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La géomatique est-elle vraiment un métier d'avenir en France ?

Voilà quelques années, la géomatique semblait promise à un bel avenir. On ne pouvait constater que l'augmentation du nombre d'utilisateurs de SIG, un développement de l'offre de bases de données cartographiques, une multiplication des formations spécialisées dans l'enseignement supérieur et, paraît-il, des offres d'emploi. Quant au marché de la géomatique, on nous annonçait des croissances assez folles de l'ordre de 20 à 30% (plus sérieusement de l'ordre de 10%). Cet emballement a duré une dizaine d'années, du milieu des années 90 jusqu'au milieu des années 2000.

Mais force était de constater que la notoriété de la géomatique et, de façon liée, la reconnaissance de ses métiers, semblaient souffrir d'une certaine faiblesse en dehors du cercles des initiés qui bien souvent ne se parlaient qu'à eux-mêmes et ne se réunissaient qu'entre eux.

En 2003 et 2005, l'AFIGEO (www.afigeo.asso.fr), le CNIG (www.cnig.gouv.fr) et Georezo (www.georezo.net) se sont associées pour conduire deux enquêtes sur les métiers de la géomatique. Les résultats synthétiques de ces deux enquêtes ont été présentés lors du "Colloque national Emploi/Formation dans le domaine de l’information géographique" qui a eu lieu le 1er décembre 2005 à l'ENSG (n1). Bien que leurs résultats ne prétendent pas à une représentativité statistique incontestable, ces enquêtes ont révélé toutes les deux un certain nombre d'éléments.

Parmi ceux-ci, les personnes ayant répondu aux enquêtes disposaient à une grande majorité d'un niveau de formation élevé (65% avec un diplôme BAC+5), bien que les formations de type BAC+2/3 semblaient progresser en 2005 (application de la réforme LMD). Mais, apparemment de façon contradictoire, un tiers des personnes indiquaient s'être formées "sur le tas" à la géomatique.

Mais ce qui était le plus marquant entre les deux enquêtes, c'était une diminution importante des postes de CDI entre 2003 et 2005 (32% en 2005 contre 43% en 2003). A contrario, les titulaires de la fonction publique passaient de 15 à 25%, les concours de la fonction publique territoriale semblant attirer de plus en plus de candidats (n2).

Les employeurs identifiés étaient majoritairement des acteurs du secteur public, avec même un accroissement de la part de celui-ci en 2005. Les métiers représentés en 2003 se répartissaient essentiellement dans des postes à forte technicité (géomètre, cartographe, infographiste) et des postes dans les domaines de l'aménagement et de l'urbanisme où la géomatique constituait un aspect technique du poste mais pas le seul. En 2005, les postes concernés étaient beaucoup plus diversifiés, la part des postes des domines de l'aménagement et de l'urbanisme devenant plus importante, celle des postes à forte technicité indiqués ci-dessus, diminuant.

Dans les remarques annexes faites par les personnes interrogées, on pouvait noter entre autres:

-  un manque de lisibilité et de reconnaissance des activités, missions, compétences, et spécificités des métiers de la géomatique de la part des responsables, DRH, décideurs, élus,

-  une certaine précarité des métiers de la géomatique (ou au moins ressentie comme telle par les personnes ayant répondu aux enquêtes), une abondance de stages et de CDD au détriment des CDI (ce que confirmait le constat indiqué ci-dessus sur ce point).

Fort de ces faiblesses, les acteurs "institutionnels" du secteur de la géomatique française (CNIG, AFIGEO, GEOREZO) se sont engagés dans plusieurs initiatives visant à une meilleure reconnaissance des métiers de la géomatique : action auprès de l'ANPE en vue de faire identifier la géomatique dans le répertoire des métiers ROME (n3), actions à destination des publics scolaires, participation à de nombreux événements pour faire connaître la géomatique à de nouveaux publics, etc.. Une plaquette sur les métiers de la géomatique a été réalisée en 2004. Intitulée "Un secteur d'avenir l'information géographique", cette plaquette n'est cependant pas disponible de visible sur l'Internet, où elle gît "au fond" d'une rubrique du site de l'ENSG.

Plus récemment, une fiche a été réalisée et diffusée sur le site de l'ONISEP concernant le métier de géomaticien(ne) (D'autres fiches de l'ONISEP peuvent aussi concerner les métiers de la géomatique (administrateur de base de données, cartographe, géographe, géomètre-topographe). Une autre a été rédigée, toujours par l'ONISEP, sur les débouchés des études de géographie (n4).

