Les SIG en ligne, autrement baptisés webmapping, qu'ils soient en mode intranet, extranet, internet, existent depuis plusieurs années. Les éditeurs de solutions dites propriétaires ont tous conçu et développé des solutions qui permettent de mettre en ligne des cartes sur lesquelles sont proposées aux utilisateurs des fonctionnalités d'affichage, de traitement et de restitution de plus en plus riches, complétées par des fonctionnalités sur mesure.
Face à cette offre, les solutions Open Source sont apparues voilà plus d'une dizaine d'années, notamment MapServer, et proposent peu à peu des fonctionnalités et des performances tout à fait comparables à celles des solutions propriétaires. Parmi les nouvelles solutions qui émergent fréquemment, il est parfois difficile d'identifier les forces et faiblesses des unes et des autres, et les réelles innovations ne sont pas toujours là où elles sont le plus annoncées.
Si l'on en croit les promoteurs, une « innovation » récente résiderait dans le partage de cartes, ce qu'on appelle le webmapping 2.0, cédant en cela à la mode du Web 2.0. Dans ce domaine du Web 2.0 comme bien souvent, l'originalité d'un nouveau service n'est pas forcément synonyme d'une réelle innovation. Ainsi, l'onglet « Mes cartes » de Google Maps se présente comme un outil qui permet aux internautes de construire eux-mêmes leurs cartes, leur donnant ainsi l'illusion qu'on peut devenir cartographe en ne faisant que du dessin. C'est comme si d'apprendre à écrire à l'école primaire pouvait faire de tout élève un écrivain...
Mais innovation technologique ne veut pas dire innovation d'usage. Il est bien connu qu'une innovation technologique peut ne pas être adoptée par des usagers, ou que des usagers peuvent en faire un ou des usages dérivés, ne respectant en cela l'idée projective que s'en était faite les ingénieurs concepteurs et autres marketeurs patentés. Il peut aussi se passer beaucoup de temps avant qu'une innovation technologique ne connaisse son heure de gloire, et son appropriation par le public visé peut être très lente, voire demeurer marginale, après qu'une « bosse de la curiosité » des minorités soit apparue sur les courbes des ventes.
Une autre des innovations récentes du webmapping consiste en l'intégration des technologies et fonctionnalités du webmapping à celles des outils de gestion de contenu, autrement baptisés Content Management Systems, ou CMS.
Des projets qui se présentent au grand public à grand renfort de buzz dans la blogosphère et que le grand public commence à adopter, comme Panoramio et Flickr, mettent en avant les possibilités nouvelles de pouvoir publier sur le Web ses propres contenus multimédias sur un fond cartographique interactif, rendant ainsi ces contenus géoréférencés. Dernière tendance : commencent à émerger des applications qui permettent de publier sur des sites Web des contenus multimédias directement géoréférencés depuis son téléphone mobile intégrant une localisation par GPS et/ou par Cell-id.
Devant cette profusion d'innovations, réelles ou imaginaires, il convient de faire la part des choses et d'essayer de séparer le bon grain de l'ivraie.
L'intégration de contenus dans un système de webmapping peut correspondre à plusieurs niveaux d'intégration de ces technologies et/ou des contenus :
- 1er niveau : insertion d'un module de cartographie en ligne dans un CMS : beaucoup de sites se sont appuyés sur ce principe et les fonctionnalités de gestion combinée des contenus du module de cartographie et de ceux du CMS sont très pauvres voire inexistantes. À titre d'exemple, le Géoportail de l'IGN, dans sa version 2, offre l'accès en lecture seule de contenus qui ont été préalablement géoréférencés par les partenaires publics du site, comme par exemple l'INA. Mais les internautes n'ont accès à aucune interactivité avec ces contenus...sans parler des difficultés de navigation dans le site pour accéder à ces contenus géoréférencés... Mais des améliorations sont annoncées.
