Un colloque portant sur le patrimoine et la gouvernance des territoires avait lieu la semaine dernière à Québec, dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier 2008.
Pendant trois jours, des présentateurs d’horizons et d’intérêts différents ont offert aux participants des réflexions multidisciplinaires sur le sujet, et particulièrement sur les stratégies que les collectivités développent face aux enjeux de conservation et de développement durable du territoire et de ses ressources, et sur les pratiques et les outils dont elles se dotent.
J’ai assisté à la dernière séance, qui se tenait pendant la matinée du 10 octobre. Lors de cette occasion, j’ai eu la chance d’entendre trois intervenants du secteur gouvernemental québécois ainsi que les deux co-titulaires de la Chaire internationale de recherche sur la gouvernance du territoire (CIRGT).
Le thème de la gouvernance du territoire (et des ressources) englobe des préoccupations très larges. Quelques éléments se sont tout de même dégagés lors de cette matinée.
La gestion des ressources en mutation
Dès la première présentation offerte par Monsieur André Auclair, directeur des politiques et de l’intégrité du territoire au MRNF, et aussi par la suite, il a été mis en évidence que le Québec représente un territoire complexe, avec ses 1,7 millions de kilomètres carrés (dont 1,4 font partie d’un patrimoine collectif), ses 10 000 km de frontières, ses ressources naturelles abondantes et sa faible densité.
Pour répondre à sa mission de gestion et de mise en valeur du territoire, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec (MRNF) a récemment opté pour un modèle de gouvernance décentralisé, qui favorise la gestion intégrée plutôt que la gestion par silo. Depuis 2005, les cinq domaines d’affaires de ce ministère (forêt, faune, mines, énergie et territoire public) sont donc représentés au sein des directions régionales, afin de rester en contact plus rapproché avec les intervenants locaux, et surtout, afin de pouvoir mieux articuler globalement ses actions face aux enjeux de la gouvernance.
Les grandes fonctions de la gouvernance territoriale au MRNF sont les suivantes :
- La connaissance (obtenir des informations complètes, à jour et adéquates sur le territoire);
- Orientations, stratégies et politiques;
- Planification (à différentes échelles)
- Attribution des droits et autorisations
- Utilisation et mise en valeur du territoire
Toutes ces étapes sont reliées par une structure de suivi et de contrôle. De plus, l’information y joue un rôle crucial, en apportant un appui à la fonction de connaissance, base du processus. Comme l’a souligné Monsieur Auclair, « Pour bien connaître et servir la gouvernance territoriale, la connaissance du territoire est un élément de la première importance et nous devons nous doter de systèmes d’information géographique performants, c’est-à-dire fiables, faciles d’accès, à jour et complets. »
Les groupes d’acteurs sollicités
Pour le ministère du développement durable, de l’Environnement et des Parcs, la nouvelle gouvernance des territoires protégés s’est matérialisée par l’élaboration d’une stratégie basée sur les processus de participation des acteurs locaux et la consultation du public dans l’identification d’aires protégées. Le gouvernement s’était ainsi fixé en 2000 comme objectif de soustraire à l’exploitation 8% de son territoire, en restant à l’écoute des préoccupations socio-économiques et locales. Aujourd’hui, 7,07% du territoire est considéré comme aire protégée, et selon le représentant du ministère, Monsieur Patrick Beauchesne, tout est en place pour que l’objectif soit atteint d’ici la fin de l’année.
Monsieur Beauchesne s’est servi d’un exemple très éloquent des enjeux et des bienfaits d’une politique inclusive et décentralisée en décrivant le projet de création du parc national Albanel-Temiscamie-Otish. Ce projet, pour lequel la carte a constitué un élément central du processus d’information, s’est déroulé en concertation avec les communautés autochtones implantées dans le milieu, qui « vivent sur le territoire, et par lui, et qui ont développé un esprit du lieu très profond », comme le mentionne M. Beauchesne. La gestion du futur parc sera donc entièrement déléguée à la Nation crie de Mistissini.
Perspectives
Monsieur Alain Viau, professeur au département des sciences géomatiques de l’Université Laval, titulaire de la CIRGT et principal instigateur du colloque, a quant à lui offert une synthèse fort intéressante de l’événement, en situant le thème de la conférence dans un ensemble de sujets d’études variés, touchant aussi bien les aspects sociaux, économiques, politiques, éthiques que scientifiques. Selon lui, il n’y a pas de modèles uniques de gouvernance du territoire, mais des événements récents tendent à reconnaître la tendance de décentralisation (ou régionalisation), donnant un rôle accru aux collectivités locales, comme l’adoption de l’agenda 21 pour le développement durable, qui incite, par le biais de son chapitre 28, les acteurs locaux à agir à leur échelle.
Au cœur de ces mutations, l’information géographique devient un élément central. Monsieur Viau a d’ailleurs tenu à mentionner que les IG accompagnent de plus en plus les décideurs et les acteurs dans leurs démarches de valorisation des espaces territoriaux et des ressources naturelles. Ceci est d’autant plus vrai dans le contexte de renouvellement des pratiques de gouvernance. Les systèmes d’information géographique deviennent de nos jours omniprésents.





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