Georezo recense en permanence l'ensemble des documents disponibles sur des référentiels métiers, des fiches métiers ou des fiches d'emplois-type existants et qui concernent les métiers de la géomatique.

Lors des 1ères Assises des Géomaticiens qui ont eu lieu le 16 mai 2006, le constat d'un manque de visibilité et de reconnaissance des métiers de la géomatique était à nouveau souligné.

Même si on peut trouver ici ou là des articles dans la presse spécialisée indiquant que la géomatique est un domaine plein d'avenir et de débouchés professionnels (n5), la réalité est peut-être un peu moins idyllique…

Ainsi nous avons réalisé une petite analyse des offres d'emploi et de stages déposées pour le seul mois de décembre 2008 dans la rubrique prévue à cet effet du site le site Georezo. On peut noter ainsi que plus des 2/3 des offres concernent des stages et des CDD (et autres) contre seulement 1/3 de CDI.

Il ne s'agit aucunement d'une analyse statistique mais d'une simple étude de l'offre visible sur Internet du marché de l'emploi de la géomatique. Ces chiffres concordent néanmoins assez bien et de façon assez troublante avec ceux de l'enquête de 2005 citée ci-dessus (32% de CDI en 2005) même si on peut dans le même temps se réjouir que la part de CDI n'ait pas encore plus baissé depuis 2005. 

Quelle conclusion peut-on en tirer ? Difficile à dire. Il s'agit plus d'une impression et d'un indice parmi d'autres manquant encore actuellement pour pouvoir faire une véritable analyse des métiers de la géomatique en France. Néanmoins, il semblerait que, si la tendance révélée par ces quelques indications se confirmait, que la géomatique souffre actuellement d'une précarité de l'emploi et donc de la situation des personnes pouvant se revendiquer du domaine de la géomatique au sens très large du terme. Mais peut-être que la géomatique est à l'image de nombreux autres domaines d'activités et métiers qui sont l'objet d'une précarisation croissante. Ces tendances seraient à rapprocher d'analyses statistiques plus précises et d'ordre général comme celles fournies par exemple dans le n°21 de Novembre 2008 de la revue L'Essentiel de l'Observatoire de l'ANPE consacré à la "La conjoncture au premier semestre 2008" même si l'analyse croisée est assez difficile sur le plan méthodologique entre des données très générales et les quelques indications dont on dispose pour le secteur de la géomatique qui recouvre des métiers très divers. De plus, on ne dispose pas encore de l'analyse des chiffres de l'emploi sur le second semestre 2008, le document de l'ANPE mentionné ci-dessus ne portant que sur le premier semestre 2008.

Notes :

1.  Les résultats de la première enquête avaient été présentés lors du Géoévénement 2004

2.  Le concours d'ingénieur territorial dispose dorénavant d'une option SIG-Topographie dans la spécialité "Informatique et systèmes d'information"

3.  Une fiche dénommée "spécialiste de l’information géographique" devrait apparaître dans le nouveau code ROME en 2009

4.  "Des métiers avec la géographie"  Extrait de la Revue INFOSUP "Les études de sciences humaines" (ONISEP, novembre 2008) 

5.  Article du Monde Informatique "Les géomaticiens s'organisent" n° 1116 du 26 mai 2006 et  Article du Monde Informatique "Géomatique, géomarketing: des métiers en phase avec l'essor de la mobilité et de la mutualisation" Edition du 11 mai 2006.

 