Le Géoportail de l'IGN. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
- 2e niveau : intégration de fonctionnalités de géoréférencement de contenus issus de CMS : les sites proposés au grand public par Google (Panoramio) et Yahoo! (Flickr) sont exactement dans cette lignée avec un principe identique dit de geotag ou tag à caractère géographique. Citons d'autres sites moins connus comme Nomao, Ipernity, Atpic. Les services proposés par la société Navx sont identiques, à la différence que la génération de contenu et la diffusion s'effectue par une connexion entre GPS et sites Web. Comme site professionnel, on peut citer l'exemple du site réalisé par Makina Corpus pour le compte de l'Agence de Développement du Gard Rhodanien. qui offre la possibilité à certains membres inscrits sur le site d'accéder en création, modification et suppression à leurs propres contenus (fiche d'entreprise ou de zone d'activité), de les géoréférencer interactivement, de modifier ou de supprimer leur géoréférencement. Les droits sur les contenus sont gérés par l'outil d'administration du CMS. Les données de référence de la partie cartographique, qui ne sont pas accessibles dans l'outil d'administration du CMS, sont gérées par l'outil d'administration du serveur cartographique (MapServer), qui gère aussi les droits dans l'accès aux données cartographiques par profils utilisateurs du côté de l'application cliente qui utilise OpenLayers comme l'illustre la figure ci-dessous :
Le portail de l'Agence de Développement du Gard Rhodanien. Géoréférencement d'entreprises et zones d'activité. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
- 3e niveau : accès à des fonctionnalités de gestion combinée des contenus cartographiques et du CMS : ces fonctionnalités sont très rares. Dans ce type de site, l'intégration poussée permet aux internautes, selon les droits qui leur sont alloués, de créer, modifier, supprimer, mettre à jour des contenus mais aussi des données cartographiques consultables dans l'interface cartographique. Citons l'exemple du site réalisé par Makina Corpus pour le compte de l'Établissement Public Territorial de Bassin du Fleuve Charente et actuellement en phase de préproduction. Ce site propose aux internautes qui disposent de certains droits, de créer, modifier des objets géographiques dans certaines couches ou encore de créer de nouvelles couches de données cartographiques depuis l'application de webmapping développée à partir de CartoWeb et illustrée ci-dessous. Encore faudrait-il que les « cartographes en ligne » disposent d'outils adaptés et maîtrisent les règles et savoir-faire nécessaires à une création cohérente de données géographiques.
Le site de l'Établissement Public Territorial de Bassin du Fleuve Charente. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
- Un 4e niveau peut être envisagé : il consisterait à permettre un véritable travail collaboratif entre plusieurs internautes, leur offrant la possibilité créer, supprimer, mettre à jour, des contenus cartographiques et tout autre type de contenu géoréférencé ou géoréférençable avant leur publication. Ce niveau supérieur d'intégration entre webmapping et CMS offrirait aussi la possibilité aux internautes de développer des fonctionnalités supplémentaires selon un mode collaboratif, puis de les mettre en service pour tous les usagers ou une partie d'entre eux seulement. À ce jour, nous n'avons pas encore identifié de tels sites. Plusieurs raisons peuvent être invoquées :
- manque d'acteurs impliqués de façon transversale dans plusieurs domaines : la grande majorité des acteurs du domaine des SIG sont positionnés d'une façon relativement mono-métier et ils ne se livrent que peu à des croisements conceptuels en dehors de travaux de recherche fondamentale ou de R&D ;
- problème de volumétrie des données sur les infrastructures du réseau internet : les volumes importants des données géographiques (surtout en format image) ont été longtemps un frein à un affichage rapide et donc attractif dans des applications et des sites s'adressant à des non-spécialistes des SIG ;
- manque de rationalisation des processus d'échange et des formats de données: sans standards d'échange et formats de données ouverts, les applications transversales sont impossibles à mettre en œuvre; les choses peuvent évoluer plus favorablement avec les travaux de l'OGC ;
- volonté conservative des producteurs de données cartographiques limitant les usages possibles de leurs « trésors ». La disponibilité des API cartographiques (Google Maps, ViaMichelin, Géoportail, etc.) pourrait faire penser que l'accès aux données cartographiques serait facilité mais les choses sont un peu plus compliquées que cela (restrictions dans les CGU des API).
Ce ne sont là que quelques pistes de réflexion et le débat mériterait d'être engagé pour aller plus loin dans cette analyse.
Combiner travail collaboratif, webmapping et gestion de contenus : un créneau véritablement innovant et prometteur, à l'interface de trois domaines d'application, et sur lequel de nouveaux services devraient voir prochainement le jour, et qui va, peut-être, attiser les convoitises de nombre d'acteurs et de développeurs qui se sont rués ces derniers temps sur le webmapping 2.0.
Les auteurs de ce texte sont Christophe Tufféry, responsable commercial SIG, Pierre-André Le Ny, chef de produit SIG, et Vincent Picavet, ingénieur développement et chef de projet SIG, tous trois de Makina Corpus.





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