 2008 »

L’association québécoise de télédétection remet à l’occasion de ses congrès une mention honorifique à un membre de la communauté québécoise de télédétection qui s’est illustré par sa contribution aux activités de l’AQT, ainsi que par ses efforts pour soutenir le dynamisme de la discipline au Québec. Cette année, le prix « Ferdinand J. Bonn 2008» a été décerné à Monsieur Robert Desjardins, qui par sa longue carrière de professeur à l’UQAM, fût l’un des géographes québécois les plus impliqués en télédétection au Québec, tant par son enseignement et ses publications que par sa présence dans les activités scientifiques québécoises et francophones.

Notons aussi la remise du prix de la meilleure communication, décernée à Brice Mora, un étudiant doctoral de l’Université de Sherbrooke, sous la supervision de Richard Fournier. La communication de Monsieur Mora portait sur « Les Apports de paramètres biophysiques spatialisés à l’imagerie satellitaire pour l’amélioration de la cartographie de peuplements forestiers en régénération ».

Lancement du Précis de télédétection – Volume 4

Nous avons aussi pu assister au lancement du Précis de télédétection – Volume 4, dont les auteurs sont Léo Provencher et Jean-Marie Dubois, tous deux de l’Université de Sherbrooke.


Monsieur Jean-Marie Dubois et le Précis de télédétection – Volume 4.

La série d’ouvrages « Précis de télédétection » est conçue pour les étudiants universitaires de premier et deuxième cycles, des programmes de sciences pures et appliquées, ou de sciences naturelles et sociales, qui veulent approfondir leurs connaissances des outils d’observation de la Terre.

Le quatrième volume de la série porte sur les méthodes de photo-interprétation et d’interprétation d’image. Le livre de 540 pages traite autant de l’historique de la photo aérienne et de l’imagerie que de la théorie entourant la processus d’extraction de l’information (table des matières). Il est co-édité par les Presses de l’Université du Québec et l’Agence universitaire de la Francophonie. Voir le compte-rendu de l’ouvrage, rédigé par Robert Desjardins de l’UQAM, ici.

En conclusion

Ce rassemblement, qui se tient à tous les deux ou trois ans, fût une belle occasion pour la communauté québécoise œuvrant en télédétection de faire le point sur les progrès scientifiques et technologiques. Le prochain congrès devrait être aussi prometteur, compte tenu du fait que les images fournies par RADARSAT-2, GeoEye-1 et WorldView-2 (sans compter les autres, comme ceux du programme indien d’observation de la Terre, et TerraSAR-X, lancé en juin dernier) auront pu être mises à l’épreuve !

Merci à l’AQT d’avoir accueilli BALIZ-MEDIA.com à titre de partenaire média de l’événement.

Source de l’image accompagnant le texte de la page d’accueil: MacDonald Dettwiler and Associates.

Commentaires

Bonjour Madame Michaud,

Bravo pour votre article "Trafic grandissant dans l’espace : la télédétection en pleine évolution" relatant les faits saillants du 13e Congrès de L'AQT tenu à l'UQTR, la semaine dernière. Et aussi merci de prendre le temps de rapporter ces activités en observation de la Terre (OT) auprès de la communauté géomatique d'ici et d'ailleurs.

Mon seul bémol concerne simplement la place trop importante à mon goût, que vous donnez à la firme MDA dans votre article. Je suis d'avis que cette organisation ne mérite pas cette publicité gratuite, en particulier, suite aux derniers événements qui entourent la vente (suspendu par Industrie Canada) de ses activités aux américains. Pourtant il y a des firmes comme la nôtre qui s'investissent et qui s'impliquent tellement plus dans le domaine de l'OT et qui mériteraient davantage votre appui à l'occasion. D'autant plus que nous nous efforçons à rendre accessible auprès de la communauté d'ici, l'ensemble des images satellites (incluant celles de MDA) qui peuvent contribuer au succès de leur projet ici et partout dans le monde.

Encore une fois, ce n'est qu'une remarque que je souhaite partager avec vous, comme l'occasion se présente, et elle ne saurait discriditer en rien le travail exceptionnel que BALIZ-MEDIA fait pour promouvoir la géomatique et ses acteurs, par l'entremise de ses communications web.

Merci de votre attention et je demeure un lecteur assidu de vos chroniques.

Pierre Vincent, VP exécutif, VIASAT GeoTechnologies

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