Commentaires

CDD = contrat à durée déterminée

CDI = contrat à durée indéterminée

Il est plus difficile d'avoir une vision sur les débouchés futurs de la Géomatique. Il faut signaler un biais statistique (à mon sens) sur la surreprésentation des stages. Il n'existe quasiment aucun site autre que Georezo ou forumSIG qui centralisent les stages "Géomatique" alors que pour l'emploi, la multitude de sites proposés limite la visibilité sur les débouchés réels. Chaque annonce d'emploi étant une source de revenus à l'inverse des stages Pour le recrutement s'affrontent (ou plutôt se complètent) les sites généralistes couvrant tous les types d'emplois, ceux spécialisés dans un domaine et qui nécessitent ensuite une compétence cartographique, ceux à vocation plus technique (Géomatique/informatique) qui abordent les thèmes de manière "secondaire"(hydrologie, aménagement, environnement, marketing, géologie,...) Malgré certaines limites liés au manque d'informations fiables, l'article présenté ci-dessus synthétise en grande partie les informations concernant notre métier. Avec la crise, les dernières coupes "sèches" signalés dans le billet associé http://media.baliz-geospatial.com/fr/blogue/geomatique-coupures-chez-les... tendent à confirmer ce point de vue (en gardant à l'esprit que les géomaticiens ne travaillent bien heureusement pas seulement pour des éditeurs)
Bonjour, Pour compléter l’analyse des offres d’emploi et de stages réalisée par Christophe Tuffery (uniquement sur le mois de décembre), nous vous proposons d’élargir cette analyse sur les années 2007 et 2008. Voilà les grandes tendances qui en découlent (Sources : Georezo.net, janvier 2009) : - un nombre d'offres équivalentes entre 2007 et 2008 (1003 contre 1061) - une répartition relativement équivalente entre ces deux années de la répartition par type de contrat : CDI : 29 % en 2007 contre 32 % en 2008 CDD : 27 % en 2007 contre 24 % en 2008 Stage : 22 % en 2007 contre 24 % en 2008 FPT : 11 % en 2007 contre 12 % en 2008 nb : des offres en CDD concernent également la Fonction publique. - une légère augmentation des CDI en 2008 (+ 42 offres) - une légère augmentation des stages en 2008 (+ 28 offres) - une légère augmentation des offres dans la FPT (+ 13 offres) - une très légère baisse des CDD (- 12 offres) - une relative importance des stages (23 % des annonces sur les deux ans) Pour quelles raisons ? : frilosité à embaucher de suite, main d’œuvre pas chère, première pierre avant de pérenniser un poste dans ce domaine, recherche de compétences nouvelles dispensées uniquement dans les formations actuelles… Il est aussi intéressant de noter après une analyse rapide des entêtes des annonces : un nombre d’offre avec dans l’intitulé directement les mots « web » et « internet » qui représente 4.3 % des annonces sur les deux années. Ce nombre serait intéressant à compléter en analysant aussi les contenus des offres (missions, compétences) qui sont concernées par du webmapping et développement web-sig. On observe depuis quelques années une réelle « informatisation » des profils de postes et de stages qui intègrent de plus en plus de compétences en développement informatique, développement d’applicatifs web-sig et réalisation de projets de webmapping. Je vous livre par la même occasion mes sentiments sur la problématique soulevée par Christophe. Je reste persuadé que dans un certain nombre de domaine, les métiers de la géomatique ont encore un potentiel de développement important. Les apports et potentialités offertes par les SIG (et leurs spécialistes) restent encore trop souvent méconnus de certains responsables et décideurs qui sont frileux à initier un projet de mise en œuvre d'un SIG dans toutes ses composantes. Le porter à connaissance auprès d'eux, des atouts et des intérêts à embaucher ce type de compétences dans leur structure est une des nombreuses actions à poursuivre. L'IG est utile partout mais encore faut-il savoir à quoi elle peut servir et ce qu'elle implique en savoir-faire et compétences techniques. La démarche de connaissance et reconnaissance des métiers de l'IG trouve (à son niveau) dans cette optique tout son sens. J'en suis convaincu depuis le début. D'autres facteurs comme la conjoncture économique actuelle ou les gels budgétaires dans le domaine de l'environnement depuis 2003 peuvent aussi ralentir les embauches. Dans le domaine de l'environnement que je connais bien, je pense, que la directive Inspire, peut être une opportunité pour continuer le développement de l'IG dans ce domaine en créant une dynamique favorable. Cordialement, Marc Isenmann Association GeoRezo.net
Bonjour, Je ne suis pas sûr que les rapprochements les plus pertinents seront à produire avec les données de l'ANPE, a moins de disposer de données assez fines pour cibler quelques métiers des NTIC ou des sciences humaines. Je viserai plutôt des informations en provenance du SYNTEC (http://www.syntec.fr) ou 3SCI (http://www.3sci.fr). A suivre. Bruno

Merci pour cette mise à jour sur le marché de l'emploi en géomatique, qui m'intéresse au premier plan en cette période de renouvellement de la contractualisation des formations universitaires. La poursuite des efforts pour une meilleure reconnaissance des métiers de l'information géographique est donc importante. Merci M. Isenmann et GéoRézo !

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